‹ Les étapes d'une conversionChapitre 1 sur 15 · Les étapes d'une conversion · texte numérisé non relu

Les étapes d'une conversion

Je vais vous raconter Thistoire d'une intelligence et d'un cœur. Mon ami s'appelait Jean; son nom de famille importe peu. Avant de tourner ses yeux vers DieU;, il avait dépensé une longue vie à regarder les hommes pour faire fortune et gagner de la renommée. L'écrivain est un espion involontaire qui viole incessamment autour de lui le secret des consciences.

Je parle, bien entendu^ ici des écrivains qui ont la passion et le respect de leur art, et non pas de

ces écorcheurs de papier^ noircissaiU des pages à la sueur du poignet, ne voyant rien par eux-mêmes, volant, copiant, plagiant, déshonorant la pensée des maîtres pour la resservir démarquée et naalpropre à Finnombrable cohue des lecteurs qui ne savent pas lire. Je parle des forts et des dignes, de ceux qu'on ne pourra pas remplacer l'année prochaine en perfectionnant la machine à coudre jusqu'à lui faire piquer du dialogue imbécile et des alinéas idiots.

Jean était un de ces esprits de plus en plus rares de nos jours qui pensent encore leur propre pensée au lieu de ravager celle d'autrui. Ce livre lui appartient et fut écrit presque sous sa dictée.

Il m'arriva une fois de lui dire, à propos du titre de ce livre : a Pour parler français, je crois qu'il faudrait mettre : les Étapes d'un conveiHi.

Mais Jean me répondit : « A notre insu, nos joies et nos douleurs, nos triomphes et iios défaites nous rapprochent de Dieu. Ce n'est pas nous qui marchons vers la Conversion, c'est la Conversion qui vient à nous. J ai voulu marquer les diverses stations de la mienne et raconter, étape par

étape, ce mystérieux voyage de ia Grâce divine à la rencontre d'une pauvre âme. Tel doit être ce livre, et le titre en est bon. »

PORTRAIT DE JEAX, SA TANIERE ET MADELEINE. — 3IAR1E.

Jean avait eu un salon autrefois, de beaux meubles, des tableau^, des flatteurs, des domestiques et même des amis : ceux de Job ; il avait eu de Targent^ beaucoup, et jusqu'à un peu de gloire. A Tépoque où je Tallais voi:^ deux fois par semaine dans la mansarde qu'il appelait a sa tanière, » rien de tout cela ne lui restait. Il n'avait plus que sa vieille femme iMadeleine, qui le rajeunissait en proclamant à la journée qu'elle avait six mois de plus que lui. Elle Técoutait religieusement quand ils étaient seuls, mais, aussitôt que j'arrivais, elle se sauvait en vacances. Certains héroïsmes ne sont pas diminués du tout par leur côté comique. Je découvris une fois que Madeleine était sourde comme un canon.

Depuis des années et des années, elle faisait semblant d'entendre, pour que Jean eût au moins un auditoire à la maison, car il avait besoin, absolument, de raconter, et ce besoin augmenta quand il cessa de publier des livres. Madeleine était devenue fort habile à jouer la comédie de son humble dévouement. Elle souriait aux endroits gais, elle s'attendrissait aux passages touchants, sans jamais se tromper, et Jean lui trouvait un goût très-fin.

— Ça m'intéresse à tâtons, me disait-elle, et il aurait tant de chagrin, s'il découvrait qu'il parle tout seul !

Jean était une intelligence capricieuse à l'excès, inégale, ayant des lacunes au beau milieu de trop de richesses, et des paresses dans l'élan même de ses témérités; la mesure lui manquait; mais en toute ma vie il ne m'a jamais été donné de feuilleter une imagination com.parable à la sienne pour l'éclat, l'étendue et la fécondité. Sa faculté d'inventer semblait inépuisable. Je sortais rarement de chez lui sans emporter, malgré moi, dans mon souvenir quelque motif de drame, comme on achète

souvent un objet dont on n'a pas besoin aux étalages des bazars, assortis de mille tentations, dont l'une vous a surpris au collet.

Il parlait merveilleusement; ce qu'il disait entraînait et charmait pendant qu'il le disait. Dès qu'on était dehors, il y avait déchet, c^'est vrai, mais quelque chose restait à côté de ce qu'il avait dit, audessus, au-dessous, je ne sais où, et l'on voyait devant soi des horizons ouverts.

L'écho de sa pensée créait une mémoire d'espèce, très-particulière ; on gardait en le quittant le ressouvenir de sensations qui n'avaient été aperçues qu'à travers lui, mais qui persistaient comme réelles; il éclairait des pays inconnus qu'on croyait reconnaître pour y avoir autrefois voyagé dans les ténèbres. Et, à vieillir, ces lueurs, qui étaient nées fantaisies, s'affirmaient et se vérifiaient; elles gagnaient en intensité au lieu de se voiler.

