TROISIÈME
La rentrée de septembre 1863.—Liste des quarante-trois élèves dr troisième, —Les finissants de 1864.—Les mr ap qui nous SE" ju à seul nouveau
u nel e: t.—
Notre professeur, M. Beandet, hf Dale en eiEnant.—
d'an en remplacement de M. Paxman.—La classe
entière en nier es réqeats de 1863-1864.—Prêtres agrégés et auxiliaires, —Un confrère
la mp — à sms Te :
che la retraite annue le, — ière retraite de vo-
cation.—Les automédons du Béminaire et M. Stremler.—Une explosion au de la rue d'Auteuil —
Une secousse sismique. — nces de la Société Laval.
—Une assemblée plénière des nsionnaires au sujet
. er au Petit Séminaire de Québec. —Banquet de 1a fête nationale, —Distribution des prix et sortie le lendemain 12 juillet,
La rentrée n’est jamais un jour d’allégresse : mais lorsqu’elle coïncide avec une pluie diluvienne,comme le 3 septembre 1863,il ne manque plus rien à la note triste. Heureusement, la pensée que nous étions enfin arrivés au point central du cours classique nous empéchait de faire trop piteuse mine. La troisième, en effet, est à mi-chemin entre la septième et la physique. Le termi-
nus que, jusque là, nous apercevions à peine, que nous avions souvent désespéré de jamais atteindre, cesse de se confondre avec l'horizon, et commence à se dessiner. Cette vision aiguillonne et protège contre la tentation de regarder en arrière. On peut Comparer—avec assez de justesse —les impressions d’un écolier au commencement, au milieu et à la fin de son Cours, à celles du touriste qui fait l’ascension d’une montagne dont la cime se perd dans les nues.
Ce stimulant n'était Pas le seul, car la troisiè. me nous ménage du nouveau. Les matières enseignées jusque là vont Compter une nouvelle sœur qui ne manque Pas de charmes. Sans être un fruit défendu, puisqu'elle est inscrite Sur le programme officiel, la littérature en a quelque peu la séduction. Tant qu’on n’y a pas goûté, on s’illusionne plus où moins. On s’imagine que cette science, faisant exception à la règle générale, n'exige de ses prétendants rien de Pénible, et qu’il leur suffit de vouloir pour faire Sa conquête, Aussi naïfs que nos devanciers, porteurs du même bagage d’illusions, la troisième nous apparaissait donc comme une nouvelle terre promise.
Le lendemain de Ja rentrée, les quarante-trois élèves suivants Prenaient place sur les bancs de
la troisième, dont le local était alors au premier de l'aile incendiée en 1865: Beaulieu, Ulric Bélanger, Belleau, Ferd. Bernier, Blouin, E. Burroughs, Anselme Caron, Casault, Jean Chaperon, Félix Couture, Cimon, Darveau, P. Descombes, Desrochers, Désiel, F.-X. Drouin, Fortier, Fraser, À. Fréchette, G. Garon, Edm. Gauvreau, Gosselin, J.-E, Grondin, Guay, Joseph Hamel, Em. Huot, Labrecque, Ladrière, Laflamme, Ed.
Laliberté, Joseph Lavoie, Paul Lavoie, Lemieux, S. Marmette, J--B. Morissette, Elz. Morissette, Paquet, Arthur Robitaille, P. Roy, Georges de Saint-Georges, Serton, Jules Taché, E. Vaillancourt.!
