‹ Les États Affectifs Supérieurs Chez Les SchizophrènesChapitre 6 sur 38 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L’abondante littérature consacrée à la Schizophrénie ne laisse pas au lecteur que des idées claires. Il semble qu'avec le temps et les travaux, la conception née de Breuzer devienne de plus en plus floue. En France, certains esprits amoureux de précision ont reproché à l’ouvrage original du Maître de Zurich d'introduire une notion indéfiniment extensive d’où ne peut jailhir aucune lumière véritable. Il est d'usage de s’incliner devant ses admirables analyses et de mettre en doute la légitimité de sa synthèse. Ce serait injustice cependant que de méconnaître ses réserves expresses et le caractère provisoire qu'il attribue [ui-même, de la façon la plus positive, à sa classification. Comment lui reprocher le phagédénisme de sa Schizophrénie, dévorant de proche en proche toutes les maladies mentales, sans prendre en considération, d’abord, ses premières lignes : « Nous embrassons sous le nom de D. P. ou de Schizophrénie tout un groupe d’affections. Pour la commodité, j’emploie le mot au singulier bien que le groupe comprenne vraisemblablement plusieurs maladies ». Plus tard : « Pour le moment, elle (la Schizophrénie) n’est pas conçue comme une espèce morbide, mais comme un genre, dans le même sens que psychoses organiques Nous aboutissons à une conception comparable à celle de Mal de Bright par rapport aux néphrites ultérieurement mises en lumière ». E’étiologie n’est pas une : « Plusieurs causes peuvent concourir à sa réalisation ». Conclusion : « Cette classification est sans doute provisoire... le démembrement du groupe des Schizophrénites est l’œuvre de

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l'avenir ». Ainsi, de même qu’on a isolé une néphrite azotémique, une néphrite hydropigène, une néphrite hypertensive, et qu’on les a rattachées à des causes diverses (syphilis, angines répétées, ete...) l’avenir doit distinguer dans le genre Schizophrénie des espèces multiples d’étiologie variable.

Il est regrettable que la pensée de Breurer ne soit pas toujours aussi facile à saisir. Ce qui autorise le groupement d'états aussi divers, dit-il en substance, c’est l’existence de troubles fondamentaux communs : troubles associatifs, troubles affectifs, troubles du contact avec le monde extérieur. Or, ces symptômes de base sur lesquels repose tout l’édifice, nécessaires et suffisants pour définir la maladie, présentent souvent (est-ce un paradoxe ?) des défaillances.

Une première phrase est lourde d’incertitudes : € JE est important de savoir que toutes les nuances se rencontrent à partir du normal ».

Les troubles de l’association des idées, (l’analyse qu’en fait Breurer est un plaisir pour l’esprit) sont caractéristiques de la Schizophrénie, mais ils « varient en importance à partir de néant jusqu’à la confusion la plus intense » et «l’on peut en découvrir de remarquables dans d’autres affections ».

Quant aux troubles affectifs, BLEULER montre admirablement qu'ils ne peuvent être ramenés à un affaiblissement global. «Il est hors de doute que la capacité de l’âme à produire des sentiments n’est pas foncièrement détruite dans la Schizophrénie ». Mais quelle idée précise se faire de ces troubles affectifs ? Ici, nous ne nous flattons pas de pénétrer exactement la pensée de Bzeurer. Ils se rangent dans les symptômes fondamentaux (1), mais non pas nécessairement primaires. « Les états d’accès mélancoliques ou maniaques doivent avoir une place spéciale (parmi les signes primaires) » mais, dira-t-1l plus loin «les troubles affectifs sont eux aussi

(1) Dementia præcox, ou Groupe des Schizophrénies. 17e partie : La Symptomatologie.

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