LES PETITS BLANCS
moins de meubles, moins de prétentions à la commodité de ses habitants que la cellule d'un condamné. Ces individus produisent un peu de maïs, et cultivent peutêtre quelques perches de terrain en pois ou en pommes de terre, ils ont deux ou trois cochons qu'ils envoient chercher leur nourriture dans la forêt. Ils ne se passent jamais de chiens et d'une carabine, et chassent la plupart du temps ^ »
Nous pourrions encore citer bien des exemples de celle nature empruntés à des écrivains sudistes, mais ceux qui précèdent suffisent pour montrer combien est misérable la condition intellectuelle et sociale de cette classe d'individus, qui forme environ la moitié de toute la population blanche de la confédération.
Les planteurs n'ont jamais regardé les petits blancs avec bienveillance. Le général Marion disait d'eux, il y a déjà cent ans : « Les pauvres ici sont généralement très-misérables. N'étant pas nécessaires aux riches qui ont des esclaves pour faire tout leur travail, on ne leur donne pas les moyens de gagner leur vie. » Mais il est d'autres raisons pour expliquer l'aversion que leur portent les planteurs : ils sont généralement paresseux, tout travail leur répugne, et, par suite, ils sont immoraux et malhonnêtes. Leur exemple engendre des vices analogues parmi tous les blancs qui entrent en contact avec eux. En conséquence, les planteurs prennent soin, par l'achat de vastes domaines, d'éloigner ces pauvres gens; et ce-
» Olmsted, p. 548.
pendant , c'est l'esclavage implanté par les opulents propriétaires, qui est la vraie cause de la paresse et de l'immoralité des petits blancs.
Cette classe a toujours été exploitée par les riches et les intrigants du Sud. C'est elle qui a fourni les recrues pour les expéditions de Cuba et d(! l'Amérique centrale organisées par Lopez et AYalker ; et l'on devine aisément comment on a pu la jeter dans la guerre civile. Le métier de soldat est plus glorieux que tous ceux qu'ils ont bien voulu se donner la peine dexercer en temps de paix ; ils sont braves, enlreprenants, ils n'ont rien à perdre que leur vie; en revanche, ils ont les chances du bulin , l'animation et les aventures d'une campagne, et la perspective d'un triomphe, qui leur donnerait des esclaves à vil prix... Ces raisons ne leur suffisent-elles pas, et au delà?
Néanmoins, si les petits blancs y réfléchissaient bien, ils verraient qu'avec la continuation de l'esclavage ils n'auraient rien à gagner, mais tout à perdre. Si quelque chose peut les convaincre, la guerre actuelle le fera, en leur montrant que leur grand ennemi n'est pas l'abolilionnisme du Nord, mais bien l'esclavage, pour le maintien duquel ils ont été entraînés dans une guerre qui a ruiné au moins temporairement leur pays. Le seul moyen qui s'offre à eux de tirer avantage a du monde sans bornes de l'industrie qui s'ouvre devant eux, et peut les élever, eux et leurs familles, de la misère et de l'ignorance, au savoir et au bien-être, » c'est l'abolition de l'esclavage. C'est là seulement qu'est leur salut.
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Les détracteurs du Nord parlent constamment de la condition malheureuse des nègres dans les États libres, pour en inférer que les blancs n'éprouvent à l'égard de leurs concitoyens d'origine africaine qu'aversion et mépris. Il y a une certaine vérité dans cette accusation; mais il y a aussi une exagération évidente.
Sans vouloir justifier ni même excuser aucun tort dont les habitants du Nord ont pu se rendre coupables envers les nègres, il est permis de dire que certaines circonstances expliquent jusqu'à un certain point les préjugés de race qui existent même dans les États les plus libéraux de la Nouvelle-Angleterre. D'abord, les ancêtres de tous les noirs existant aux Etats-Unis étaient esclaves; leurs descendants sont eux-mêmes domestiques pour la plupart, et l'on sait que dans tous les pays du monde, les maîtres tiennentleurs inférieurs dans la dépendance. Mal-
heureusement, dansée eas particulier, la couleur établit entre le domestique et le patron une démarcation rigoureuse, aussi évidente quepossible. Un autre fait a, plus que tous les autres, contribué à l'oppression des nègres, c'est qu'ils enlraicnt comme travailleurs en concurrence avec les blancs, et tout spécialement avec les emigrants pauvres, dont la jalousie les poursuivait partout. Mais il est juste d'ajouter que le m(''pris témoigné à la race nègre décroît en proportion des atteintes portées à l'esclavage. D'ailleurs aucune loi ne consacre ces faits, inspirés par de simples préjugés. Et si nous comparons la position sociale des nègres du Nord avec celle de leurs frères, même libres, dans le Sud, nous constaterons une immense différence en faveur des premiers : leur avenir est plein de promesses ; ils ne sont pas condamnés, comme le sont les petits blancs eux-mêmes, à une irrémédiable ignorance, au crime et à la pauvreté.
