‹ Les États Affectifs Supérieurs Chez Les SchizophrènesChapitre 18 sur 38 · RATE · texte numérisé non relu

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que le processus schizophrénique isole aussi le noyau psychique dans la « profondeur » et coupe ses échanges avec les centres adjacents. Privé de connexions venues de toutes les régions de l'esprit, il perd le bénéfice d’apports associatifs nombreux qui sont autant d'éléments nécessaires à sa perfection. Cette dégradation présente plusieurs degrés.

a) L’atteinte légère équivaut à la perte des harmoniques les plus fines. L'édifice psychique est « subnormal » et se reconnaît encore, mais il est décapité de tous les apports de luxe qui concourent à son harmonie, et se présente sous un aspect désagréable. Telle ces électrophones dont les hauts-parleurs ne restituent pas toute la gamme des fréquences et choquent les oreilles musicales, l’âme du Schizophrène rend un son grinçant qui affecte l’âme normale. Cette perte des nuances qui s'explique par l’absence d’associations habituelles répond bien au « défaut de modulation » dont parle BLEULER, à cette rigidité affective qui apparaît en particulier à l’occasion du jeu : « Leur jeu offre toujours une allure enraidie. L'initiative fait défaut ».

Le malade Hm., interné depuis juin 1936, est favorablement modifié par une série de 17 comas. Il reprend une certaine activité, et en particulier, il fait son lit chaque jour et joue aux cartes avec un plaisir visible. Mais, au dire de ses partenaires, sa joie sonne faux, «il rit jaune », son expression est bizarre, guindée, et au total désagréable. Bref, elle ne présente plus cette harmonie minima caractéristique du son humain, et n’éveille en nous aucune résonance, aueune « sympathie » dans le sens propre du terme.

— Le dépouillement peut être total et l’édifice se présente à nu, avec la dureté et la sécheresse d’un shéma :

Le malade Le. est resté 3 années sans se livrer à aucune manifestation affective à l’endroit de sa mère. Le 3 mars 1937, il sort de son coma à midi trente. À la visite de 13 heures, sa mère croit surprendre un regard chargé d’un certain intérêt. Elle lui adresse la parole :

— Bonjour.

— Bonjour (Il regarde droit devant lu).

— Me reconnais-tu ?

— Oui.

— Tu m'aimes bien ?

— Oui.

— Veux-tu m'embrasser ?

— Oui.

Il exécute cet acte avec la rigidité d’un mannequin, colle sa Joue contre celle de sa mère, en regardant toujours devant lui, fait un mouvement des lèvres dans le vide, et revient à sa position première.

— Ce défaut d’harmoniques « de luxe » aboutit dans certains cas à des constructions moins déplaisantes, péchant par exemple, par un manque de maturité et une simplicité excessive comme celles de l’enfant. Dans ce puérilisme que nous avons observé à l’état pur (il ne s’agit pas de l’affectation des grâces mièvres de l’enfant, qui est positivement une recherche et se rattache au mamiérisme tel que nous le rencontrerons dans un instant) se trahit un manque important d’apports associatifs. Les états affectifs et leurs expressions motrices restent trop claires, trop simples, trop unies, en même temps qu'excessives parce qu’elles ne reçoivent pas les innombrables retouches que leur impriment normalement les riches acquisitions de l’adulte.

Le malade D., très discordant et très craintif, se soustrait peureusement à toute approche. Les rares paroles qu’on lui arrache sont d’une incohérence totale, et sa mimique affective est pareillement impénétrable. Il est mis en traitement le 22 février 1937. Le 18 mars après un coma bruyant, dans l’ivresse du réveil, 1l appelle son Cpapa ». À partir de cette date, il devient de jour en jour plus abordable, en même temps que se rectifient son langage et sa mimique. Finalement, il se fait confiant et intelligible, et nous parvenons à certains échanges.

Son Journal met cette évolution en lumière. Nous faisons appel pour émouvoir D, à la puissante sensation de faim qui saisit habi-

tuellement les malades au sortir du coma, et nous l’interrogeons quotidiennement sur ce sujet.