Notez que ceci est tout bonnement le propre du génie. Peut-^tre Jean avait-il, çà et là, quelques paillettes de génie dans l'énorme mine de son cerveau. Telle physionomie que je vis jadis par ses yeux, tel paysage qu'il me décrivit largement, tel carac-

tère qu'il m'analysa restent encore en moi à Theure où je parle, cloués de vie comme ces toiles enchantées des peintres florentins, où chaque jour qui passe épanouit une beauté nouvelle, comme aussi ces pages mystérieuses des grands maîtres de Tharmonie qui dérobent leur parfum le plus pur à la gourmandise du premier enthousiasme, et qu'il faut savourer selon l'art des patientes admirations pour en dégager peu à peu la vraie fleur.

Mais c'est lui surtout, créature brillante et incomplète, poëme où il manque des feuillets, c'est Jean lui-même qui vit en moi avec tout ce que Dieu lui avait donné, défaillances et vigueurs, lumières et ombres. Quand je détourne mes regards du présent pour les reporter en arrière, je vois, comme si elle était là devant moi, cette tête tourmentée (\nais si calme !) de l'esclave de la foi qui s'émerveillait d'avoir douté, cette figure du libre penseur prisonnier de Dieu, ce masque imprévu, absolument divers, frivole et profond, travaillé par la fièvre du savoir, mais tout pénétré de naïves sérénités, qui m'a fait rire si souvent, si souvent penser et pleurer.

Il est là, le vieil homme que j'aimais véritablement homme, pétui d'humilité et de dédains, de pardon et de rancune, de charité et de cruautés ; amalgame de douceur, d'amertume, d'obéissance> de murmures, d'imprudence et de sagesse ! et bon, et loyal, et généreux ! Le voilà avec ses traits hardis, bizarrement fouillés, sa joue longue, creuse et blême, hachée de rides dont chacune trahit un sarcasme guéri, une colère apaisée, une plainte réduite au silence. Va-t-il parler, lui qui était l'éloquence même? sa bouche s'ouvre dans le sourire de ceux qui ont béni la douleur ardemment; son grand front pense et prie, son regard qui semble éteint couve sa puissance, — comme un foyer, endormi sous la cendre, disperse en gerbes, dès qu'on le remue, le soudain réveil de ses éclairs...

Il avait été très-beau, Madeleine disait cela; moi, je ne le connus que longtemps après sa jeunesse passée. Parfois sa haute taille abandonnée se redressait tout d'un coup comme celle d'un soldat qui oublie sa blessure, et parfois aussi, du fond de lui une corrosive odeur d'orgueil s'exhalait, malgré Thumiliation volontaire et sévère de sa vie. Rien ne

restait de la fortune si cavalièrement conquise à la pointe de sa plume, et sa plume, qui avait été d'or, ne valait pas même à présent l'outil du plus vulgaire ouvrier, puisqu'il avait peur d'elle au point de la condamner à l'immobilité. De quoi vivait-il?

Pauvre vieille Madeleine! Il n^'y avait pas chez elle comme chez Jean le reste d'un immense amourpropre ; mais le petit caillou de la vanité bourgeoise est peut-être plus difficile à broyer que le rocher du grand orgueil. Elle voulait bien jeûner, Madeleine, mais elle avait horreur de rougir.

Jean, au contraire, voulait rougir.

Il apportait dans l'expiation la fougue et la force de sa nature. Gomme il avait vécu d'orgueil^ il était avide de rabaissement et ambitieux de décadence. Pour lui, en fait de chute, rien n'était assez profond. Comment dire? L'orgueil se glisse partout, jusque dans la sainte passion d'expier Torgueil! Jean éprouvait un plaisir douloureux à laisser croire, à dire même quelquefois qu'il vivait d'aumônes, et il fallait voir les révoltes de Madeleine !

C'était maintenant une grosse bonne femme, dure

d^aspect, comme presque toutes celles du Midi qui prennent de Tâge. Il y a dans un livre de Jean une miniature exquise : la petite Savoyarde qui a se démêle » à la porte de la cabane, et dont le regard bleu luit comme une paire de saphirs à travers la soyeuse broussaille de ses cheveux noirs. Madeleine disait volontiers :

— C'est mon portrait de quand j'avais seize ans^ hé^ monsieur?

Et Jean, ainsi pris à témoin, ne répondait ni oui ni non.

Au temps des prospérités de Jean, il est sûr que Madeleine, qui était l'honneur même, mais un peu tapageuse de toilette, avait eu un certain succès dans un certain monde, précisément à cause de son drôle d'accent et de son langage exempt de toute recherche académique.

Pauvre vieille Madeleine î quand son mari disait : « Je vis d'aumônes, » elle s'écriait ;

— Monsieur, tu sais, tu mens!

Et elle s'élançait dehors en pleurant « pour ne battre personne, » comme elle l'avouait quand elle rentrait.