Dans le Nord, la conscience de l'injustice commise par la nation contre les noirs ne peut manquer de déterminer une réaction en leur faveur. Cette réaction a même déjà commencé, et ne cesse de se poursuivre. La présence et l'exemple de Frederick Douglas et d'autres personnes de couleur d'une remarquable instruction sont un argument en faveur de leurs frères de même race. La bravoure et la bonne conduite des nègres libres que le gouvernement a sagement enrôlés à son service, inspire aux blancs le respect dont on a toujours salué la vaillance militaire. La proclamation du président déclarant que les soldats prisonniers du Sud seraient traités absolument de la même manière que les confédérés Irai-
tcraient les soldais nègres appartenant à l'armée dos Étals-Unis, et depuis, le refus d'amnistie prononcé contre les rebelles qui auraient maltraité des prisonniers noirs, rendent l'opinion publique de plus en plus favorable aux citoyens américains d'origine africaine. Enlin les progrès intellectuels et moraux que dans le Nord les nègres ne cessent d'accomplir, grâce aux facilités qu'ils acquièrent tous les jours de s'instruire, ne peuvent que leur coucilier la faveur publique. Et puis les ouvriers blancs partis pour la guerre, et restés sur le champ de bataille, laissent des vides qu'il faudra remplir à tout prix. Toutes ces circonstances tendent à l'amélioration du sort des noirs, et à leur affranchissement de la haine et de l'injustice qui les a si longtemps accablés.
Mais avant d'aller plus loin, rendons-nous compte de la condition réelle qui est faite aux nègres dans les Etats libres.
Dans les six Etats delà Nouvelle-Angleterre, ils ont les mêmes privilèges politiques que les blancs, ils ont absolument les mêmes droits électoraux, et les mêmes obligations relativement à l'impôt. A New-York et dans la Pennsylvanie ils ont le droit de vote, pourvu qu'ils possèdent une propriété foncière qui, à New-York, doit être d'une valeur de 125 francs au moins, et libre de toutes dettes et hypothèques ^
Dans tous les Etats libres, les écoles publiques, défrayées par le gouvernement , sont ouvertes à tous les
' La Crise américaine, par M. Suin de Bois-le-Comte, p. 147.
122 LI'S KTATS CONFKDÉRKS KT L'ESCLAVAGE.
enfants, nègres ou blancs; dans la Nouvelle-Angleterre, tous les enfants, de quelque couleur qu'ils soient, reçoivent l'instruction sur les mêmes bancs. Dans les Étals du Centre et de l'Ouest, des écoles séparées ont été instituées pour les noirs. Nous avons déjà vu que dans le Nord les écoles sont relativement fréquentées par plus d'enfants nègres qu'elles ne le sont dans le Sud par les enfants des petits blancs. Nous avons vu qu'au Massachusetts la proportion d'enfants noirs recevant l'instruction est la même que celle existant en Prusse, où l'instruction est obligatoire pour tous.
Quant au culte religieux, les noirs sont aussi libres que les blancs. Ils ont leurs propres églises, leurs propres ecclésiastiques, et se réunissent sans aucun empêchement ni restriction aucune. 11 n'existe probablement pas une communauté, dans les Etats libres, où des blancs ne contribuent pas constamment aux fondations religieuses instituées par les nègres.
Les noirs jouissent, pour leur personne et leur propriété, des mêmes droits que les blancs; devant les cours de justice ils ont droit au même respect. Ils sont admis comme témoins, et leur témoignage est accepté au même titre que celui d'un blane. Dans les villes du Nord, aucun ghetto, aucune demeure spéciale ne leur sont assignés; mais ils font choix de leur lieu d'habitation selon leur goût et leurs moyens. D'ailleurs, toutes les personnes qui sont au courant de la situation des nègres dans les grandes villes des Etats-Unis, savent que plusieurs d'entre eux jouissent d'une aisance et même d'une richesse qui seraient fort appréciées en Europe par des gens
de la môme condition. Par exemple, à Philadelphie, oià la population de noirs lihres est plus considérable que dans toute autre ville seplenlrionale, et où il existe en même temps un certain prtîjugé contre eux, résultant du voisinage des États à esclaves et des habitudes qu'y ont apportées de nombreuses familles du Sud, les noirs jouissent d'une liberté à peu près illimitée, et ceux qui sont un peu actifs el intelligents acquièrent une aisance matérielle qui, pour tout Européen, serait un objet de surprise. Le préjugé qui existe contre les noirs est, en réalité, moins contraire à leurs intérêts qu'il ne l'est à la bonne réputation des blancs.