Tout d’abord, la question : Avez-vous faim ? Voulez-vous manger ? se heurte au silence le plus complet, et ne déclanche si elle se répète qu’une mimique d’effroi. Rapidement, dès le surlendemain, cette crainte morbide s’estompe, et D. bredouille quelques mots insaisissables. Puis la voix s’affermit, et nous recueillons des réponses audibles, quoique tout à fait obscures. 8 jours s’écoulent. Le 9%, nous croyons saisir dans ses propos un lointain rapport avec nos questions, et dans les jours qui suivent, bien que nous nous défendions contre les illusions que peut donner un malade familier, nous ne pouvons nous garder de l’indéfinissable impression que la pensée de D. se précise, et avec elle ses adjuvants affectifs et psychomoteurs. Un jour, survient une réponse que nous interprétons franchement : Avez-vous faim ? R.: En direction, pas l’abondance. Ce qui, pour nous, veut dire : Oui, mais peu. Nous acceptons dès ce moment cette traduction problématique en raison des modifications concomittantes qui surviennent chez D., car cet exemple de détail que nous avons choisi est évidemment extrait d’un comportement global. A partir de là, le langage de D. ne cesse de décrire, autour du terme propre, un cercle qui se rétréeit progressivement et nous obtenons finalement des réponses limpides, telles que : Faim, oui. Appétit, beaucoup d’appétit.

Mais là s’arrête la progression. Le langage reste « petit nègre », et conserve la syntaxe squelettique de la langue enfantine. Or, de toute évidence, le même terme s'impose à la restauration de son affectivité et de sa mimique. D. est humain, mais puéril. Cet homme de 30 ans a l’âme et le visage, les joies et les chagrins, les grimaces, les rires, les cris et les pleurs de l’enfant. Il accueille son repas en battant des mains, et le médecin avec une crainte puérile. L’interjection : Na ! accompagne chacune de ses phrases, et il réclame fréquemment «sa maman ». res

Ces imperfections éclatent avec une netteté particulière à l'occasion d’une intervention de petite chirurgie. Les préparatifs de l’incision d’un abcès déclenchent une crise de frayeur et de désespoir enfantins. Il se colle contre l'infirmier, lui Jette les bras autour du cou, pousse des cris aigus, avec de gros sanglots entrecoupés de reprises respiratoires bruyantes, et Jette des supplications risibles : « J'veux pas, na ! pas d’piqüres, na ! pas d’médecin, na ! m’man, m’man ! méchant docteur, etc... »

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— Chez D. l’Insuline n’a done rétabli qu’un certain nombre de contacts, et ses états affectifs, quoique améliorés, continuent à souffrir dans leur structure de la pénurie d’apports associatifs.

b) À un degré de plus, l’altération dépasse la sphère des harmoniques et atteint le son fondamental qui les supporte. Non seulement sont écartés les apports associatifs qui le parfont, mais aussi ceux qui le conditionnent absolument, le créent. Le processus schizophrénique, non content de couper les connexions du noyau psychique avec les éléments adjacents, s’infiltre en lui, sépare ses parties intégrantes et le détruit par division. Le travail de dissociation s’attaque 1e1 aux affinités essentielles, responsables de ces assemblages cellulaires caractéristiques qui sont la base des divers complexes, et ceux-ci, suivant la dégradation de leurs fondations organiques, se fragmentent plus ou moins jusqu’à disparaître.

L'unité psychologique que nous avons schématiquement définie comme un composé hétérogène d’un concept, d’un affect, et d’une réaction motrice se trouve alors amputée d’un de ses éléments. Ainsi prennent naissance ces inaffectivités électives, ces désintérêts pour ainsi dire localisés, que les malades constatent et avouent comme une IMpulssance sans pouvoir en donner la moindre explication, fûtelle délirante. Tout se passe comme si certains noyaux intellectuels conservaient leurs connexions avec les centres affectifs, tandis que d’autres en sont frustrés et apparaissent comme des ilôts sans dépendances. L’Insuline reconstitue des groupements incomplets qui répondent à ces fragments.

