CONCLUSIONS
Notre première conclusion sera qu'avec une année de pratique, 87 cas et douze mois de recul, les résultats de l’insulinothérapie restent obscure et leur interprétation difficile. Le choc n’a guéri qu’un de nos malades, mais les a tous modifiés. Reste à déterminer en quoi consiste cette modification.
:— Par ailleurs, la surveillance quotidienne et nécessairement étroite de nos malades nous a mis sous les yeux une foule d’états psychiques jusqu’alors insoupçonnables, qui s’extériorisaient soudain avec toutes leurs lacunes. Celles-ci devenues particulièrement saisissables, s’offraient à l’analyse. Le choc insulinique prenait un intérêt expérimental.
— Notre attention s’est fixée sur les états affectifs qui émergealent ainsi, et surtout sur les sentiments, c’est-à-dire ces états complexes, faits d’éléments multiples, soumis comme l’a montré Risor, aux activités d’association et d’abstraction de l’esprit. Nous souvenant de l’existence de cette affectivité supérieure, qui ne se réduit pas à la mise en jeu monotone de la douleur et du plaisir, mais élabore des synthèses originales qui constituent de véritables représentations affectives, nous avons pu constater que ces états souffraient chez le schizophrène des mêmes troubles que les productions de l’intellect ; que ces troubles étaient de caractère structural et liés, tout comme les conceptuels, au désordre des associations.
— Cette constatation nous a fait admettre que le trouble des associations, que BLeuLER confine dans la sphère intel-
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lectuelle, envahissait en réalité la sphère affective et la sphère psychomotrice. En conséquence, il n’est plus question desubordonner entièrement les troubles intellectuels aux affectifs, ou réciproquement. Dans les deux domaines, à côté de troubles secondaires, se trouvent des déficits qui jaillissent directement d’un trouble plus fondamental, qui atteint le phénomène psychologique le plus primitif qu’on puisse saisir : l’activité associative. Ainsi se réalise une pseudo-inaffectivité tout à fait superposable à la pseudo-démence intellectuelle.
— Cette extension à tous les domaines de l’activité psychique grandit l'importance du trouble des associations. Quelle est donc sa place dans la hiérarchie des signes de la D. P.. 11 se présente comme un signe primaire, lié directement à l'atteinte par le processus pathologique de cette « partie du cerveau proprement associative », corticale, dont parle Préron, et se range à côté des états maniaques ou mélancoliques, des troubles catatoniques et vaso-moteurs, qui traduisent la souffrance des divers centres de l’encéphale. Il est le plus caractéristique, car les précédents, tels les troubles du ton affectif basal ne deviennent significatifs que si la dissociation s’y superpose. Il semble le plus constant et le plus tenace, car 1l résiste aux médications qui viennent à bout des autres.
— En effet, si le choc insulinique a fait disparaître chez nos malades certains états anxieux, ou catatoniques, et certains troubles sympathiques des plus impressionnants, et modifié si radicalement le tableau clinique que la vie en société est pour eux redevenue possible, il est resté impuissant devant le trouble associatif dont les régressions sont restées parcellaires et incomplètes. En dépit d’un vif contraste avec leur état antérieur, nos sujets gardent la note schizophrénique. Ils conservent une retenue, une raideur, un manque de souplesse, indices d’une dégradation peut-être légère, mais qui suffit à faire prononcer le mot « séquelle », et réserver le pronostic. Sans doute, ils ont perdu leurs symp-
tômes les plus spectaculaires, mais la liberté et l’harmonie du jeu de leurs associations ne sont point parfaites. Ce sont elles qui jugeront en dernier ressort de l'étendue de
leur améhoration.
Vu : le président, Vu : le doyen, H. CLAUDE TIFFÉNEAU
Vu ET PERMIS D'IMPRIMER Le recteur de l’Académie de Paris