Le fait le plus considérable qu'on reproche aux habitants du Nord est qu'ils interdisent aux noirs d'entrer dans les mômes wagons, omnibus et bateaux à vapeur que les blancs. Cette assertion n'était complètement vraie que pour Philadelphie, habitée par des Sudistes qui, tout en admettant très-volontiers la présence des esclaves, ne peuvent supporter des noirs libres autour d'eux. Le môme préjugé existait, bien qu'à un moindre degré, dans la cité de New-York, résidence de plusieurs riches familles du Sud, et d'une multitude de pauvres Irlandais. Dans tous les Étals de l'Ouest et de la Nouvelle-Angleterre le nègre voyage partout, à côté du blanc, sans éprouver la moindre difficulté.
Il nous sera permis d'invoquer ici le témoignage de M. H. W. Beecher, l'un des pasteurs les plus distingués de New-York : u J'avoue , s'écriait-il récemment à Manchester devant un public hostile, j'avoue que dans le Nord on a eu contre les nègres un certain préjugé;
j'en parle d'autant plus librement, que pendant les seize dernières années j'ai dû le combattre; mais jamais un homme de couleur, convenable dans ses manières et dans son habillement, n'a éprouvé la moindre difficulté pour entrer ou s'asseoir dans mon église; en outre, ce fait n'est point dû à mon influence personnelle sur les fidèles de ma congrégation, mais au bon sens et au bon esprit que Dieu leur a départi. Il faut le dire, ces préjugés contre les nègres disparaissent de jour en jour, et bientôt ils disparaîtront tout à fait. A. New-York, il n'est qu'un chemin de fer urbain qui ferme ses wagons aux hommes de couleur; les autres administrations de New-York les ouvrent indifféremment à tout le monde. Dans toute la Nouvelle-Angleterre il n'est pas de chemin de fer où l'on trouve la présence d'un nègre un fait insolite. Je crois qu'un homme de couleur, partant de la frontière du Canada, pourrait traverser toute la Nouvelle-Angleterre et New-York, jusqu'aux grands lacs de l'Ouest, sans être jamais ennuyé ou même questionné; il voyagerait comme voyage un blanc.
c( Mais d'où ce préjugé nous était-il venu? car il n'existait pas avant la guerre d'indépendance; et comment s'est-il développé? C'était un des rejetons de cetle institution maudite, l'esclavage. Lorsque par l'oppression une race a été rendue odieuse, tous ceux qui appartiennent à celte race, qu'ils soient libres ou esclaves, deviennent odieux en même lemps. C'est au Sud qu'incombe la responsabilité de cetle institution qui a opprimé le nègre, même dans le Nord. Mais qu'on ne s'y trompe pas, bien que le Nord ait eu ses torts, il laissait à l'homme libre
de couleur une existence incomparablement meilleure que celle qu'il aurait eue dans le Sud ; au moins il ne lui enlevait pas sa famille, au moins il ne lui enlevait pas sn femme ni ses enfants. Chez nous, les gens de couleur libres ont le droit de se choisir un domicile et un métier comme ils Tentendent; leur propriété jouit de la môme protection que la nôtre. Or, ils possèdent à New-York des biens-fonds pour une valeur de plus de cinquante millions. Ils ont leurs écoles et leurs églises; ils ont aussi leurs orateurs, et parmi ceux-là il n'en est pas dont la voix éloquente mérite plus d'être écoutée que celle de Frederick Douglas. Et si cet homme ne vous semble pas avoir assez de sang noir dans les veines, eh bien ! vous avez Samuel Ward, qui est aussi noir qu'on peut l'être, et qui certes n'est dépassé en bon sens, en logique et en éloquence par aucun homme d'Etat du Sud... La bonne conduite des esclaves dans les Etats méridionaux, et la noble attitude des nègres libres dans les Etats du Nord ont concilié à la race noire toutes les sympathies des blancs, et depuis que les nègres ont pris les armes pour défendre leurs droits d'hommes libres, un commencement d'enthousiasme populaire se manifeste en leur faveur ^ »
Voyons maintenant la condition faite aux nègres libres dans le Sud.
Comme il était facile de le prévoir, la politique du Sud s'oppose à l'affranchissement du nègre. En effet, non-
' Daily News, 12oct. 1865.
Î26 LKS ÉTATS CO.NFÉDÉnÉS ET L'ESCLAVAGE,
seulement l'cmancipation enlève le noir à son travail, mais en plein pays esclavagiste, elle fait de lui le centre d'un groupe dangereux de mécontents. L'aversion contre raffrancliissenient des noirs s'est développée en même temps que les passions d'asservissement. Autrefois l'esclavage était considéré comme un mal nécessaire, il est vrai, mais enfin, comme un mal ; aujourd'hui il est réputé bienfait de la Providence : bienfait pour l'esclave, comme pour le blanc. Autrefois, l'affranchissement récompensait des services fidèles ou des actes de dévouement; et de riches propriétaires donnaient par testament la liberté à plusieurs esclaves de leur domesticité. Mais depuis plusieurs années, presque tous les Etats esclavagistes ont institué des lois qui opposent à l'émancipation des obstacles le 'plus souvent infranchissables.