Le fait est que Jean allait trop loin en parlant d'aumône. Il se vantait. Je connais plus d'un cbien^ favori de quelque dame au cœur sensible pour les chiens,, qui mange (le chien) à un seul de ses repas le prix des deux repas quotidiens de Jean et de Madeleine. Jean avait de quoi payer ce maigre ordinaire, car il recevait une petite somme chaque fois qu'il prêchait aux enfants et aux ouvriers des patronages ses sermons familiers qui sont restés célèbres. S'il y avait aumône ici^, c'était lui qui la

Il en était de même avec ses amis qui jamais n'auraient pu rétribuer selon sa vraie valeur la part de collaboration que sa parole apportait à leur plume. Je n'ai point à confesser les autres amis de Jean, mais je déclare que, pour moi, je n'ai jamais fait l'aumône à Jean, et que Jean m'a constamment fait l'aumône.

Madeleine et lui habitaient au cinquième étage, dans une de ces larges avenues si tristes, qui rayonnent autour du rond-point des Invalides; leur logement se coajposait de deux pièces ; un étroit réduit

LES ÉTAPES D'UNE CONVERSION. lo

OÙ couchaient Madeleine et Bonif, et la tanière, proprement dite. Il sera parlé de ceBonif.

En principe, la tanière était expressément réservée à Jean tout seul, mais dans la pratique Bonif y avait ses toupies et Madeleine son fourneau, parce que Tautre pièce était noire.

En principe aussi, Jean était très-fier de la solitude absolue à laquelle il avait droit. « Je suis chez moi, » disait-il avec l'emphase tremblante d'un gouvernement parlementaire qui c'hante : « Je suis l'autorité; » mais dans la pratique encore il se plaignait de la continuelle invasion des barbares : Bonif et Madeleine. Il allait parfois jusqu'à menacer d'émigrer dans la pièce noire en abandonnant la lanière aux envahisseurs.

La tanière était une chambre de mauvaise mine, assez grande, mansardée, basse d'étage et éclairée par une lucarne, aux murailles tapissées d'un vieux papier, collé sur châssis et qui battait comme l'âme d'un soufflet quand on ouvrait la porte; on avait attaché sur cette tenture des dessins mal tendus,, qui devaient dater de loin, trahissant les premières études d'un enfant ou de plusieurs, des pages d'é-

criiure fleuronnées, dont une portait le nom de Marie avec mention signée, témoignant que la page avait mérité le second prix àTécole, et quatre images de première communion dont une seule était encadrée : celle-là avait aussi le nom de Marie.

Au-dessous pendait un collier de graines de houx qui devait avoir bien de l'âge, car les grains en étaient crevassés et racornis; au-dessous encore, piquée avec quatre épingles et lamentablement détériorée^ était une magnifique esquisse aux deux crayons, jetée d'après le Tintoret peignant le portrait de sa fille morte»

Je dois dire à ce propos que Jean avait été marié deux fois. Madeleine et lui avaient eu de nombreux enfants dont les uns étaient établis au loin: on parlait d'eux souvent et avec tendresse; les autres étaient morts, laissant de profonds souvenirs après eux. On ne voyait dans la maison, outre Bonif, et seulement aux jours de vacances, qu'une petite fille dont la mère, vivante ou décédée, ne paraissait point.

Jean aimait cette enfant avec une tendresse d'aïeul, mais pendant bien longtemps je ne Ten-

tendis jamais prononcer le nom de la mère. Etaitce Marie ? L^'enfant s'appelait Berlhe; Bonif et elle se battaient aussi naturellement que l'aimant attire le fer.

Souvenez-vous que je ne vous raconte pas ici la vie d'un homme, mais sa conversion, ou plutôt ce que lui-même m^a montré de sa vie à propos de sa conversion. Ce qu^il ne me disait pas, je Tignorais. Je n'ai jamais rien su de lui que par lui.

Souvenez-vous aussi qu'on peut aller à Dieu tout droit, c'est certain, en suivant paisiblement la grande route, mais qu'on ne revient à Dieu que par les sentiers du malheur. Toute conversion implique à la fois Terreur criminelle et son miséricordieux châtiment. Heureux les cœurs blessés! Heureuse la souffrance qui avertit et convertit ! Heureux les captifs enchaînés par la bénédiction de la douleur! Je crois, sans pouvoir l'affirmer, que, parmi les douleurs de Jean, la plus amère avait eu nom Marie.

Ce qui frappait quand on entrait dans la tanière.

c'était un vent d'insouciance et même d'incurie.

La faute n'en était pas à Madeleine, qui recevait chaque matin commandement exprès de ne rien ranger. Par bonheur, le désordre n'avait pas beaucoup d'objets à brouiller; l'abondance des biens ici ne nuisait pas. Le mobilier consistait en une table de sapin blanc supportant des in-folio [et un crucifix à main de grand modèle, trois chaises de paille, un vieux fauteuil dont on apercevait les entrailles à travers sa housse éventrée, un lit de fer sans rideaux, au fond duquel était un bénitier en coquillages avec la branche de buis, et, derrière le lit, un tout peiit poêle en fonte, muni d'un fourneau sur lequel Madeleine faisait la soupe.

