G, III
Eruijschvicg. — Les étapes. ' 1-i-
de la science parfaite; mais il avait appliqué ce principe à un type déterminé d'idées claires et distinctes, d'essences librement créées par Dieu, ce qui dès le début imposait une borne extérieure au progrès de l'intelligence. En distinguant dans la connaissance de l'univers des degrés auxquels correspond la transformation parallèle de l'objet à connaître, en les reliant par un progrès intérieur qui conduit à l'unification S{)irituelle du tout, Spinoza affranchit l'intelligence de la relativité qui la frappait chez Descartes; il lui assure une puissance d'expansion infinie. Mais il n'a pas réalisé cette puissance sous une forme précise et scientifique, propre à manifester dans une intelligence limitée l'immanence du Dieu infini ; et c'est à quoi parvient enfin Leibniz grâce à la découverte ou, plus exactement, grâce à V intellectualisation^ de l'analyse infinitésimale.
Nous pouvons dire alors que l'intellectualisme moderne est constitué sous sa forme historique et authentique; le fait ne sera pas indifférent, lorsque nous essaierons de déterminer la signification objective du débat ouvert aujourd'hui entre l'intellectualisme et le pragmatisme. Leibniz a de fortes paroles contre le mépris où le commencement du xviii*" siècle, semblable au commencement du xx"" siècle, affectait de tenir la raison : « Il y a des gens aujourd'hui qui croient qu'il est du bel esprit de déclamer contre la raison et de la traiter de pédante incommode. Je vois de petits livrets, des discours de rien qui s'en font fête, et même je vois quelquefois des vers trop beaux pour être employés à de si fausses pensées. En effet, si ceux qui se moquent de la raison parlaient tout de bon, ce serait une extravagance d'une nouvelle espèce, inconnue aux siècles passés. Parler contre la raison, c'est parler contre la vérité, car la raison est un enchaînement de vérités. C'est parler contre soi-même, contre son bien, puisque le point principal de la raison consiste à la connaître et à la suivre'. » Ce qui fait la portée de ces remarques — et ce que l'accident Renoavier , qui commande à son tour Y accident William James, a fait perdre de vue à trop de nos contemporains — c'est le principe leibnizien, que la raison est la source de l'infini et du continu, c'est l'application du principe à travers tout le système, qui en atteste « pragmatiquement » la fécondité, c'est l'élan de pensée qui conduit le philosophe de la spéculation sur l'étendue à la spéculation sur Dieu, par le seul élargissement d'un thème initial emprunté à la logique de la mathématique nouvelle : « Le fond est par-