Ainsi dans la Louisiane aucun maître n'a le droit de libérer un esclave au-dessous de trente ans: au-dessus de cet âge, la libération ne peut se faire qu'avec le consentement des planteurs voisins, et sur la promesse de pourvoir à la subsistance de l'affranchi, au cas où il serait incapable de subvenir lui-même à ses besoins. En 1820, la législature de la Caroline du Sud défendit qu'aucun nègre fût émancipé sans l'autorisation spéciale des chambres de l'État. En 1841, elle déclara nuls et sans aucun effet tous testaments ou autres instruments légaux en vertu desquels un esclave serait transporté dans un autre Etat pour y être subséquemment affranchi. En général, un de ces mallieureux ne peut être affranchi dans le Sud, à moins d'être déporte hors des Etals-Unis. Une exception est faite néanmoins en
faveur de l'esclave qui aurait été émancipé en récompense d'une dénonciation de conspirateurs.
Dans l'île de Cuba, au Brésil et dans les autres pays de ssrvitude, l'affranchissement est facultatif pour tous ceux qui peuvent payer une certaine somme fixée par la loi ou par des arbitres. Mais dans les États-Unis du Sud, le nègre libre n'est protégé par personne, pas même par la loi. Il ne peut témoigner en justice, à moins que ce ne soit contre un esclave ou contre un nègre libre ; la loi de la Caroline du Sud lui interdit même le serment judiciaire qui est réservé aux blancs, il lui est défendu de posséder ou de détenir des armes à feu. La loi lui enjoint de porter des habillemenls d'étoffe grossière, par lesquels il puisse être facilement reconnu. S'il frappe ou insulte un blanc, il est mis à l'amende ou en prison. Dans la Caroline du Sud, il est accusé de meurtre et non pas de simple homicide, si, attaqué par un blanc, il lui arrive de le tuer par un acte de défense personnelle.
Un exemple curieux nous montre quel soin jaloux les planteurs ont porté dans la confection des lois destinées à protéger leur propriété. Les a Statuts n de la Caroline du Nord interdisent à tout citoyen non propriétaire d'esclaves de faire partie d'un jury, quand il s'agit d'une accusation capitale contre un nègre. Pourquoi? Parce qu'un juré non propriétaire de bétail humain pourrait se montrer trop indifférent à la valeur pécuniaire de l'esclave accusé, et pourrait, en cas de crime constaté, prononcer trop facilement une condamnation à mort, oubliant ainsi les intérêts du planteur pour ceux de la société'.
1 Helper, op. cit., p. 402.
128 LKS KTATS CONFÉDÉRÉS ET L'ESCLAVAGE.
Toute patrouille, ou même lout blanc qui rencontre un nègre libre au delà des limites qui lui sont assignées, peut l'arrêter el le faire punir. Dans le Tennessee, aucune personne de couleur, môme libre, ne peut voyager sur un chemin de fer, ou par aucun autre moyen de transport, si un blanc ne se porte caution pour lui et ne dépose une garantie de 5,000 fr. Si après avoir quitté le pays un nègre libre y retourne, sans permission, il est fouetté une première fois et, en cas de récidive, vendu comme esclave. Et tout nègre libre qui, arrivant de n'importe quel Etat ou pays étranger, débarque dans un port du Sud, est immédiatement emprisonné jusqu'au départ du vaisseau qui l'a amené, les frais de prison étant à la charge du capitaine. Cependant, ce fait est en contravention directe avec la loi des Etats-Unis qui prohibe toute ingérence dans le commerce des différents Etats ainsi que des pays étrangers; il est aussi en contravention avec le pacte fédéral, en vertu duquel les citoyens qui entrent dans un État de l'Union doivent jouir des mêmes droits et privilèges que les natifs.
Une revue rapide des lois édictées par la plupart des Etats esclavagistes, nous édifiera suffisamment sur la manière dont les planteurs entendent «répandre sur les pauvres Africains les bienfaits de l'instruction et de la civilisation. »
Une loi décrétée en 1834 par la Caroline du Sud ordonne qu'à chaque esclave ou homme de couleur libre qui aura enseigné à l'un de ses égaux la lecture ou l'écriture, il sera infligé 50 coups de fouet, s'il est
LtS NÈGRES LIBRES. 129
esclave, plus une amende de 250 fr., s'il est libre.
Le Code noir de la Virginie, proclamé en 1849, déclare illégale toute réunion de nègres s'assemblant pour s'instruire. Seront punis parle fouet les noirs surpris dans CCS réunions ; de même le blanc qui se serait joint à eux pour leur enseigner à lire ou à écrire sera condamné à six mois de prison et 500 fr. d'amende. La loi de la Géorgie est encore plus sévère; elle porte l'amende à 2500 fr., la durée de l'emprisonnement étant laissée à la discrétion du tribunal. Dans l'Alabama, l'amende infligée varie de 1,250 à 2,500 francs.
Ces lois étaient odieuses, on le sentait, et pour ne pas élre obligé de les appliquer, on se décida à bannir purement et simplement tous les noirs émancipés.
