Lettre à Remond, du 14 mars 1714, G, III
quels se heurtait le réalisme ontologique. Par exemple, remarque Leibniz dans le quatrième écrit contre Clarke^ « si l'espace et le temps étaient quelque chose d'absolu '),il y aurait lieu de se demander pourquoi Dieu fait avancer Funivers dans telle direction, ou pourquoi il Ta créé à telle époque; sinon les questions elles-mêmes correspondent à des « fictions impossibles », et elles s'évanouissent*.
Mais cet avertissement que Leibniz, à la fin de sa carrière, donnait à Clarke, il est possible qu'il ne l'ait pas toujours entendu pour son propre compte. Fidèle à l'ambition qui avait inspiré ses premiers écrits philosophiques, il n'a vu qu'une sorte de pis aller dans l'idéalité de ce processus infinitésimal, auquel il a dû cependant tant de découvertes inattendues. Pour passer de la théorie de la monade, considérée comme « monde à part^ » et se suffisant à soi-même, au système des monades ou monadologie proprement dite, il lui est arrivé d'abandonner la logique de V idéal ou du rapport intellectuel, et de revenir à la logique de l'addition et de la juxtaposition spatiale, à la logique de Vactuel.
Leibniz emprunte à Spinoza la conception spirituelle de la substance, activité spontanée, excluant tout rapport d'extériorité : rien n'est donné hors de la monade, comme rien n'est donné en dehors de la substance ^. Seulement la proposition spinoziste est véritablement une proposition ultime, il n'y a pas un au-delà de la substance, tandis que pour Leibniz la monade, en tant qu'existence singulière, est l'élément d'une construction métaphysique, destinée à déterminer les rapports d'une pluralité de monades : « Par les âmes, comme par autant de miroirs, l'Auteur des choses a trouvé le moyen de multiplier l'univers même pour ainsi dire, c'est-à-dire d'en varier les vues, comme une même ville paraît différemment selon des différents endroits dont on la regarde » *.
Reste-t-il possible alors de maintenir cette idéalité de l'espace, qui était la base du spiritualisme leibnizien? L'espace était relatif au point de vue sous lequel la monade envisage