La salle de la troisième était pleine comme un œuf, bien que nous eussions perdu Chateauvert, Dugal, Gingras, E. Huot, Télesphore Laliberté, Patton et Jules Robitaille. Quelques-uns de ces confrères avaient pris un chemin de raccourci Pour arriver au but qu'ils Poursuivaient. Ainsi, Patton est devenu médecin, et se trouve être
1. Les finissants de 1864 étaient : Frs Audet, aotaire ; JE. Bédard, avocat ; Jean Charlebois, notaire ; Louis Gauthier, prêtre ; Solfrid Larue, Josué Martin, médecins $ J. Pelletier, notaire ; P, Power, À. Teeling, prêtres, deux américains que la guerre de sécession avait forcés de venir terminer leur cours à Québec ; Guillaume Roy, prêtre,
le doyen des membres de la Faculté que compte notre classe. Jules Robitaille est mort subitement quelque temps après avoir été reçu avocat. Ed. Huot est entré dans le service civil. Gingras, sorti au milieu de la quatrième, pendant une bourrasque nerveuse du professeur, n’a jamais voulu être plus qu’un Roger-Bontemps. Dugal est entré à l’Ecole Normale Laval. Télesphore Laliberté a pris la route des Etats-Unis, où il vit encore,
et Cliateauvert s’est si bien noyé dans la masse,
que nous ignorons ce qu’il est devenu. Le seul
nouveau confrère que nous comptions, F.-X.
Drouin, ne devait Pas longtemps siéger à nos
côtés. Le chiffre des élèves, descendu de quaran-
te-neuf à quarante-trois, devait dorénavant di-
minuer graduellement tous les ans.
Sans être dans le secret des dieux, nous pensions que M. B. Paquet serait notre professeur de troisième. Il en fut décidé autrement, I] partait pour Rome, à Ja mi-septembre, en même temps que MM. L.-H. Paquet et L.-N. Bégin.
On lui donna Pour successeur M. Désiré Vézina. Ce choix nous allait à merveille, Malheureusement, notre ancien professeur de cinquième nous était enlevé au bout de huit jours,à la suite de nouveaux remaniements dans le personnel de
l'enseignement. L'ancien titulaire de la rhétorique, M. Méthot, reprenait son poste; M. C. Légaré descendait en seconde ; M. Beaudet en troisième; M. Vézina en cinquième, Seul M. Roussel ne fut pas dérangé. En fait, il a toujours été un professeur inamovible. =:
Cette fois, il était définitivement statué que A. Beaudet serait notre magister le reste de l’année, à moins de circonstances inattendues. Familier avec les littératures grecque, latine et française, critique sûr, élégant'et spirituel, helléniste passionné, il était parfaitement outillé pour l'ensei- &nement des lettres. Professeur consciencieux, il s’imposait journellement la corvée d’annoter--com me une composition de concours—Jes quarantetrois copies qui lui étaient remises chaque matin. Les élèves dont la bonne volonté était au diapason de la sienne pouvaient donc faire une excellente classe. Mais M. Beaudet ne possédait pas —Comme M. Roussel—le don de discipliner, d’entrainer et de faire manœuvrer ses troupes avec méthode et précision. On le devine en le regardant trottiner à la suite du groupe d'élèves qu’il conduit de la salle à la classe, ou plutôt qui le remorquent au pas de course. On ne tarde pas à le constiter en entrant avec lui, Du moment
que chacun est à son siège, nous récitons—plus ou moins mal—le Veni sancte,puis a lieu immédiatement la cueillette des copies. Quand le professeur est à droite, un groupe de la gauche se bouscule ; lorsqu'il passe à gauche, un groupe de la droite Commence le même jeu. Le rappel à l’ordre:
« Allons là-bas, » invariablement le même, est -
prononcé sur un ton qui semble presque vouloir dire: Tapez fort messieurs, car vous semblez en veine. Le curé actuel de Saint-Augustin, M.
Godin, avait le talent particulier d’imiter, à s'y méprendre, le ton, la voix et les gestes habituels de celui qui a été son professeur après avoir été le nôtre. Cette bruyante entrée est suivie de la récitation des leçons. Naturellement, les suspects sont régulièrement passés en revue, pendant que leurs confrères s’embêtent. Cette partie du cérémonial dure généralement plus d’une heure. Après avoir distribué quelques pensums aux plus méritants, notre professeur retourne à ses élèves les copies de la veille, scrupuleusement épluchées. On commence enfin la traduction d’un auteur &rec ou latin ; mais les deux heures de classe sont tellement entamées, que la cloche chante son îte missa est au même moment, et oblige de remettre la partie au lendemain.