C'est ce qu'a fait en 1859 la législature de l'Arkansas. Elle ordonnait que tous les nègres libres qui n'auraient pas quitté le pays avant l'expiration d'une année fussent vendus au plus offrant et dernier enchérisseur. Le Missouri s'appropria cette ordonnance et décréta en outre que tout nègre libre étranger, qui entrerait dans le pays et y séjournerait plus de douze heures, serait immédiatement arrêté et vendu comme esclave. La Louisiane copia cette loi. Le Mississipi la miligea puisqu'il n'ordonna l'asservissement du nègre qu'après six mois de séjour, le produit de la vente devant être appliqué aux écoles publiques. La législature géorgienne institua que tout affranchi convaincu de paresse ou d'immoralilé serait condamné à un an d'esclavage, et après récidive, à une servitude perpétuelle ; de plus, tout nègre libre, ne pouvant payer l'amende à laquelle il aurait été
condamné, devait être vendu au profit du trésor. Des pétillons signées par de nombreux habitants du Maryland, demandèrent l'asservissement des 75,000 affranchis que contenait l'Etat, et leur répartition parmi les planleurs : ainsi le demandaient c< les intérêts industriels et sociaux, la destinée manifeste de la race nègre, et les droits inaliénables des blancs. » Entre autres motifs subséquents, les pétitionnaires alléguaient : 1" Si le nègre libre ne travaille pas, l'oisiveté le corrompt, cl, pour le moraliser, il faut le réduire en esclavage. 2° S'il travaille, il se fait le concurrent du blanc, et il faut mettre un terme à cette lutte immorale. La législature n'adopta pas, il est vrai, ces propositions contradictoires; mais elle autorisa les blancs à faire travailler les enfants des nègres libres sans que permission fût demandée à leurs parents; de plus, elle autorisa les affranchis à se vendre eux-mêmes'.
Tous les faits, nous le répétons, prouvent que les nègres libres du Nord participent au progrès général de la sociéléqui les entoure. S'il faut reconnaître, à la honte de la population blanche, que tous leurs droits ne sont pas respectés, et qu'ils ne sont pas toujours traités avec juslice et dignité, il n'en reste pas moins évident que leur position sociale est incomparablement supérieure à celle qu'ils ont ou pourraient jamais avoir dans le Sud esclavagiste. Leur condition ne peut que s'améliorer dans les Etals libres; mais tant que durera l'esclavage* elle ne peut qu'empirer dans le pays des planteurs*
• Revue des Deux Mondes, la décembre 18l>0.
■ On a répété mille et mille fois, dans les plaidoyers faits en faveur de l'esclavage, que les nègres asservis étaient matériellement bien plus heureux que les ouvriers d'Europe ou des États-Unis du Nord. En Angleterre , les journaux et les revues restés fidèles à la cause du Sud n'ont cessé de prétendre « rniil ny a pan de différence essentielle entre la condition de l'esclave dont le travail est rémunéré simplement par l'entretien de sa personne et la condition du travailleur libre qui reçoit un salaire quotidien pour son labeur de chaque jour. » Nous croyons que cette prétention n'est pas plus justifiée que les précédentes.
D'abord, en supposant que ce bien-être matériel existât, il serait de sa nature transitoire et sujet à tous les caprices des maîtres et à tous les accidents de leur fortune. Serail-il vraiment possible que l'esclave eût la
jouissance d'un hien-êlre matériel, quand il n'a même pas la jouissance de sa propre personne, quand il peut cire vendu, fouellé, mallrailé de toutes les manières?
« 11 était défendu à l'esclave d'avoir un nom de famille ; on a des exemples que tel de ces malheureux a été fouellé pour avoir eu l'audace d'en prendre un. Il ne pouvait manger avec sa mère ni avec ses enfants, il n'en avait pas le temps. Dans la Caroline du Sud, ou du moins dans cerlaines portions de cet Étal, un déjeuner ou un dîner en famille étaient choses si peu connues parmi eux que, même après leur affranchissement, il a été trèsdifficile de leur ôler l'hahitude contractée pendant toute leur vie antérieure de se saisir de leur écuelle, puis de se cacher dans un coin pour dévorer leur pitance. Toute la journée, jusqu'au coucher du soleil, se passait dans les champs ; la nuit se passait dans une chambre surchauffée par l'agglomération d'individus des deux sexes et de tous les âges vivant en promiscuité. Des jeunes filles de quinze ans — et même des enfants — devenaient mères, nous ne disons pas sans mariage préalable, mais sans même aucune allégation de cette fidélité à laquelle un esclave lui-même aurait pu prétendre.
