SCENE IL
CATHERINE
Il a besoin d’un prétexte.... Qui sait si ce n’est pas lui qui, par le moyen de cette lettre, vous pousse à tenter quelque chose contre sa vie...
LE ROI
Vous croyez?.... Ah! mon Dieu! J’étais décidé tout à l’heure, et maintenant... Vous n’êtes pourtant pas certaine que ce soit lui qui ait dicté cette lettre?...
CATHERINE
Certaine? oh! non.... Mais il a tant de ruse!
LE ROI
N’importe; cherchons un plan qu’il ne puisse prévoir. — Voulez-vous essayer , ma bonne
mère ? à deux , nous trouverons peut-être ,
voyons, dites quelque chose....
CATHERINE
U est bien tard, mon fils.
LE ROI
Plus la nuit sera courte, plus je serai content!..'.
Mais, moi, mon fils!....
LE ROI
Vous donnez donc quelquefois, ma mère?
CATHERINE
J’essaie, mon cher Henri.
LE ROI
Eh bien ! adieu, madame , je vais monter dans mes appartemens. — ( a part.) Personne là-haut à qui parler le cœur ouvert! Que n’ai-je encore
mon vieux d’Elbenne | — — ( Il baise la main de la Reine. )
Adieu, pensez à moi.
( Il sort. )
CATHERINE, seule.
Oui, j’y penserai, mais pas à l’heure qu’il est... Puis-je penser à quelque chose? Bon Dieu!
bon Dieu ! • ( Elle reste assoupie un moment , la tête appuyée sur la main. )
— Osera-t-il le faire tuer? — Oui.... il en donnera l’ordre.... mais il manquera son coup.... il se trahira... c’est un enfant! — Il faut empêcher cette folie... Il faut que Guise quitte le château... il faut, par des avertissemens indirects, le
forcer à la retraite... ( Après un moment de silence . ) Il faut,
il faut... mais pourquoi ? qu’ai-je besoin de ces nouveaux tourmens!... Oh! mon bon Dieu! je suis donc bien mal, puisque tout cela ne me touche plus !
(Elle fait sonner une petite clochette. — Entrent deux dames d'honneur. )
Venez, mesdames; aidez-moi à quitter cette place... portez-moi dans ma chambre.
(Les dames la prennent sous les bras, chacune d’un côté.)