SCENE HT
n’a qu’à 11e plus répandre une continuelle pluie d’or sur tous ces hommes avides, qui se partagent aujourd’hui la dépouille de messire d’Épernon, et il restera encore plus d’argent qu’il n’en faut pour faire rendre gorge au duc de Savoie, et exterminer tous les huguenots des deux provinces. — Que vous en semble , messieurs; n’est-ce pas votre avis?
( Tout l’auditoire répond par un murmure approbateur. On entend ça et là prononcer ces mots : Sans doute , monseigneur, sans doute. — Guise reprend : )
Si le Roi veut s’enrichir, il faut qu’il nous laisse le délivrer des sangsues qui le dévorent. Dénonçons sans pitié les abus dont nous sommes témoins , messieurs. Àpportez-moi vos plaintes , je me charge de tout faire parvenir aux oreilles du Roi.
( Nouveau murmure approbateur. • — Guise continue : )
Messieurs du Tiers, je sais que vous avez le désir de voir se rétablir la vieille charge de connétable : vous feriez bien d’en rédiger la demande, je vous promets de l’appuyer. C’est une excellente idée que vous avez eue là : le Roi est d’une santé qui demande des ménagemens; un connétable lui sera d’un grand secours.
MARTEAU
On dit pourtant, monseigneur, que Sa Ma-
jesté n’est pas disposée à renouveler cette ancienne dignité en votre faveur.
GUISE
Pourvu que vous m’en jugiez digne, messieurs, c’est tout ce qu’il me faut.
(Un chuchotement assez bruyant se fait entendre dans la salle . — Guise , qui jusquelà a parlé sans bouger de sa place , le dos tourné vers la cheminée , fait quelques pas en avant , et aborde le cardinal de Bourbon. )
Eh bien! monsieur le cardinal, est-ce vous qui allez nous dire la messe à Saint-Sauveur?
LE CARDINAL DE BOURBON
Le Roi me prive de cet honneur, monseigneur; il a chargé monsieur le légat d’officier.
GUISE
11 m’eût été agréable que ce fût vous. — r-
( U s’approche de Carlos de Mendoza , neveu de l’ambassadeur d’Espughe. )
— Votre oncle est donc malade, monsieur de Mendoza ?