« Les relations maternelles étaient aussi peu respectées que les relations conjugales. Dans nombre de plantations la grossesse n'exemptait pas des punitions corporelles ni de la tâche journalière, et l'on a vu fréquemment des femmes surprises par les douleurs de l'enfantement accoucher dans les champs de cotonniers. Cependant les maîlres humains diminuaient les travaux de la femme au fur et à mesure qu'elle avan-
çait dans sa grossesse, et après leur délivrance leur donnaient trois ou quatre semaines pour se remettre. Il est vrai que quarante-huit heures après leur accouchement des mères ont été ramenées aux champs pour y travailler pendant neuf mois encore ^
« Pour allaiter leurs enfants on ne leur donnait en général que trois mois, et il était rare que pendant cette période on allégeât leurs labeurs.
« 11 faut dire que c'est dans la Caroline du Sud en particulier que le système de l'esclavage a pris son développement extrême, c'est là qu'il a été le moins modifié par les influences extérieures de la civilisation; c'est là qu'il a été le plus logique. D'année en année il s'assombrissait, il empirait davantage et devenait de plus en plus cruel. Tous les esclaves de la Caroline du Sud émancipés par la guerre et âgés de plus de soixante ans ont été unanimes à nous affirmer que leur jeunesse s'est passée dans une condition qui, comparée à celle qui lègne depuis une trentaine d'années, était relativement supportable. En général, ces vieillards sont plus gais et plus intelligents que les nègres de champ plus jeunes, chez lesquels un abattement sournois et maussade atteste combien était abrutissante l'influence de l'esclavage dans sa dernière phase surtout ^
* On lit dans la déposition du général Saxton : « Est-ce qu'on inculquait aux négresses la chasteté comme un devoir religieux? » Réponse : « Non, monsieur; mais on leur enseignait qu'elles devaient avoir un enfant par an. »>
* Report on the condition and management of the emancipated negroes in the United States, presented to the Secretary of War on the oO"" ofJunelSQi», by MM. Robert Date Owen, James Mac Kage and Samuel G. Howe. Daily News, 25 Sept. 1865.
134 LKS ÉTATS CONFÉDÉUÉS ET L'ESCLAVAGE.
Le juge Wardlaw, de la Caroline du Sud, déclare que « loule tentative faite pour donner à un esclave des droits positifs cherche à concilier des termes inconciliahles, car il est dans la nature même de l'esclavage que l'esclave soit sujet au despotisme '. »
La législature de la Louisiane a décidé que « l'esclave étant un être purement passif, sa subordination au maître et à tout ce qui représentait son maître n'est susceptible d'aucune modification ni restriction (excepté toutefois l'incitation au crime), de sorte que le devoir de l'esclave envers son maître et sa famille est un respect sans bornes et une obéissance absolue ^ »
Dans tous les Etats du Sud, le meurtre prémédité d'un esclave est punissable de mort. Mais comme aucune per* sonne de couleur, soit libre, soit esclave, n'a le droit de témoigner contre un blanc, la condamnation d'un blanc est de ce chef rendue à peu près impossible. — La loi interdit également les punitions excessives infligées aux nègres; mais l'inhumanité du système est révélée parles efforts eux-mêmes qui sont faits pour mettre des bornes à sa férocité. Ainsi le code de la Caroline du Sud de 1740 renferme le paragraphe suivant, qui, à ce que nous apprend le juge Stroud, n'a jamais été abrogé:
a Si quelque personne mutile avec préméditation un esclave, soit en lui coupant la langue, en lui arrachant un œil, ou en le jirivant d'un membre, soit en lui infligeant une punition cruelle autre que lemprison-
• Judge Stroud's SLetch of the Laws relating to Slavery, 2' edition, Philadelphie, 1850, p. 54.
2 Ibid., p. 71.
nement, la mise aux fers, la bastonnade avec un bâton qui ne soit pas trop gros, ou le fouet avec une cravacbe ou un nerf de bœuf, cette personne sera pour tout délit de cette espèce, condamnée à une amende de 500 fr. en monnaie courante'. »
Dans l'État du Mississipi, la loi ordonne que « chaque maître qui aura fait ou laissé infliger à un esclave un traitement cruel ou extraordinaire , sera puni d'une amende qui ne devra pas excéder la somme de 'i.oOOfr.- ^^-£<L/^ — Dans l'Alabama, ce délit ne fait encourir qu'une --crj amende de 500 francs '\ Mais là encore, le refus de rece '^^.^ voir contre un délinquant blanc le témoignage d'une personne de couleur rend les dispositions protectrices à peu près illusoires. En général, la même remarque s'applique à toutes les lois ayant pour but de protéger l'esclave contre la violence ou la rapacité de son maître. — Il est de fait que les tribunaux du Sud ont mainte et mainte fois été obligés, par défaut de témoignage, de suspendre toute poursuite contre des blancs accusés d'avoir épuisé, mal nourri, ou maltraité leurs esclaves \
La question est ensuite de savoir ce qu'on entend dans le Sud par le bien-être matériel des esclaves?
Nous admettons que parmi eux, les enfants, les vieillards, les infirmes et les malades sont l'objet des soins indispensables. Nous admettrons aussi qu'ils sont bien soignés, même dans des circonstances qui ne permettent
1 Stroud, p. GG.
- Ihid., p. G8.