Avec si peu Jean trouvait moyen de s'encombrer, et quand on entrait il fallait toujours un long et sérieux travail pour débarrasser une place où s'asseoir. Madeleine ne se plaignait pas, mais elle disait avec le drôle d'accent qu'elle avait :

— Monsieur, si tu voulais me laisser ranger seulement une chaise d'avance pour le monde s'asseoir!

Elle était de quelque part, là-bas du côté du mont Blanc. Jean lui coupait impitoyablement la parole

par un refus, et les jours:où elle époussetait en cachette, il la menaçait de se retirer à la Trappe.

La lucarne donnait un bon jour et de très-bon air. Quand on s'accoudait sur le zinc boursouflé de son appui pour muser au dehors, on voyait, à droite, le dôme des Invalides, à gauche, le puits de Grenelle, et en face, par-dessus les maisons, le clocher de Saint-Pierre de Montrouge. En bas, c'étaient les beaux arbres du jardin d'un couvent dont l'horloge servait de pendule à Jean. Le vieux fauteuil, malgré sa triste apparence, asseyait bien son homme; la table était commode. Tard et matin, Jean causait avec ses in-folio où il glissait, de page en page, des petits papiers couverts d'écriture fine et serrée.

Madeleine disait : « Se donner tant de mal et ne pas travailler! » Car la bonne Madeleine ne croyait qu'au travail qui rapporte, et le mal que Jean se donnait ne rapportait rien.

Ces petits papiers que Jean collectionnait s'accumulaient peu à peu de manière à former des volumes, — de gros volumes, — plus de vingt gros volumes. Ce n'était cependant qu'une préface : la

préface du plus mince, il est vrai, mais du plus grand de tous les livres après celui qui fut dicté par Jésus-Christ.

Cela s'intitulait : Introduction au catéchisme. Il y avait des parties splendides, mais entre ces pierres d'un monument colossal le ciment faisait défaut. Jean le savait bien et promettait de Fy mettre... Or voilà qu'un beau jour, Madeleine fut la femme la plus heureuse de la terre. « Nous n'avons plus besoin de personne, me dit-elle, il va enfin travailer! »

Un des amis de Jean, homme excellent, avait été fait ministre de l'intérieur par le hasard des virements politiques. Ce fut pour quelques semaines seulement, mais il eut le temps de procurer à Jean, qu'il considérait à bon droit comme un esprit de premier ordre, un emploi de cent francs par mois. Et Jean, l'orgueilleux fanatique d'humihté, accepta. Et son grand livre est resté un amas de pierres sèches.

Faut-il, cependant, garder rancune à M. le ministre? Assurément non. L'esprit de Jean était tout plein de matériaux superbes, mais de ciment, point de

trace en lui. Il aurait ajouté des blocs de granit à des blocs de granit^ de quoi bâtir dix cathédrales, et n'en eût pas tiré même une chapelle. Dieu mesure la tâche à chacun de ses ouvriers. Il ne se peut pas que tout le monde soit architecte.

LE CERCLE D OUVRIERS. — JEAN ME PARLE DE TARTUFE- TRIBUN ET d'un livre a faire.

Jean et moi, nous n'étions pas de vieux amis. J'avais entendu parler de lui comme d'un drôle de corps très-éloquent, et je le connaissais surtout pour le sans-façon avec lequel il avait jeté à Teau sa haute position dans le monde des lettres. Ceci était déjà un fait accompli lors de mon entrée dans la carrière, et le hasard ne nous avait jamais mis en face Tun de l'autre.

Une fois quelqu'un m'entraîna dans un cercle catholique d'ouvriers, tout exprès pour entendre Jean prêcher.

— Vous verrez, me dit ce quelqu'un : il est étonnant!

C'était dans la crypte de Saint-Sulpice; je m'en souviens comme s'il s'agissait d'hier. Jean parla longtemps; je fus frappé très-vivement^ et ce n'est pas assez dire : à deux ou trois reprises son improvisation errante qui semblait battre les buissons autour d'un admirable sujet : Teau et le sang du Saint Sacrifice^ éveilla en moi une violente émotion. Ses braves ouvriers Técoataient avec un enthousiasme mêlé d'inquiétude et comme on regarde ces tours de force, où le gymnaste court risque de se casser le cou.

Non-seulement Jean n'était pas « préparé, » mais il se lançait à plaisir dans une véritable forêt de parenthèses, de notes, d'incidences, de pièces justificatives même, où son texte principal menaçait à chaque instant de s'égarer. Joignez à cela une familiarité de style souvent exorbitante et ur e redoutable hardiesse d'images, vous comprendrez le mot inquiétude dont je me suis servi.

Pour ce qui me regarde, il y eut des instants où cette sensation de crainte arriva jusqu'au malaise.

