DUVERGER
Vous avez raison, président : allons à nos places, messieurs.
( Quelques députés vont se rasseoir. Tout à coup entre un huissier de la chambre , l’air effrayé , le visage pâle et défait. )
l’huissier.
Retirez-vous, messieurs... vous n’avez qu’un instant.... voici venir une légion d’archers du Roi qui jurent par Dieu et par diable contre vous !
( Bruit et confusion dans l’assemblée. )
— Ils sont déjà dans la cour de l’hôtel....
MARTEAU , élevant la voix.
Asseyez-vous, messieurs, asseyez-vous et ne bougeons.
pasquier , assis à côté de Montaigne sur un banc supérieur.
Quelle tragédie, bon Dieu!
MONTAIGNE
Je m’y attendais dès long-temps; mais je n’aurais pas cru que cet homme (indiquant Marteau.) montrerait tant de cœur.
PASQUIER
Écoutez, les voici qui approchent....
MA RTEAU , à l’huissier.
Ouvrez les portes.
( Les portes s’ouvrent j Richelieu, le grand-prévot , s’avance dans la salle ; laissant se» archers dans le vestibule, )
RICHELIEU
De par le Roi, quelques uns qui sont ici vont me suivre.
(Tumulte; quelques députés se lèvent. )'
Restez ^n place, je ne vous appelle pas tous. On a voulu tuer le Roi; un des meurtriers est déjà mort et les autres sont pris : j’en veux six d’entre vous pour être leurs juges.
( La tumulte augmente ; quelques députés font des gestes menaçans. )
Mort-dieu! j’ai mon épée, (ii tire* dague.) Et voilà mes soldats la mèche sur le serpentin, voulezvous que je les fasse entrer ?....
QUELQUES VOIX
Quelle horreur!.... les bourreaux!
d’autres voix.
Nous ne vous craignons pas!....
RICHELIEU
Ah! sang de Dieu! nous allons voir.... (Se retournant vers le6 archers. ) Entrez, les amis, et tue! tue!....
MARTEAU , s’élançant hors de son bureau.
Monsieur, monsieur, au nom du ciel, arrêtez! Sur ma vie et mon honneur, je vous promets que si vous renvoyez ces gens et rengainez cette dague, tous ces messieurs vous écouteront en silence.