Alors que le malade R, T., qui « paraissait depuis longtemps n'avoir plus de sentiments » récupère une affectivité étendue, court au-devant de sa mère en gambadant, engage son père à bien manger parce qu'il a (fâcheusement maigri » et s'inquiète de tous les siens sans exception, le malade Po., ne s'intéresse qu’à sa mère et à sa sœur qu'il reçoit très bien les jours de visite et qu’il réclame entre

temps. De même, Fo., manifeste une reprise d'intérêt particulièrement vivace à l'endroit de son frère et d’une tante, mais reste totalement indifférent à l’égard de ses parents. « Et pourtant il me reconnaît bien maintenant, il m'appelle maman. Mais il ne paraît pas plus content de me voir. Quand je lui parle de son frère, il est tout changé, De sa tante aussi. Pourquoi sa tante ? Je lui ai demandé s’il avait quelque chose à me reprocher, s’il m'en voulait. Il me répond toujours non ». Nous constatons nous-même l’animation dont Fo., fait preuve à l'évocation de ce frère et de cette tante et restons impuissant (bien qu’il s’épanche volontiers) à déceler la

moindre hostilité qui expliquât sa réserve à l’égard de sa mère.

Les représentations qui ont trait au frère et à la tante éveillent donc une puissante résonance affective. Celles qui se cristallisent autour des concepts de père et de mère restent sans écho.

— Cette dissociation ‘fait parfois un choix véritable entre les représentations liées à une perception actuelle et celles qui naissent en qualité de souvenir, En voici un exemple :

M., âgé aujourd’hui de 28 ans, fut un enfant très affectueux. « Il aimait toute sa famille », et particulièrement sa mère et ses sœurs. Marié en 1931, il travaille à la Samaritaine où il prend part malgré lui aux grèves de juin 1936. Il reste ainsi trois Jours enfermé dans le magasin pensant avec angoisse à son jeune fils alors malade et alité chez lui. À son retour, éclate une violente cerise d’anxiété avec pleurs et cris de désespoir, qui cède rapidement. « [ redevient normal et aussi gentil ». Plusieurs mois après, un matin, il refuse de se lever, se lamente, devient hostile, et son état empire si bien qu’il motive un prompt internement. À l'asile, il se montre hostile, muet, et se refuse à toute conversation.

A la suite du traitement, se produisent les modifications suivantes : Disparition de l'hostilité, du moins à légard du médecin à qui il fait des confidences. Témoignage d’une vive émotion à l’évocation du souvenir de sa mère dont il parle avec la plus grande tendresse. Inaffectivité absolue à l’égard de ses sœurs, même présentes et l’entretenant elles-mêmes de leur mère. Ce souvenir de leurs jeunes années, ce commun amour fiial, d'enfants particulièrement affectueux, les liaient si étroitement à leur frère qu’elles espératent

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bénéficier de sa récupération affective. Il n’en est rien, elle demeure strictement élective, et seul un souvenir bien déterminé parvient à émouvoir les centres affectifs de M...

Pareille différence d’écho affectif peut s’observer entre un souvenir et une perception actuelle ayant un objet identique. C’est ainsi que, au bout de 4 comas, G. réclame sa mère avec insistance, mais lui oppose le jour de visite la plus complète indifférence, bien qu'il la reconnaisse. C’est, croyons-nous, qu’une perception actuelle donne naissance à une représentation précise, aux contours nets, serrés comme un dessin d’Ingres, et qui reste dans le cas de G. dépourvue de liens affectifs ; tandis qu’un souvenir échappe à la tyrannie de l’actuel, n’a pas de frontières délimitées et reste ouvert à tout un monde d'éléments dont certains ont conservé ou récupéré chez lui leurs relations avec les affects adéquats. C’est une expérience fréquente que l’émotion du souvenir dépasse celle du fait.

C’est ainsi que s’éclaire pour nous l’observation de Breuzer : « Le S. n’est pas un affaibli; il ne l’est que par rapport à certains complexes » Nous insistons sur le fait qu'aucune idée délirante ne justifie ces désintérêts localisés : « Les sentiments qui subsistent le doivent sans doute au hasard » (Br) et que pour nous « complexe » comme (noyau psychique » répondent à la définition que nous avons donnée à plusieurs reprises (page 25).

e) Ainsi l’action dissolvante de la schizophrénie dépouille le complexe des harmoniques qui le paraient des tonalités humaines. Ainsi l’ampute-t-elle par division d’une ou plusieurs de ses parties intégrantes. Mais, en dépit de ce dernier mode de dissociation, 1l convient d’écarter dès maintenant l'idée d’une ataxie systématique entre lintellect, l’affectivité, et leurs conséquences réactionnelles. N'oublions pas que les productions de ces trois modes d'activité de l'esprit sont elles-mêmes complexes au sens le plus propre du terme.

