‹ Les etats de BloisChapitre 148 sur 225 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

GUI SlS , fmu.

Cessez, ma mère, cessez.... vous ne savez pas.... cessez, je vous en prie.... Si je ne vais pas à ce conseil, que dira le Roi?

MADAME DE NEMOURS

Ce qu’il dira, mon fils? et qu’importe, vous serez sauvé....

GUISE , paraissant réfléchir.

Non, point de milieu, il faut se rendre à ses ordres ou quitter le château....

MADAME DE NEMOURS

Dieu! quel espoir!...,

GUISE

Le quitter cette nuit, à l’heure meme....

MADAME DE NEMOURS

Eh bien! oui, venez, descendez à la ville, retirez-vous au milieu de vos amis.

GUISE, saisissant la main de madame de Nemours.

Y pensez-vous, ma mère? Une vaine terreur vous fait donc oublier qui je suis et quelle est ma place en ce château. Moi m’échapper? moi fuir? et devant qui? devant ce moine?.... Pour Dieu! plutôt mille morts!.... De telles lâchetés n’appartiennent qu’à lui : je ne veux pas lui donner sa revanche, son lendemain des barricades. Je ne veux pas qu’il ait la joie de pro-

clamer demain dans ses lettres royaux : « Quelle frayeur a donc saisi cet homme? que lui ai-je fait pour qu’il s’évade ainsi? A-t-il vu ses soldats désarmés et massacrés par la populace ? a-t-il entendu autour de son palaisde menaçantes clameurs? Où sont les dangers qu’il a courus? il ne s’enfuit que pour m’enlever la moitié de mes sujets des États et m’em pécher ainsi de mener à bien les affaires du royaume et de la religion. » Voilà comme il parlera, et souvenezvous, ma mère, que, meme parmi les catholiques , il en trouvera bon nombre qui lui donneront raison. Nous , au contraire , qu’auronsnous gagné? Je serai sain et sauf à Orléans ou à Vendôme ; beau triomphe pour un homme qui a juré de sacrifier sa vie au profit de sa cause! Nos amis suivront mon exemple; ils s’en iront rejoindre leurs châteaux et leurs femmes : la guerre qu’il faudra commencer au cœur de l’hiver , traînera en longueur : nous manquerons d’argent et bientôt abandonnés de l’Espagnol , pourchassés par le roi et par les huguenots , nous n’aurons pas meme la corn solation d’un accommodement avantageux. Ah ! par tous nos saints patrons de Lorraine , restons ici! Sans doute des périls m’environnent;

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