- IbicL, p. 69.
* Ibid.
\7i(\ LES ÉTATS CONFÉDKRKS ET L'ESCLAVAGE.
pas aux propriétaires de rentrer dans leurs débours. Mais dans les États libres de l'Union, où trouver un laboureur ou un ouvrier, tant soit peu actif et bien avisé, qui n'aura pas de quoi subvenir aux dépenses de ses enfants, ou de quoi s'assurer une vieillesse tranquille, sinon parses propres économies, du moins par les ressources d'une société de prévoyance, dont il se sera fiiit l'un des souscripteurs?
Dans la Caroline du Sud, les esclaves peuvent être légalement requis de travailler quinze heures par jour. Mais partout, on les fait peiner plus longtemps, lors des occasions pressantes. En Louisiane, pendant la roulahon des cannes, leur joui-née normale est de dix-huit heures par jour; et bien qu'on ne puisse les priver de leur dimanche sans le remplacer par un autre jour férié, cette prescription de la loi est le plus souvent écartée'. A ce labeur excessif on peut comparer celui des ouvriers du Nord : la journée est de huit à dix heures, tout travail additionnel recevant un salaire proportionné.
Dans la Caroline du Nord, la loi ordonne qu'un quart (1 litre 156) de maïs soit alloué par jour à chaque esclave pour sa nourriture. La législation d'aucun autre État ne règle la ration des noirs, elle se borne à prescrire en termes généraux une quantité suffisante. Habituellement on leur donne du lard de temps à autre ; la quantité maximum servie à un nègre de champ étant de 0 livres par semaine. Une annonce publiée dans le Datly Georgian^- demandait des nègres à louer pour le creuse-
* Olmsted's Journeys, voK H, \^. 47.
'- Ibid., p. 240.
ment d'un canal. On leur prometlait par semaine 5 livres et demie de lard ou de jambon, 10 quarts (il litres 56) de maïs; de plus, ils devaient être logés dans des cases confortables et soignés par un habile médecin. La ration accordée était sans doute donnée comme une bonne moyenne, afin de tenter les loueurs de nègres. D'après M. Olmsted, on considère qu'un esclave de travail est fort bien nourri quand on lui donne^ par mois 16 livres de lard ou de jambon, un boisseau (36 litres) de farine de maïs, 1 quart (1 lilre ir>6) de mélasse, et 1/2 pinte (moins de 500 grammes) de sel.
Dans un document présenté en 1846 au gouvernement fédéral, et signé par quarante-huit planteurs sucriers de la Louisiane ', le coût de la nourriture et de l'habillement nécessaires à un esclave-ouvrier était évalué à 150 francs par an, soit de 50 à 75 francs pour le vêtement, et le reste pour la nourriture. Or, l'alimentation est moins chère dans tout autre État que dans la Louisiane, qui produit relativement peu de maïs. Dans ce même document, un planteur de la Caroline du Sud n'évaluait qu'à 75 francs par an la dépense annuelle pour l'entretien d'un esclave.
Or, quel est l'ouvrier libre, dans une ville ou à la campagne, qui se contentera de 27 centimes de nourriture par jour? Le plus bas prix payé aux laboureurs du Nord, pour leur ration journalière, est de 1 fr. 25; lu plupart exigent bien davantage. Depuis plusieurs années, les gages d'un journalier oscillent, dans les États-Unis, entre 5 fr. et 6 fr. 25 par jour; on voit donc que sur
* Olmsted's Journeys, p. 25f».
138 LlîS ÉTATS CONFÉDÉRÉS ET L'ESCLAVAGE. cotte somme il lui est facile, en se reservant de l'argent pour les habits et autres objets, de se payer une nourriture plus saine , plus abondante et plus variée que celle dont on gratifie l'esclave du Sud. Le journalier du Nord gagne de \ ,565 à 1,960 fr. par an, de quoi suffire à son entretien et à celui de ses enfants.
