‹ Les etats de BloisChapitre 54 sur 225 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

dans toutes, c’est le meme refrain : « Méfiez- » vous de la Noël ; on vous tuera avant la fin » de l’an. » Ce qui me rassure, c’est que la veille des barricades on m’en écrivait tout autant; et cependant , vous le voyez, je ne suis pas encore mort.

BRISSAC

Monseigneur, je l’avoue , vous avez l’œil mieux exercé que personne à démêler les ruses de vos ennemis , et je n’ai pas oublié ce jour où vous vous moquâtes si fort de moi et de quelques autres , qui prenions pour des Reîtres , ces lances et ces enseignes plantées derrière une haie. Mais je ne vous le cache pas, monseigneur, votre confiance d’alors ne ressemblait pas à celle d’aujourd’hui ; votre regard , pardonnez si je me trompe, paraît moins calme que vos paroles, et sous cet aspect de tranquillité, l’on dirait que vous cachez..,.

GUISE , l’interrompant.

Erissac , vous le savez, les meilleurs prophètes ont leurs momens de doute.

BRISSAC

Ah! monseigneur, si vous concevez les plus légers soupçons , écoùtez-les , au nom du ciel \ Ces lettres sont fausses, je le veux bien; tous

ï'8» LES ÉTATS DE BLOIS.

les avis qu’on vous donne sont forgés à dessein ; mais il n’en est pas moins vrai que par toute la France vos amis sont en alarmes, et que les bruits les plus sinistres se répandent, non-seulement à Paris et dans nos provinces , mais à Rome, en Espagne....

GUÏSE.

Vous voilà bien en peine ! ne sont-ce pas ces misérables astrologues et faiseurs d’almanachs qui sont cause de tout ce beau tapage ? brissac.

Comme vous voudrez , Monseigneur ; mais vous conviendrez pourtant que, sans être par trop crédule , on peut trouver étrange que tous ces diseurs d’avenir, chacun dans leur pavs, se soient rencontres a taire les memes prédictions.

GUISE

Vous oubliez donc toujours notre vieille magicienne ? n’est-elle pas leur commère à tous? Et d’ailleurs ces gens-là ne parlent jamais que par mots à double sens ; et l’on peut toujours y voir , selon son goût , le noir ou le blanc. J’ai le çœur trop haut , mon cher Brissac , pour m’inquiéter de ces prétendues prophéties ; mais je gage que, si je voulais en prendre la peine,

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