SCÈNE III. T
GUISE
Qu’avez- vous , mon ami , vous paraissez tout triste?
BRISSAC
Monseigneur, je viens d’entendre des choses...
GUISE
Dites-les ; voyons.
BRISSAC
Deux valets de la Reine-mère, buvant avec mon laquais chez le concierge, lui ont dit que d’ici à peu les hardes seraient à bon compte, parce qu’on vendrait votre garde-robe avant qu’il fût Noël.
Vraiment ? les faquins se figurent sans doute que j’ai dessein de payer mes dettes.
BRISSAC
Monseigneur, ils croient autre chose.
GUISE
Ils ne croient rien , mon ami : ce sont perroquets qui répètent la leçon qu’ils ont apprise. Ne connaissez-vous pas la Reine ? l’avezvous vue jamais dire devant ses gens autre chose que ce qu’elle voulait qui fût redit? Ah! je comprends maintenant d’oû me pleuvent tous ces avis charitables. Voilà qui m’explique le
saint François, et tant d’antres miracles. La
Reine veut que je parte.
BRISSAC
Pour moi, je crains bien, au contraire, que ces gens-là n’aient trahi quelqu’infernal secret.
GUISE
Comment , Brissac, vous seriez dupe de cette machination florentine ? la ruse ne vous saute pas aux yeux? vous n’avez donc jamais commandé de fausses attaques? On veut que je sorte , mon ami , c’est qu’on a dressé l’embuscade. Allez, je connais la Reine; voilà dix ans qu’elle me joue de ces tours-là; elle devrait meme en être dégoûtée, car je n’ai pas souvent été sa dupe; mais la bonne femme se fait vieille, elle est usée.
BRISSAC
Ce qui n’empêche pas , monseigneur, qu’elle a passé presque toute la nuit en conférence avec votre bien-aimé cousin; et Dieu sait ce qui se sera tramé dans ce tête-à-tête !
GUISE
Parbleu ! je vais vous le dire : ils auront fabriqué toutes ces lettres de Nancy, de Tours, d’Angers, de Paris, que j’ai reçues ce matin. Voyez, Brissac, quel énorme paquet! eh bien !