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Nous avons assez longuement montré combien l'esprit appliquait ses mécanismes constructifs aux affects, pour en faire des combinaisons aussi riches, étendues, et dissemblables que les concepts les plus élevés, pour perdre de vue ce fait, Aussi, tout en conservant ses éléments constitutifs, le noyau psychique peut-il souffrir de leur dégradation individuelle, de leur propre fragmentation. La décomposition, en effet, poursuit jusqu'aux unités les plus élémentaires engagées dans le jeu psychologique : les concepts, les sentiments, les phénomènes psychomoteurs, considérés isolément.

L'étude qu’a faite BLeuer des troubles de l’association des idées est une véritable œuvre d’art, qui restera le témoin de l’extrême finesse où peut atteindre l’analyse, maniée par un esprit aussi précis qu'imaginatif. Son retentissement dépasse, à notre avis, celui que prévoyait son auteur, car elle ÉCLAIRE NON SEULEMENT LES TROUBLES CONCEPTUELS, QUI SONT EXCLUSIVEMENT VISÉS PAR LUI, MAIS AUSSI NOMBRE DE FAITS D'ORDRE AFFECTIF TELS QUE NOUS EN AVONS OBSERVÉS.

De même que « les concepts sont pensés par fragments », les affects sont sentis par fragments. « Les notions ne sont pas détruites, mais en quelque sorte fragmentées ; elles ne sont plus pensées dans leur totalité ». Ainsi en est-il des productions de l’affectivité, qui n’atteignent plus à une élaboration complète.

La dégradation se retrouve à tous les degrés de la hiérarchie. Elle s'attaque aux états supérieurs, à ces abstraits d'émotions et de sentiments, ces généralisations € d’impressions qui sont elles-mêmes des condensations d’impressions », ces représentations affectives qui équivalent aux concepts ; états particuliers qui peuplent le psychisme de l'individu, lui sont rigoureusement personnels et varient indéfiniment avec l'expérience de chacun. Ces affects étendus qui embrassent dans leur cercle de nombreuses acquisitions s’appauvrissent de façon capricieuse et perdent leur parfaite congruence avec l’objet qui les motive. Pareille altéra-

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tion est souvent difficile à saisir et n’éveille souvent qu’une impression indéfinissable d’étrangeté. Ïl en va tout autrement quand la dissociation s'exerce sur les sentiments et les émotions génériques, matière première dont se sert l'âme affective pour élaborer ses représentations originales. La fragmentation de ces affects simples et communs devient immédiatement saisissable, soit que la lacune saute violemment aux yeux, soit que les débris qui survivent choquent par leur aspect grossièrement inadéquat.

— Prenons l'exemple du malade B., âgé de 17 ans et interné depuis 1934. Orphelin de père et de mère, il lui reste pour toute famille une grande sœur qui fait preuve à son égard d’un dévouement total. Le « nouveau traitement » est par elle porté aux nues, car, constate-t-elle avec la plus grande satisfaction, « Roger paraît maintenant beaucoup plus content de me voir. Il redevient comme autrefois ». De fait, quand elle se montre à la porte de la salle, le visage de B., s’illumine et il éclate d’un rire enfantin. Mais le bonheur de Mlle B., s’assombrit bien vite, car la joie de son frère conserve une note déplaisante, qui l’inquiète et l’affecte péniblement sans qu’elle puisse la caractériser. « Il est heureux, mais ça n’est pas ça. » Nous n’avons aucune peine à découvrir la lacune : le jeune Roger n’a pas pour sa sœur le moindre geste affectueux, et à bien examiner les choses, son euphorie ne nous autorise nullement à conclure à la renaissance en lui de l’amour fraternel. Il semble la proie d’une joie stérile qui aurait perdue sa primitive raison d’être et se présenterait comme l'effet d’un pur automatisme, tel un réflexe conditionnel qui se déclanche sans l'intervention de sa cause initiale. Les associations acquises (et perdues par B.) qui concourent normalement à l’élaboration harmonieuse et complète d’un état affectif sous l'impulsion d’une perception actuelle, en l'occurence la vue d’une sœur autrefois chère, sont donc ici l’objet d’une récupération parcellaire et particulièrement capricieuse.