J'étais, en ce temps-là, catholique par sentiment.

par souvenirs, par relations tie faniiiie et d'amitiés, enfin de toutes les manières^ excepté la bonne, car je ne pratiquais pas, et rien n'est facile à scandaliser comme les catholiques de cette sorte.

Mais au moment même où mon puritanisme blessé allait crier gare, Jean, ce virtuose de la fervente bonhomie, ce vivant prestige de la parole pénétrée qui joue avec les âmes et les tourne et les retourne dans le bain de vérité, Jean arrivait à la parade avec quelque démonstration foudroyante, un jet de lumière, un éblouissement du cœur, une passionnée prière, un admirable cantique, et tous ceux qui étaient là, les ignorants comme les lettrés, s'aplatissaient, frémissants, sous le niveau de Dieu.

Il parlait derrière une petite table élevée d'un demi-mètre au-dessus du sol, et jamais je n'ai vu de chaire si haute. Avez-vous remarqué combien souvent l'homme qui prêche la parole du Christ devient le Christ lui-même et de quelles auréoles se couronne le front de l'apôtre transfiguré ?

Quand il se tut, le sang et l'eau (Seigneur Jésus, ai-je le droit de touchera l'ineffable amour de votre

2i LES ÉTAPES D'UNE CONVERSION-

Mystère !)^ le sang et Teau^ dis-je, témoignages de la souffrance impossible et certaine de Dieu, reliques de son martyre et gages de notre éternelle rédemption, baignaient tous les cœurs. En sortant, un jeune prêtr^., qui est maintenant un évêque illustre, embrassa Jean les larmes aux yeux.

Je me demandais comment Paris, gourmand de toutes émotions, encenseur de toutes forces, ignorait une pareille force et se tenait à Técart de semblables émotions.

— Voilà, disais-je au membre éminent du cercle catholique qui m'avait amené, voilà un homme qui était célèbre hier dans Paris et dans le monde entier parce qu'il écrivait avec talent des livres frivoles, déplorablement inférieurs à lui-même, quoique supérieurs peut-être au commun des productions analogues. Cet homn?e a grandi tout à coup et s'est élevé en lumière jusqu'à devenir un flambeau, et parce qu'il est grand, et parce qu'il éclaire, Paris et le monde ont subitement cessé de le connaître. Moi, qui suis ce qu'il était, un romancier, moi qui vis si près du pays catholique, c'est à peine si j'avais entendu parler de cet homme avant aujourd'hui. Son

ancienne patrie littéraire Ta oublié déjà profondément, et je conçois cela ; il ne tenait pas le premier rang; deux ou trois médiocrités, monnaie de son talent, remplissent très-convenablement sa place vide, mais sa nouvelle patrie chrétienne Ta-t-elle accueilli comme il faut? Lui avez-vous offert dans votre armée des saints le grade qu'il mérite?...

Je fis encore d'autres questions. Il me fut répondu :

— Le royaume où notre ami Jean, grand esprit et plus grand cœur, s'est réfugié, n'est pas de ce monde; on n'y vient pas chercher ce qui est l'objet des ambitions de la terre, et les grades n'y sont pas conférés par les hommes.

Cette réponse ne me satisfit point complètement,; parce que je connaissais ou croyais connaître dans le royaume dont il était parlé des personnes qui n'avaient pas mis de côté, tout à fait, en apparerxe du moins, l'appétit des choses terrestres.

— Je suis assez votre partisan, dis-je, pour avoir le droit de vous parler avec franchise. Vous êtes la loyauté même : pourquoi employer à tout bout de champ ces formules fuyantes qui appartiennent à la

langue de Tartufe? Vous savez bien qu'il y a chez vous nombre de gens très-avantageusement placés qui prêchent la théorie du renoncement, mais qui ne la traduisent pas en pratique.

— Non, certes, répliqua mon interlocuteur, je ne sais pas bien ce/a, d'autant que je pourrais vous citer, parmi les gens très-avantageusement placés, de véritables martyrs chez qui le renoncement consiste à ne pas s'échapper hors de leur dignité pour aller vers la solitude bien-aimée où est la prière dans l'intimité de Dieu, où sont la méditation, l'étude^, la pénitence, tous les biens dont ils ont soif passionnément. Vous allez trouver encore peut-être que je tombe dans les formules de Tartufe. Cela ne m'inquiéterait point. Le mal s'empare incessamment de la langue du bien, et je vous le demande : parce que Tartufe politique a déshonoré en se les appliquant ces beaux noms, libéral, patriote, etc., aurez-vous honte d'aimer la liberté ou de chérir la patrie ? Ah 1 il faut entendre notre ami Jean parler de Tartufe ! Tartufe ne nous gêne pas, nous savons bien où il demeure... Maintenant, prétendre d'une façon absolue que Tartufe ne se glisse jamais dans nos rangs serait assuré-

ment de la jactance. Mais quel pauvre Tartufe que celui-là! Et comme il se trompe de porte! Nous n'avons à lui donner ni millions ni portefeuilles. Soyez sûr que s'il est entré chez nous par mégarde, il n'y restera point, et que son plus cher souci sera bientôt de se glisser dehors. S'il restait, c'est que nous l'aurions converti par impossible, et qu'il ne serait plus Tartufe...

