LE CONCEPT GENERIQLE ET LE NOMBRE
signifie une règle d'après laquelle mon imagination peut exprimer en général la figunî d'un (juadruprde, sans être astreinte à quelque chose de particulier (jue m'olVre l'expérience ou même à quelque image possible que je puisse représenter in concret o '. »
295. — Telle est, suivant nous, la réalité psychologique du concept générique. Nous voudrions montrer à la fois que la notion numérique a une fonction toute difTérente à remplir, et que d'autre part elle représente comme le concept générique une frange d'activité inlollectuelle, une méthode pour l'analy.se et pour l'organisation de l'expérience.
Si le concept générique est considéré comme le concept proprement dit, le nombre, nous avons déjà eu occasion de le remarquer, aura un rôle inverse et complémentaire de celui du concept. Mis en présence d'objets fondus dans l'unité d'un genre, nous ne retenons qu'une seule image conceptuelle. Or, le nombre est rinstrument qui, en dépit de cette identité que revêt pour la perception un ensemble d'objets semblables, sera capable de faire olislacle à la fusion mentale; et Kant avait nettement aperçu ce rôle du nombre, tout en l'interprétant suivant une terminologie psychologique encore rudimentaire, lorsqu'il avait affirmé la nature intuitive du nombre. Par cette opposition profonde de tendances, on s'explique qu'antérieurement à l'intervention de l'idée de nombre, l'esfiace ait pu rendre le service de maintenir la diversité des individus dans l'identité de la classe. Par exemple, le P. Dobrizhoffer a relevé chez les Abipones cette forme curieuse de langage : « Quand ils reviennent de chasser les chevaux sauvages, ou de tuer des chevaux domestiques, personne ne leur demandera : combien en avez-vous rapportés? mais combien de place occupe la troupe de chevaux que vous avez ramenée -? »
D'une autre façon, encore, l'ethnographie confirme cette dualité radicale de la notion générique et de la notion numérique. Elle nous permet d'assister au travail de séparation progressive entre l'abstrait générique et l'abstrait numérique. Les nombres se développent à l'intérieur des classes, de telle sorte que la notation n'est pas la même suivant la qualité des objets auxquels ils se rapportent. Pour nous borner à un seul exemple, mais singulièrement significatif, M. Boas a donné le tableau suivant, qui