— L'approche du médecin détermine un ensemble confus de sentiments où l’on trouve suivant les cas du respect, de l’admiration, de la reconnaissance, de la méfiance, de l’appréhension, de l'espoir, et toujours de la crainte pour cet homme qu’on ne voit qu'aux mauvaises heures et dont l’intervention bienfaisante dans le futur est souvent douloureuse dans le présent. Cet état affectif se fragmente

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et libère ses divers éléments. C’est ainsi que chez De. l'activation insulinique reste incapable de restaurer des synthèses aussi riches et ne fait émerger qu’une frayeur invincible, Par contre, chez Ab., ne viennent au Jour que respect et considération qui s'expriment par une observance serupuleuse des distances, qu'aucune avance ne réussit à vaincre.

« Les altérations conceptuelles de la schizophrénie ont ceci de particulier que les notions élémentaires aussi bien que les complexes peuvent être intéressées et devenir difficiles à appréhender. Quelquefois la pensée est tellement tronquée qu’on parle alors de pensée disloquée (Dissociative Denken de ZIEHEN) et d’incohérence ». Le morcellement de l’affectivité va lui aussi jusqu’à la désagrégation de synthèses apparemment irréductibles.

Dans la reconnaissance s’alhent un sentiment d'amour, éveillé par la satisfaction de l’intérêt personnel, et d’obligation, c’est-à-dire d’infériorité d'autant plus sentie que la distance sociale est plus grande entre bienfaiteur et obligé, qui tempère le précédent. Chez FE, cet ensemble se brise et perd son second terme: l'amour, qui survit, s’exalte sans contrainte et se dérègle. Pour témoigner de sa gratitude, ce malade couvre le médecin de caresses et lui baise tendrement les mains.

L'amour filial pour la personne du père comporte une bonne part de crainte, qui varie d’ailleurs avec le mode d'éducation utilisé. Elle émerge seule, isolée, nue, chez Ha. C’est en effet par une violente crise d’anxiété qu'il sort de son long silence affectif, provoquée par la vue de son père, et qui se renouvelle à chaeune de ses visites. Celui-ci se refuse à considérer comme une amélioration cette renaissance trop parcellaire à son gré de l’affectivité de son fils.

La pudeur se décompose en une crainte d'agression physique, et une crainte d'agression morale qui peut disparaître, comme l’a observé GuirAup, pour laisser la place à la première. Ainsi Le, pousse des cris quand on découvre son lit,

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cache d’abord ses organes génitaux avec ses mains, puis se pelotonne et se protège la tête avec les bras comme s'il s’attendait à une pluie de coups.

Comme un prisme décompose la lumière, le processus dissociatif étale le spectre des états affectifs les plus simples. Leurs éléments émergent à l’état pur, inhabituels, inadéquats, inattendus, et leur signification n’est plus immédiatement saisissable. La succession de ces affects dénués, de ces fragments de sentiments, offre l’image d’un cours disloqué comparable à celui de la pensée proprement dite et réalise une véritable incohérence affective.

ITT. — Les troubles déficitaires de l’affectivité, comme de l’intellect, sont donc dominés par la notion de fragmentation et de démembrement. Fait capital en même temps et aussi clairement que cette dissociation elle-même, apparaissent son caprice, son allure anarchique, son indépendance de tout système. Sans doute, comme nous l’avons vu, l’unité psychologique élémentaire que nous avons schématiquement représentée comme un composé hétérogène d’un concept, d’un affect, et d’une réaction peut souffrir de la disyonction totale de ses éléments constitutifs, et à ce prix, il est légitime de parler d’ataxie entre les activités intellectuelle, affective et psychomotrice de l'esprit. Mais rappelons encore que ce « complexe » n’est pas fait d'éléments simples, mais eux-mêmes déjà très complexes, construits sur une foule d’apports associatifs dont la richesse défie l'analyse et le nombre tout calcul, et qui prêtent le flanc pour leur propre compte au travail de désagrégation. Les déficits frappent aussi bien la structure intime des éléments que leur cohésion. Un concept peut être isolé, ou s’annexer un état affectif larvé. En fait, 1l en est peu qui ne conserve au moins un lambeau d’affect. La dégradation capricieuse d’édifices aussi compliqués que sont les sentiments les plus simples explique facilement l’infinie diversité des résultats observés en eli-

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