— Tartufe ! s'écria derrière nous la voix sonore de Jean : qui parle de Tartufe? Tartufe est à moi!

Nous nous retournâmes; il marchait droit à moi les deux mains tendues.

— Salut, confrère, me dit-il, nous ne nous connaissons pas, mais c'est égal. On vient de m'apprendre que vous étiez venu voir quel animal je suis. Comment se porte la république des lettres? J'ai été républicain, et j'ai été homme de lettres. Les morts vont vite parce qu'ils sont vivants et que les vivants qui sont morts restent immobiles. J'ai crié vive la Pologne ! autour du citoyen Louis Blanc, et je me suis battu pour Victor Hugo le soir d'ffernani. Il y a un siècle de cela, mais c'était hier. Est-ce qu'ils

parlent encore un peu de moi, là-bas, dans leur purgatoire?

Je ne sais pas ce que je répondis, mais il sourit d'un air content et passa son bras sous le mien. Il m'entraîna sans plus s'occuper de mon éminent interlocuteur que si ce dernier n'eût pas existé. Je compris pourquoi Jean n'avait pas de grade. Il manquait un peu de tenue.

— Je viens de gagner mes dix francs, me dit-il; c'est cher, car j'en donnerais bien vingt, si je les avais, pour parler à ces chers garçons qui m'écoutaient tout à Theure. Comment m'as-tu trouvé?

Involontairement, je cherchai à droite et à gauche la personne interrogée par lui, car il ne pouvait me venir à l'idée qu'il me tutoyât ainsi à première vue; mais c'était bien à moi qu'il parlait, puisque nous étions seuls au milieu de la place Saint-Sulpice. Je répondis de tout mon cœur :

— Je vous ai trouvé très-beau.

— Merci, me dit-il, mais ce n'est pas ça : je te demande si lu y as été de ta larme ?

— Oui, répondis-je encore en riant malgré moi,

j'y ai été de ma larme. Vous êtes un très-puissant orateur.

— Alors, reviens m'écouter. Je te donne à apprendre, en attendant, les trois premières leçons de ton catéchisme. Tu me les réciteras la prochaine fois. Ça te va-t-il?

— Je suis excessivement occupé, objectai-je.

— Parbleu! nous avons tous de la mauvaise besogne par-dessus les yeux!... Tu sais, ne te formalise pas si je ne te dis pas vous. Tu es peut-être un gaillard d'importance dans ta catégorie, mais tu n'es pas plusieurs. Moi, je suis de la génération de* 1830, qui tutoyait tout le monde.

C'était à peu près exact, sauf exceptions. Parmi les artistes et les littérateurs de cette époque vraiment féconde, un très-grand nombre, et je ne parle pas des moins illustres, sacrifiait à cette manie de tutoyage. Jean continua :

— Si ça t'incommode , tu me lâcheras, car de m'en déshabituer c'est impossible : je n'exige pas qu'on me rende la pareille dans les commencements. Yeux-tu me reconduire jusqu'à ma tanière? Nous causerons de Tartufe qui est un des plus grands

livres à faire de ce temps-ci. Peat-être que tu le feras. J'ai lu au moins vingt pages de toi^ par-ci, par-là. C'est original. Quand tu sauras ton catéchisme, tu seras assez Thomme qu'il faut pour déshabiller Tartufe... Je demeure derrière les Invalides.

— Prenons une voiture, dis-je.

— Non pas... Mais tu peux me la payer, comme si nous la prenions : je vis d'aumônes, et mes pauvres aussi.

Je n'avais pas très-bon cœur assurément, car, après ces paroles, le contact de son bras me fit éprouver comme une gène. Il reprit :

— La dernière année que j'ai travaillé, comme dit Madeleine (c'est ma femme), j'ai gagné soixantecinq mille francs à écrire des choses qui ne valaient pas quatre sous. Lis-tu r Univers?

— Souvent, oui, répondis-je : il y a là une telie puissance de talent...

— Enorme ! Et bien plus que du talent : du catéchisme! C'est le seul journal où j'aurais encore souhaité d'écrire, mais ils n'ont jamais voulu de moi.

Ils ont bien fait, je ne vaux plus rien, excepté quand je bavarde...

H pressa le pas et tourna la tête. Nous passions justement devant les bureaux de U Univers, qui, depuis lors, ont changé de place.

