La modalité du jugement, p
logie classique du concept, et qui a eu sa répercussion dans la logique formelle, incapable d'éviter — incapable de trancher — l'alternative de la compréhension et de l'extension. Il ne saurait y avoir de concept en pure compréhension ; car des qualités qui ne formeraient pas un faisceau et ne se rattacheraient pas à un objet, fût-ce un objet hypothétique ou chimérique, ne seraient nullement des qualités pensées comme telles. Il n'y a pas de concept en pure extension, parce que des individus qui ne seraient pas déterminés à l'aide d'un caractère perceptible, si vague qu'il soit, ne seraient nullement des objets pensés comme tels. Nous pourrions dire qu'il n'y a pas de concept du tout si, comme il est de tradition dans nos manuels de philosophie, à commencer par la Logique de Port-Royal, on entend par concept un élément simple de représentation correspondant au terme qui est l'élément simple du discours; il n'y a que des jugements. Par exemple, la notion de français consiste dans un jugement qui rapporte certaines particularités d'ordre physiologique ou intellectuel ou politique, à des individus que l'on peut rencontrer en un certain temps et sur un certain territoire; il est également impossible de connaître soit ces caractères sans se demander de quelque manière à qui ils sont, soit ces individus sans savoir en aucune façon quels ils sont. La réalité mentale de la notion de français, c'est la synthèse de l'extension et de la compréhension dans une relation qui, explicitée, prendrait la forme d'une proposition telle que celle-ci : les Français sont français. Le concept est donc le résidu d'un jugement; mais, par la dualité d'aspect qui est impliquée dans le jugement, il se prête à être utilisé dans des relations plus complexes, soit sous la forme de l'extension, soit sous la forme de la compréhension. Français figurera comme sujet dans celte affirmation : les Français sont révolutionnaires, et comme attribut dans celle-ci : Robespierre est français.
La réalité psychologique qui soutient le jugement constitutif du concept, consiste ainsi dans un acte de l'esprit qui se meut entre deux plans d'expérience : une expérience confuse et chaotique d'où on extrait les qualités par lesquelles se définissent les espèces et les genres, une expérience organisée où grâce aux prédicats qui leur sont communs les individus sont classés. Le concept est proprement un double processus de décomposition intellectuelle et de recomposition, une méthode au sens cartésien du mot, ou encore un schème au sens kantien (mais à la condition que l'on explicite le moment d'analyse régressive que Kant paraît avoir laissé dans l'ombre) : « Le concept de chien