Mais « l'on ne vit pas de pain seulement! » Cependant, que donne-t-on de plus au nègre? L'ouvrier du Nord gagne par son travail de quoi subvenir aux besoins de sa famille; en outre il peut, dans chaque ville, suivre des écoles du soir défrayées par l'État ou par des libéralités individuelles, il peut aussi assister à des cours publics. 11 sait que ses enfants recevront gratuitement une éducation qui les qualifiera pour toutes les positions politiques et sociales qu'il est possible d'occuper chez un peuple intelligent et libre. Nulle part au monde ne s'ouvre au travailleur actif et désireux de s'élever une aussi large carrière qu'aux Etats-Unis. M. Lincoln, le digne président de la Fédération, est un remarquable exemple de cette vérité, ridiculisée seulement par les gens incapables d'apprécier les bienfaits qui en résultent pour des millions d'individus. Les Etats libres sont pleins de ces hommes qui, de simples journaliers sont devenus des bienfaiteurs publics, et dont les enfants sont les citoyens les plus honorés du pays. Mais dans le Sud, quel avenir le fils d'un esclave peut-il évoquer devant ses yeux, pour se réjouir et s'encourager dans son labeur? Tout ce qu'il peut espérer de mieux, c'est qu'après avoir vécu de la vie d'un esclave, comme son père,
il ne soit pas enterré comme un chien, et qu'on prononce sur sa tombe « une espèce de prière, » ainsi que le disait à M. Russell l'économe d'une plantation \ Quel avenir peuvent espérer aussi les fils des affranchis, dont nous avons déjà décrit la condition sociale dans ses traits les plus caractéristiques? Ces hommes sont plus malheureux que les esclaves; ils n'ont ni amis ni protecteurs; ils ont pour ennemis l'État, la loi elle-même. Les blancs les haïssent, les noirs les méprisent : « Pire qu'un nègre libre, plus pauvre qu'un nègre libre, » telles sont les expressions qu'emploient les esclaves eux-mêmes.
a Qu'un voyageur, dit M. Olmsted, s'absente pendant vingt années de n'importe quelle localité du Nord, et à son retour il sera frappé des améliorations qui auront surgi pendant l'intervalle, telles que demeures plus confortables, écoles, églises, manufactures, chemins de fer, etc. Dans la seule ville de New-York, par exemple, on a, dans ces dernières vingt années, engagé un capital d'un milliard de francs environ, en usines à gaz, en réservoirs d'eau, en machines qui économisent le travail , en habitations plus commodes et plus hygiéniques pour le peuple, toutes choses qui montrent clairC' ment où vont les profits de nos marchands et de nos fabricants. Allez à la campagne, et vous y verrez des preuves évidentes d'une prospérité de vingt années, nonseulement dans les chaussées, les canaux, les ponts, les granges, les maisons, les barrières, mais aussi dans les jardins, les meubles, les livres, le costume, et sur-
• Consulter, pour de plus amples détails sur la condition respective de l'esclave dans le Sud et de l'ouvrier dans le Nord, Olmsted's Journeys and Explorations in the Cotton Kingdom, chap, vi, vol. II.
lout dans l'éducation du peuple. Mais dans la vallée du Mississipi, où le voyageur verra-t-il la richesse que vingt récoltes de coton auraient dû y accumuler? Demandez au planteur ce que ces bénéfices sont devenus, et il vous montrera non pas des bibliothèques, ni des écoles, ni des églises, ni des fabriques, mais il vous montrera ses nègres, et rien que ses nègres \ »
Quelques faits statistiques prouveront, de la façon la plus convaincanle, que l'esclavage seul s'oppose à l'immigration d'une classe de travailleurs supérieure à celle des nègres, que seul il arrête les progrès du pays, en empêchant de mettre en œuvre ses admirables ressources.
Le Sud se vante d'être un pays agricole par excellence; c'est donc à l'agriculture qu'il a voué tous ses efforts et toute son énergie pour se voir vaincu parles Etats libres sur le propre terrain qu'il avait choisi. En 1850, les produits agricoles des Etals à esclaves étaient évalués à 2,505,648,758 fr., et ceux des Etals libres à 2,850,654,160 fr. Le bétail, les fermes et les instruments d'agriculture valaient 7,445,526,690 fr. dans le Sud, et 12,882,117,055 fr. dans le Nord.
En 1850, tous les nègres, au prix marchand de 2,000 fr. chacun, valaient 6,400,728,000 fr. En ajoutant cette dernière somme au capital agricole du Sud, nous avons un total brut de 15,856,254,690 fr., supérieur de 974,157,655 fr. à celui du capital du Nord; ce qui n'empêche pas les revenus du premier pays d'être inférieurs de 525,005,450 fr. à ceux du second. Ainsi le
^ Olmstetrs Jourucys, vol. I, p. 25.
cajiilal agricole rapportait un chiffre brut de 21,97 pour 100 dans le Nord, et de 16,64 pour 100 seulement dans le Sud. C'est une preuve matérielle de l'infériorilc économique du travail esclave comparé au travail libre. Ajoutez à ce fait celui de la diminution constante de prix des terrains, par suite de l'épuisement du sol.
Le produit par hectare est plus considérable dans les Étals libres qu'il ne l'est dans les Étals à esclaves. Ainsi, en 1850, la récolte moyenne de froment étant dans les premiers de 10,80 hectolitres, elle était dans les seconds de 8,10 hectolitres seulement. Pour la production de l'avoine, la proportion était respectivement, dans chaque groupe d'États, de 24,50 hectolitres et de 8,10 hectolitres; pour le seigle, de 16,20 hectolitres et de 9,90 ; pour le maïs, de 27,90 et de 18; pour les pommes de terre, de 112;50 et de 101,70 hectolitres.
Pendant la même année 1850, la comparaison suivante s'établissait entre les divers États producteurs du Nord et du Sud :
Froment