— Ah! reprit-il avec un soupir, j'ai eu de la peine à me déshabituer de la plume et de ceux qui s'en servent ! Je les connaissais tous, les pauvres chers esprits, je les aimais, je les aime encore. Ils sont bons, que Dieu les appelle! J'ai pleuré le trop-plein de ma joie, quand Augustin Thierry, ce maître, nous est revenu après avoir voyagé si loin de nous! Dès qu'il fut devenu aveugle, il vit la Lumière. Et Frédéric Soulié, le robuste inventeur, si violent et si doux! C'est moi qui lui donnai à baiser la croix de mon chapelet, à Bièvre, la dernière nuit. M. Guizot, qui avait été mon professeur, m'a mis à la porte de chez lui, disant qu'il ne voulait pas d'un coquin comme moi pour convertisseur. Qu'importe l'outil, cependant, pourvu que la besogne soit faite! Mais M. Guizot s'adorait lui-même tout franchement, et beaucoup de catholiques l'y aidaient. Balzac, lui.

me répondit gravement : a Je suis plus converti que toi. 0 Alfred de Musset... chère belle âme tourmentée!... Mais laissons dormir les morts. Dis-moi des nouvelles de ceux qui vivent. Parle-moi d'Hugo, le poëte colossal qui a ébloui ce siècle et dont le dernier cri sera un cantique, j'espère encore cela. Parle-moi du bon, du grand Dumas qui n'a jamais eu le temps de regarder son propre cœur. Parle-moi d'Eugène Sue, loup enragé dans ses livres, bergère à la maison, qui fait bouillir ses mains dans de Teau de rose quand il a touché la patte d'un tribun, et de Gozlan, amertume étincelante montée en bouquet comme un feu d'artifice, et de Jules Sandeau, ce chrétien qui s'ignore, si tendre, si fin, si français, et de Philarète Chastes, et d'Alphonse Karr, et de George Sand, l'âme admirable à qui rien ne manque, sinon Dieu, c'est-à-dire tout. Michelet est-il devenu capucin comme il en avait peur? Je ne fais pas semblant d'ignorer, au moins! c'est très-sérieux, je vis à cent pieds sous terre... 11 m'est tombé, je ne sais d'où, un joli petit drôle de livre en sucre de pomme , mauvaise action assez gentiment troussée, blasphème fiisé par le perruquier. C'est in-

titulé la Vie de Jésus. On dit que toutes ces dames du quart de monde en raffolent. Je crois bien! Il y a de quoi! Et je parie que les honnêtes femmes n'en laissent pas leur part! les honnêtes femmes qui vont au sermon quand on se bat à la porte... Te souvienstu de ranecdote du président de cour d'assises qui, avant d'entamer un débat scabreux, s'adressa à l'auditoire tout chatoyant de toilettes et dit : « Je prie les dames qui se respectent de sortir. » Personne ne bougea, bien entendu. Les toilettes ne viennent pas à la cour d'assises pour se respecter ! Je cherche le nom de ce président : c'était à coup sûr un homme d'esprit. Il attendit deux minutes et reprit avec bonhomie : a Toutes celles qui se respectent étant sorties, il ne reste que celles qui ne se respectent pas; nous n'avons plus de gants à prendre : Huissiers, purgez la salle! » Le succès de la Vie de Jésus est dû à ces dames^ dont quelques-unes ont cru faire, peut-être, une lecture de piété, tant elles sont candides! Jamais spéculation de librairie ne fut plus heureusement trouvée. Toutes les toilettes dont notre président purgea l'audience ont lu ce livre ou le liront en s'extasiant sur son « impar-

tialité. 0 Moi, depuis qu'on Ta glissé sur ma table, je ferme ma porte aux livres^ et je pourrais presque dire que je ne sais plus si l'on fait encore des livre>... Voici l'entrée de ma tanière. Elle ne fait pas peur à tout le monde. Montalembert s'y risque de temps en temps, et Ravignan aussi, le seul homme que je n'aie jamais tutoyé, sauf Nosseigneurs les évêques. Montes-tu?

Depuis Saint-Sulpice, je n'avais pas prononcé une demi-douzaine de mots. Jean avait cette manière de causer qui épargne les répliques. On l'écoutait comme on lit un livre; seulement les livres sont choses mortes, et lui vivait si abondamment que je désespère à chaque instant de traduire, ne fût-ce que par à peu près, l'effet produit sur moi par sa parole.

Je montai, il parut content. J'entrevis Bonif, enfant maigre, mais joli comme un diable et dont les prunelles rieuses étincelaient ; je vis Madeleine qui me donna une poignée de main, quand j'eus dit que Jean avait admirablement prêché. Elle et Bonif disparurent par la porte du cabinet noir, et je me trouvai seul en face de Jean qui se carrait dans son

grand iauteuii en iaiiibeaux. \i se mit à parler de Tartufe moderne, « le livre à faire, » et précisément à propos de la Vie de Jésus il entama le chapitre des avantages de toute sorte qu'un brave écrivain, sachant compter^ trouve, en notre siècle, à crucifier de nouveau le Christ.

