‹ Les étapes de la philosophie mathématiqueChapitre 188 sur 505 · G, III · texte numérisé non relu

G, III

2. Suite nous paraît être la vraie leçon, au lieu de sorte. — Notes sur la critique de la Recherche de la vérité par Foucher, Lettres, etc. Ed. Foucher de Careil, p. .303. Cf. Lettre à de Volder, du 21 janvier 1704. « Vis auteni derivativa est ipse status praîsens dum tendit ad sequentem seu sequentem prœinvolvit, uti omne prœsens gravidum est futuro. Sed ipsum persisteas, qualenus involvit casus omnes, primilivam vim habet, ut vis primitiva sit velut delerniinatio quœ terminum aliquem in série désignât. » (G, II, 262).

3. Eclaircissements des difficultés que M. Bayle a trouvées dans le système nouveau de l'union de l'âme et du corps (1698). G, II., 544. Cf. Mannequin, op. cit., II, 162, et suiv.

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les temps d'un changement extraordinaire, quï ne laissent pas d'être dans la règle générale : de môme que les points distingués dans la courbe se peuvent déterminer par sa nature générale ou son équation '. »

La délicatesse et la rigueur de ce parallélisme conduisent à l'analyse la plus subtile, la plus profonde qui ait jamais été faite de la conscience et de la pensée. Tout d'abord, le calcul de l'infini, sous la forme de la dilférencialion ou sous la forme des séries infinies à termes décroissants, donne droit de cité dans la philosophie i'i cette notion paradoxale de l'inconscient, que la psychologie mettra deux cents ans à s'assimiler, tant Tinconscienl contredit à la spécificité de sa méthode, et qui domine aujourd'hui la conception de la vie spirituelle. Sans doute, cette notion était déjà connue du xvii^ siècle. Elle est essentielle au cartésianisme; et, dès avant son séjour à Paris, Leibniz s'était attaché à démontrer la thèse fameuse que ïâme pense toujours-. De cette thèse iNIalebranche et Spinoza s'étaient tous deux inspirés; mais des notions comme le « sentiment confus » que l'âme a de soi, ou la « conscience inadéquate » dans la connaissance du premier genre^ ont un aspect encore abstrait et schématique, tandis que la théorie leibnizienne des « petites perceptions » emprunte à l'analogie de la mathématique nouvelle et de la mécanique une précision et une extension inattendues. Qu'il s'agisse d'une multitude d'impressions infinitésimales, qui s'agrègent pour constituer un état défini ^ ou d'une série ordonnée qui du centre de la réflexion consciente, de l'aperception claire, plonge ses racines (ou est destinée à se perdre) dans la pénombre et la confusion des sensations ou des souvenirs \ chaque moment de la vie consciente est, en dépit de son apparence simple, la sommation dune infinité d'éléments.

1. Lettre ù Remond, du 11 février 1713. G, III, G.3o. Cf. Théodicée, III, § 242.

2. " Cum enim sit a me demonstratum, locuni verum mentis nostrœ esse punctum quoddam seu centrum, ex eo deduxi consequentias quasdam rairabiles de mentis incorruptibilitate, de impossibilitate quiescendi a cogitando, de impossibilitate obliviscendi... » (Lettre à Arnauld, G, I, 72).

3. « Pour entendre ce bruit [de la mer], il faut bien qu'on entende les parties qui composent ce tout, c'est-à-dire les bruits de chaque vague... autrement on n'aurait pas [la perception] de cent mille vagues, puisque cent mille riens ne sauraient faire quelque chose. » Avant-propos des nouveaux Essais sur L'Entendement humain.

4. .< On ne serait jamais éveillé par le plus grand bruit du monde, si on n'avait quelque perception de son commencement, qui est petit; comme on ne romprait jamais une corde par le plus grand effort du monde, si elle n'était tendue et allongée un peu par de moindres efforts, quoique cette petite extension qu'ils font ne paraisse pas. » (Ibid.)

Cette somme est à son tour élément d'une somme nouvelle. De même que le mouvement se ramène à un acte de différenciation qui {"ait le passage d'une manifestation de la force à une autre manifestation de la force \ de môme un moment de la vie consciente implique une tendance à un nouvel état; il est un terme dans une série dont l'unité forme le cours de la vie consciente : « Et cum Monades nihil aliud sint quam reprtesentationes phœnomenorum cum transilu ad nova phœnomena, patet in iis ob reprœsentationem esse perceptionem, ob transitum esse appetitionem -. »

131. — Enfin l'analogie du calcul infinitésimal va permettre de pousser plus loin encore l'analyse métaphysique, et do rendre raison de la représentation elle-même : « La représentation a un rapport naturel à ce qui doit être représentée » Or, ce rapport est exactement celui de l'unité à l'infini. Même lorsque Leibniz définissait l'âme comme un point, il y voyait, non un élément, mais un centre où concouraient tous les rayons de l'action universelle ''. La notion se précise dans la philosophie définitive où l'unité peut être la somme d'une infinité de termes si ces termes sont ou infiniment petits par rapport à cette unité, ou ordonnés en série indéfiniment décroissante : une multitude d'impressions confuses s'intègre dans l'unité d'une perception consciente : « Une substance qui est d'une étendue infinie, en tant qu'elle exprime tout, devient limitée par la manière de son expression plus ou moins parfaite ^ »

Le trait le plus original du leibnizianisme, son apport, comme l'a bien montré M. Gassirer, à la pensée de l'humanité, c'est que la conscience individuelle, approfondie sans être élargie, y apparaît équivalente à l'univers de la représentation : « Chaque âme représente exactement l'univers tout entier S) ; mais elle « représente finiment l'infinité ' »; elle est une somme où entre la tota-

1. Cf. Spécimen dynamicum : « Nain motus (perinde ac tempus) nunquam existit si rem ad ày.pip£'.av revoces, quia nunquam totus existit, quando partes coexislentes non habet. Nihilque adeo in ipso reale est, quam momentaneum illud quod in vi ad inutationem nilente conslitui débet. » M, VI. 235.

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