SCENE VIT
heureuses pensées me donnaient du courage!... Mais je n’en ai plus!.... Je m’en irai seule !
GUISE
Charlotte !
LA MARQUISE
N’en parlons pas davantage : mais vous êtes un ingrat.
GUISE
Écoutez-moi , ma douce mie : ne rougiriezvous pas d’être aimée par un homme sans cœur, qui sortirait du champ clos au moment où les trompettes sonnent? Charlotte, je suis ici le champion de notre sainte cause , de ma maison, de mon père.... Songez-vous que mon père et mon oncle le cardinal sont là-haut qui me regardent.
LA MARQUISE
Ah ! s’ils vous voient en ce château , ils tremblent comme moi pour votre précieuse vie !
GUISE
Non, Charlotte; ils m’ordonnent de rester à mon poste, et de mettre à fin ce que je leur ai promis! N’ai-je pas déjà trop attendu?.... devrait-il y avoir encore en ce royaume un homme qu’il me faille saluer le premier, devant qui je sois forcé de fléchir le genou....
LA MARQUISE
Qu’importe! n’êtes-vous pas plus puissant que lui?.... plus puissant et plus heureux! Mon cher Henri , le bien après lequel vous courez vaut-il celui que vous risquez de perdre ?
GUISE , riant et prenant un air étonné.
Comment, marquise! vous aussi des sermons! ma mère ne dirait pas mieux! Qui donc vous a initiée à ces idées bourgeoises? Auriezvous épousé quelque duc de Nemours? A peine hors de Paris, vous oubliez déjà les leçons de ma sœur !
LA MARQUISE
Je ne l’écoute plus, cette bonne Catherine : ne m’avez-vous pas dit qu’elle avait la tète folle ? .
Allons, ne vous parez pas de tant de sagesse : je vous ai vue, comme elle, prier Dieu pour que votre Henri devînt le plus puissant roi de l’Europe! je vous ai vue rêver avec bonheur à cette pompe, à ces honneurs qui rejailliraient sur vous, à cette cour dont je vous renverrais les hommages.... Ah! donnez-moi seulement quelques jours, ma bien-aimée!.... quelques jours, et qui Sait si tout ne sera pas changé ? . C’est