‹ Les États Affectifs Supérieurs Chez Les SchizophrènesChapitre 17 sur 38 · EVA · texte numérisé non relu

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Pour une pure raison de commodité, nous ace cepterons provisoirement la distinction arbitraire entre les synthèses qui ont trait au monde extérieur et les autres, et nous userons de l’image courante qui attribue à l’esprit une « surface » et une « profondeur », et aux noyaux psychiques des connexions dirigées dans les deux sens. Nous abandonnerons au plus vite ce langage, et cette pseuso-représentation spatiale de l'esprit.

Les troubles déficitaires

Que ce soit comme unité, ou dans des combinaisons diverses, les liens associatifs. peuvent perdre toute influence dans la pensée des schizophrènes » (BLeuLrer).

Et dans leur vie affective, ajoutons-nous.

I. — Le malade V., âgé de 33 ans, témoigne depuis À an d’une indifférence absolue à l’égard des siens, qui affecte péniblement sa jeune femme. Son mutisme est total, et les jours de visite, il n’a pas une parole n1 un regard pour elle, non plus que pour sa filiette. C’est en vain que nous évoquons fréquemment devant lui ces deux personnes « qu’autrefois pourtant il aimait beaucoup ». Le 20 mars, au sortir de son troisième eoma, au cours d’une agitation onirique, il exprime le désir ardent de voir son père. Le 25, réveil calme et silencieux. Son visage reflète l’expression nouv elle d’une pensée active, qui nous attire et nous engage à rechercher un contact. Aucune réponse aux questions posées sur lui-même. L’évocation du souvenir de son père, porteur quelques jours auparavant d’une forte charge affective, reste sans écho. Celui de sa femme n'ayant pas plus d’action, nous mettons en jeu celui de sa fillette. Son nom produit un effet magique : le visage de V. passe de l'indifférence à l'expression de la douleur la plus vive. Il se retourne pour prendre dans un tas de papiers une photographie de sa fille que personne ne lui connaissait plus depuis longtemps, et la regarde longuement sans rien dire tandis que d’abondantes larmes coulent de ses yeux. Nous lui retirons cette image sans rencontrer de résistance. V. lève alors les veux devant lui et murmure d’une voix excessivement basse, dans un véritable souffle « Elle serait mieux dans le pays de

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ma femme que dans le mien ». Le souvenir de son père et de sa femme utilisés à nouveau restent inopérants.

Ultérieurement, la pensée de sa fille perdra toute activité, tandis que celle de son père sera mêlée aux explosions affectives les plus bruyantes.

Le malade P., âgé de 25 ans, plongé dans le mutisme le plus strict, et qui est resté réfractaire depuis que nous l’observons à toutes les tentatives de contact, reçoit ses parents depuis des années avec la plus parfaite indifférence. Il porte sur les lèvres un éternel sourire niais. Neuf comas n’ont provoqué en lui aucun ébranlement apparent. Cependant, après un choc particulièrement sévère, un jour où son père et sa mère s’entretiennent devant lui de son frère qui fait son service militaire et vient d’être nommé caporal, il s'empare spontanément d’un erayon et d’un journal pour écrire dans la marge « Bonjour au gradé ». Ses parents joyeux, mais vite déçus, s'efforcent en vain de lui arracher une parole.

— Chez des malades indifférents et muets depuis des années, voici donc que se rétablissent en éclair des points de contact avec le monde extérieur. À l’aide d’un nom, nous pénétrons à nouveau dans un psychisme jusqu'ici fermé de toutes parts. Un noyau isolé, depuis longtemps indécelable, récupère soudain ses connexions avec la « surface » et vient émerger sous nos yeux. Fait remarquable, ce contact est unique, tous les autres restent coupés. Sensible sur un point, le malade demeure impénétrable par tout autre, Tous nos efforts échouent, qui voudraient ramener à la lumière des complexes appréhendés dans d’autres circonstances, et qui n'apparaissent qu'à leur heure, au hasard des points d’application de l’action insulinique.

Ainsi se trouve accidentellement révélée l'existence d’un noyau dépouillé en temps habituel de toutes ses connexions avec la superficie.

IL. — Le plus souvent, les éléments émergés surprennent par leur caractère anormal et leurs multiples défauts. C’est

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