Certes, il ne confondait pas certains hommes de talent, de belles-lettres et de savoir, assez forts pour traduire i'antéchristisme prussien à Tusage des apprentis bacheliers et des demi-mondaines, avec ces pauvres diables de cannibales crottés qui gagnent leur bock à dévorer de la viande de prêtre dans les journaux dits populaires; non, il faisait la part de chacun, rendant justice au mérite de ceux qui vendent du Jésus pour des centaines de m lie francs, tandis que d'autres spéculateurs subalternes n'en retirent pas même trente deniers. Mais il prouvait que ceux-ci comme ceux-là vivent de l'Hostie profanée, et que leur métier, le plus facile de tous, à la portée des grands esprits comme des vulgaires stupiditéSj offre à la jeunesse de noire temps une carrière nouvelle, précieuse entre toutes pour les libres familles.

Quand il entamait ce sujet, bien autrement large que je ne puis Tindiquer ici en passant et qui tiendra une certaine place dans ces pages, Jean ne tarissait pas.

— Molière est mort, disait-il ; Molière ressuscité pourrait seul modeler le pendant de son étonnant chef-d'œuvre que beaucoup, parmi les catholiques, ont le tort de nier ou de méconnaître. Il a fait le Tartufe de la religion; il a eu raison : ce monstre existait; ce qu'on pourrait reprocher à Molière, c'est de lui avoir donné, pour les besoins de la scène, des audaces et des naïvetés qui ne cadrent pas avec la prudence de l'hypocrite consommé. Mais le génie n'a pas à rendre compte de ses défaillances. Il crée une formule; à ce moule il donne un nom qui devient la justice des siècles. Autres temps, autres monstres. Molière, rendu à la vie et promenant sur notre monde la clairvoyance de son regard, reconnaîtrait Tartufe et chercherait en vain sur ses épaules l'habit de fantaisie dont sa a fronderie » gauloise l'affubla aux jours où cet habit revêtait la puissance, le crédit, l'autorité. Molière reprendrait aujourd'hui son moule pour y forcer le vrai Tar-

tufe, vivant de popularité escamotée : non pas du tout ces petits Tartufiaux qui font des livres en pâte de guimauve juive, mais le grand Tartufe de notre époque, l'hypocrite social et politique qui attaque à la foi.3 TEglise, la magistrature, Tarmée et l'Etat, l'homme-poison, violent ou douceâtre, il importe peu, travaillant le suffrage universel comme on foule le raisin dans la cuvée pour en exprimer quoi? sa propre fortune, la réussite de sa propre ambition, la pitance de son propre appétit. Voilà un Tartufe qui en vaut la peine ! Un mâle d'hypocrite, celui-là, ne reculant devant rien, promettant l'impossible de sarvoix de stentor, enflée par la trompette de la foire, mentant à des millions de naïfs qui lui donnent un sou chacun sur le prix de leur pain, pour abattre tout pouvoir, pour démolir toute loi, pour miner toute morale, parce que tout pouvoir le gêne, tout loi l'entrave, toute morale le condamne. Serait-ce assez de Molière lui-même pour se prendre corps à corps avec ce pitre géant, avec cette monstrueuse queue-rouge qui montre au pauvre la richesse d'autrui en lui criant : a Déshérité, voilà ton héritage! nomme-moi député, moi, ton bienfaiteur.

38 LES ÉTAPES D'U>vE CONVERSION.

ton seul ami, ton frère et ton père ! nomme-moi ministre, nomme-moi tout, ce sera comme si tu te nommais toi-même î » ,

Il pouvait être neuf heures et demie du soir au moment où nous entrâmes dans sa tanière. Quand je redescendis son escalier sans chandelle, deux heures du matin étaient sonnées depuis longtemps. Il avait parlé, j'avais écouté; aussi me dit-il au moment où je prenais congé de lui :

— Il y a plus d'esprit dans ta conversation que dans tes livres : donc tu pourrais mieux faire que tu ne fais, même au point de vue frivole où tu te places. Je ne me compare pas à Socrate, le plus grand des anciens, puisqu'il entrevit Tombre de Dieu et la figure du sacrifice, mais j'ai cela de commun avec lui que j'accouche volontiers la pensée d'autrui. Viens me voir. J'ai mes pauvres, et Job avait les siens, j'en suis sûr, qui étaient plus riches que lui. J'irai dîner chez toi de temps en temps. Quand lu me tutoieras, je te raconterai ma conversion, et alors tu feras un livre qui étonnera tes ennemis et tes amis.

Il ajouta en frappant sur Tin-folio oii étaient le« notes de son Introduction au catéchisme :

— En attendant^ quand tu voudras des sujets de turlutaines. ne te gêne pas avec moi. Il y a là dedans des milliers de romans^ et des drames, et des comédies. Je te choisirai les moins nuisibles, avec la sauce par-dessus le marché et la manière de t^'en servir. A te revoir.

LES ÉTAPES DniNE CONVERSION. 41

Ilî

Page 1