SCENE VIII
rien.... Il veut se perdre , il se perdra, il nous perdra tous avec lui. C’est vraiment merveille, comme les hommes , à l’heure de leurs infortunes , sont frappés d’aveuglement ! Que voulezvous? Sans doute, la main divine s’est appesantie sur nous; autrement, nous serions plus heureux.... ses yeux ne refuseraient point de voir..., vos prières le toucheraient... il sentirait encore quelque tendresse pour vous.... Venez, ma mère, allons-nous-en.
GUISE , à son frère.
Mon cher Louis , j’aurais bien à répondre à ces rudes paroles.... Mais, attendons demain.... au sortir du conseil, j’espère que vous m’en demanderez pardon chez ma mère.
LE CARDINAL
Au sortir du conseil ?.... ah ! que Dieu vous entende!.... Oui, mon frère, j*y consens. Au sortir du conseil.... bon Dieu ! quelle confidence !.... vous me faites mal.... Adieu. ( A sa mère.) Vous restez donc, ma mère?
MADAME DE NEMOURS
Hélas! oui , je n’ai pas encore renoncé!.... je ne lui ai pas tout dit !....
( Elle prend Cuise par le bras , et le conduit auprès de la marquise. )
LE CARDINAL DE GUISE
Monsieur de Brissac , venez avec moi , je vous prie.
( Brissac et le cardinal sortent en parlant à voix basse , mais d’une manière très-animée. )
JOINVILLE, bas à d’Espignac.
Crois-tu , vraiment , que mon père coure quelque danger?
d’espignac.
Il le faut bien, monseigneur, puisque tout le monde est en émoi.
JOINVILLE
Comment! toi aussi?....
d’espignac.
Je ne vous parle pas de moi , monseigneur ; je n’enterre pas les gens si vite.
JOINVILLE
A la bonne heure; il me semblait aussi que c’était trembler pour peu de chose. J’irai toujours demain, à sept heures, prendre mon prieur.... Si tu n’étais pas de ce conseil, je te dirais de venir voir notre défi, tu t’y amuserais davantage.... Adieu, Pignac : mon père parle bas à la marquise, il faut le laisser: tu lui diras que j'avais sommeil.... Adieu.