‹ Les etats de BloisChapitre 225 sur 225 · SCÈNE IX , pag · texte numérisé non relu

SCÈNE IX , pag

Maintenant, du Halde, allez vous asseoir dans ce fauteuil, là-bas, près de la muraille.

DU HALDE

Dans ce fauteuil!... et pourquoi, Sire?....

Voici comment Miron raconte cette scène :

« Le Roy demande à du Halde les clés de ses petites cel- » Iules qu’il avoit fait dresser pour des capucins : les ayant , » il monte, le sieur de Termes portant le bougeoir; le Roy » en ouvre l’une , et y enferme dedans du Halde a la clé , » lequel, nous le racontant, disait n’avoir jamais été en » pareille peine , ne sachant de quelle humeur le Roy étoit » poussé. Le Roy descend, et de fois à autre, alloit lui-même » regarder en sa chambre si les quarante-cinq étoient arrivés, » et à mesure qu’il y en trouvoit, les faisoit monter, et les » enfermoit en la même façon qu’il avoit enfermé du Halde, » tant qu’a diverses fois et en diverses cellules, il les eut » ainsi logés. »

Ces cellules avaient été construites quelques jours auparavant , et voici , selon Miron , dans quel dessein : « Ayant » déjà reconnu que le duc de Guise s’étoit pris à l’amorce » de sa dévotion , il ( le Roi ) se délibère d’y continuer, fait

NOTES

> a cette fin , construire de petites cellules au-dessus de sa » chambre pour y loger, ce disoit-il, des pères capucins. »

Ces petites cellules ne furent jamais habitées, si ce n’est le matin de l’assassinat , et non point , comme on voit , par des pères capucins. ÉÊÊ^'

On comprendra aisément pourquoi nous n^BBis pas suivi h la lettre le récit de Miron : une telle scène eût paru beaucoup trop longue et trop minutieuse dans un pareil moment. Ce qui se raconte en quelques mots ne s’expose que lentement en dialogue , et ce qui est clair dans un récit devient souvent confus et incompréhensible lorsqu’on le met en scène. Il eût fallu faire voyager continuellement le spectateur de la chambre du Roi aux cellules, et des cellules a la chambre du Roi ; après avoir mis sous clé chacun des quarante-cinq, il eût fallu leur ouvrir la porte 'a chacun, puis les faire descendre chez le Roi; comment, pendant ces allées et ces venues , ne pas lasser la patience du lecteur , comment ne pas laisser languir l’intérêt? Après tout, quel était le dessein de Henri en enfermant ses serviteurs? Evidemment il voulait les empêcher de faire du bruit. Voila pourquoi nous supposons qu’il leur ordonne de s’asseoir autour de la chambre, chacun sur un fauteuil. Quoique moins grotesque que l’incarcération dans les cellules, ce procédé est assez contraire aux usages royaux pour causer un grand étonnement a du Halde. Par ce moyen, l’intention du Roi est remplie, et l’unité de la scène n’est pas rompue. Nous avions besoin de ce mot d’explication pour prévenir les objections de quelque observateur scrupuleux de la vérité historique.

Il faut encore que nous prenions des réserves, mais cette fois , ce n’est pas contre une grave autorité telle que le médecin Miron, c’est tout simplement contre le concierge ac-

NOTES

tuel du château de Blois , brave militaire retraité , plein d’égards pour les étrangers qui font visite a son château, mais nonobstant fort inexact historien. Les personnes qui auront parcouru sous ses auspices cette antique demeure Rois , aujourd’hui caserne sale et en¬

fumée d’iflffataillon d’infanterie, trouveront peut-être quelque désaccord entre sa manière d’expliquer l’assassinat de i588, et la nôtre : il faut donc nous justifier. Au dire du concierge, c’est dans la grande salle des Etats, au rez-dechaussée ( Voyez le plafi lettre I ) , et non dans la salle du conseil (lettre G), vestibule de la chambre du Roi, que se trouvait le duc de Guise , quand on vint l’appeler de la part du Roi : de sorte qu’il serait censé avoir monté deux étages et parcouru deux ou trois corridors, et autant de grandes salles , avant de s’être trouvé en face de ses assassins. Comment en ce cas son frère et d’Espignac auraient-ils entendu ses cris et ses gémissémens ? Autre erreur : selon le concierge , c’est devant la porte du cabinet neuf, à main droite en entrant dans la chambre du Roi , que le duc de Guise a été frappé, tandis que d’après tous les récits dignes de foi, c’est devant la porte opposée , la porte qui conduit a l’oratoire et au cabinet vieux ( Voyez le plan lettres D. F. G.). Quelque confiance que j’eusse en Miron et ses contemporains, la version du concierge m’inquiéta d’abord; je lui demandai s’il l’avait reçue par tradition, si ce n’était pas un souvenir local et accrédité dans le pays. Il me répondit que tout ce qu’il venait de me raconter était dans son livre : je le priai alors de me montrer son livre , c’était une misérable petite description du Blaisois, composée par un maître d’école de la ville, et pleine de bévues et d’inepties historiques. Dès lors, je fus tout-a-fait tranquillisé , et je gardai toute ma confiance en mes premières autorités, Miron , Davila , et les dépositions de l’histoire des Cardinaux. Je fis tous mes efforts pour con-

NOTES

vertir le concierge a la véritable version, et je l’engageai à rectifier dans sa tête, la topographie de son château : aurai-je réussi? je l’espère : sinon, je ne sens aucun remords de discréditer ici l’érudition du cicerone.

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