SCÈNE IL
CATHERINE
Mon fils, encore une fois, il faut vous calmer;... et surtout ne parlez pas si haut; ces femmes qui sont là dans ma chambre nous entendent.
LE ROI , se levant.
Aurai-je dit quelque chose ?...
CATHERINE
Non ; mais vous m’effrayez par ces saillies et ces emportemens hors de vous-même... Vous ne ferez rien de bon si vous n’êtes maître de vous , et surtout de vos paroles. Souvenez-vous que quand votre parti sera pris, il vous faudra redoubler de précautions : et d’abord , promettez-moi de ne rien entreprendre , si vous n’êtes le plus fort dans Paris et dans Orléans , si vous n’avez des intelligences à Tours, à Rouen, et même dans les villes ligueuses. De nouvelles barricades vous perdraient pour jamais , mon fils.
(Catherine , pendant qu’elle parle, tient à la main une lettre qu’elle plie et replie avec affectation. )
LE ROI
Quelle est cette lettre , ma mère ?
HH1 ’ÏHh.)
Oh ! rien...
i64 LES ÉTATS DE BLOIS.
LE ROI
Quoi! vous ne voulez pas me dire ?...
CATHERINE
Mon fils, cette lettre vous animerait encore... et je crains...
LE ROI , prenant la lettre.
Donnez, donnez... (Il la regarde. ) Elle vient de Paris... de madame d’Aumale... en iu.) « Que le » Roi se donne garde des desseins de monsieur » de Guise, car, pour certain, il trame quelque » chose ; nous ne savons encore quand en sera » l’exécution, mais elle doit être prochaine. » — Est-il possible !... — Ses parens eux-mêmes... Ou le trahit donc aussi.... — Eh bien! madame, vous ne me donniez pas cette lettre?... — D’Aumale!.... je ne comprends pas.... Il est plus ami de Mayenne que de Guise. — Oh! s’ils voulaient m’aider!... — Mais que dites-vous de cette lettre , ma mère ?
CATHERINE
Quand j’y pense, je suis tentée d’avoir peur qu’on ne cherche à vous faire marcher trop vite.
LE ROI
Comment?