SCENE V. s
Rapprochons-nous de d’église, monsieur le conseiller.
(On entend les enfansde chœur chanter le O Salularis Hostia-)
Voilà des enfans qui chantent d’une charmante façon.
( Montaigne ne s’aperçoit pas que Pasquier le tire par son manteau pour qu’il se mette à genoux comme ceux qui sont dans la cour. )
UN OFFICIER LORAIN, à Montaigne.
A genoux ! bonnet bas !
MONTAIGNE , se mettant à genoux.
Ah ! mon Dieu ! voglio ben.
Ij OFFICIER ^ bas à Goudard, qui est à genoux auprès de lui.
11 est juif celui-là; entends-tu comme il parle? Goudard , bas.
Taisez-vous donc; c’est le maire de Bordeaux.
■ ( L’élévation finie, tout le monde se relève.)
PASQUIER , à Montaigne.
Profitons de ce mouvement pour nous pousser aux premiers rangs : ils vont bientôt passer ; vous les verrez de plus près.
MONTAIGNE
Oui , mais moins à l’aise : je n’aime pas la foule, monsieur le conseiller, surtout quand il faut se mêler à gens d’humeur si peu débonnaire. Voyez donc ces messieurs de Lorraine ,
comme leur figure est renfrognée! Et mon voisin, monsieur Loignac, avec ses Périgourdins.... ne dirait-on pas de vrais tigres?
PASQUIER
Eh bien ! restons ici....
MONTAIGNE
Mais regardez donc! comme ils se précipitent les uns sur les autres devant cette porte !
PASQUIER
C’est sans doute le moment de la communion.
LOIGNAC , sur 1° seuil de la porte , se tournant vers la foule qui veut
entrer.
Quand vous pousserez jusqu’à faire tomber ces colonnes, vous n’en verrez pas davantage. — Voilà monsieur le légat qui brise la sainte hostie.... êtes-vous contens? — Le Roi l’avale, et de bonne grâce , ma foi. — A son voisin maintenant... Si ça le guérit du péché d’orgueil, il faut que monsieur le légat ait un fameux secret pour bénir les hosties!
UN OFFICIER LORRAIN, clans la foule.
Si ces hosties-là inspirent franchise et vraie religion, puisse ton Roi en avaler une douzaine!