‹ Les etats de BloisChapitre 67 sur 225 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

table. Une fois connétable , je le mènerai à Paris; et là, dans son Louvre, il faudra qu’il me demande comme une grâce de sceller de sa propre main le contrat d’une nouvelle/ royauté.

( Ici le duc s’arrête et garde un moment le silence. — Personne ne prend la parole pour lui répondre. — Il continue. )

Maintenant, messieurs, que vous connaissez mes desseins, vous n’exigerez plus, je pense, que je cède à vos alarmes. Si vous me trouvez téméraire, ne me suivez pas; mais, croyez-moi, une telle partie de prime vaut bien qu’on risque quelque chose pour l’enjeu.

brissac.

Monseigneur, Dieu nous garde de vous quitter jamais ! nous ne craignons que pour votre vie.

GUISE

J’en étais sûr, mes amis. — Monsieur Marteau , n’oubliez pas que c’est votre Chambre qui doit la première parler de la charge de connétable; il ne faudra pas tarder. J’ai mandé deux de mes régimëns de Picardie qui arriveront demain soir à Vendôme ; la citadelle d’Orjséans nous sera rendue dimanche au plus tard; lundi, Rossieux nous amènera un millier de lances à Beaugency; c’est donc mardi qu’il faut être prêts. Faisons

des vœux pour qu’on nous fasse un beau refus.... nous en serions quittes plus tôt? Adieu, messieurs ; pardonnez-moi de ne pas vous retenir à déjeuner ce matin ; vous savez que je vais m’asseoir à une autre table ; et d’ailleurs , on vous attend à vos Chambres. — Adieu.

LE CARDINAL DE GUISE , lui donnant la main.

Adieu; mais souvenez-vous que je ne suis pas vaincu, et qu’il me reste une langue qui ne vous laissera pas en repos.

GUISE, souriant.

S’il vous plaît de perdre vos paroles : à votre aise.

( Le cardinal de Guise sort ; après lui sortent le cardinal de Bourbon , le cardinal de Vendôme , l’archevêque de Bourges , monsieur de Brissac et Péricard. Saint-Paul ? Mayneville et Bois-Dauphin vont aussi pour sortir ; mais Guise leur fait signe de rester , et leur dit : )

Écoutez, mes amis, faites prendre les armes à tous mes gentilshommes du régiment de Vaudemont; puis , sans faire semblant de rien, vous^ Mayneville , entrez avec eux dans l’église , et placez deux ou trois hommes entre chaque pilier : cela demande un peu d’adresse , vous comprenez. — - Vous , Saint-Paul , emmenez avec vous tous vos amis de Nancy, et distribuezles çà et là dans la basse-cour, afin qu’il y ait

du monde autour de moi quand je passerai. Il est bon que l’on sache que nous sommes sur nos gardes. Allez , messieurs , avant que la messe sonne.

( Ils sortent;) .

d’espignac , resté seul avec le duc.

Monseigneur , puisque vous en êtes à l’article des précautions, ce que j’approuve fort, bien que notre ami l’ermite ne me fasse pas grand’ peur , il en est une que je vous prie de ne pas oublier.... Mais qu’est-ce que t’aperçois là-bas sur le pont-levis.... un carrosse?....

( Ils s’approchent tous deux de la fenêtre qui donne sur la basse-cour. )

GUISE

Il a passé si vite, que je n’ai pu reconnaître qui était dedans. — Le voilà qui s’arrête sous la grande porte.... D’Espignac , va donc voir ce que c’est.... ces postillons fourrés doivent venir de loin....

d’espignac.

J’y vais, monseigneur; mais d’abord écoutez ma précaution : quand vous aurez reçu la sainte hostie sur votre langue , pour l’amour de Dieu , gardez-vous de l’avaler....

guise.

Comment ?

ao8 LES ÉTATS DE BLOTS.

d’espignac.

Ne l’avalez-pas; c’est tout ce que je vous demande; mais ramassez -la, sans qu’on s’en aperçoive, dans un coin de votre bouche, puis, au bout d’un moment , feignez de tousser et crachez-la. Croyez-moi, c’est plus prudent; on ne sait.pas de quelle farine elle sera faite.... Pour moi , je n’en use pas autrement depuis que je suis ici, meme quand j’officie. Songez-y bien, monseigneur.... — Je remonte à l’instant.

GUISE

Je t’attends.

(Il s’assied. D’Espignac sort. )

— Il a raison peut-être.... Cette communion serait-elle?.... (iisei^e.) Non, non.... — Et puis les précautions.... les précautions me fatiguent.... Certainement, la meilleure de toutes serait de s’en aller.... mais , puisque je reste, puisqu’il faut que je reste, ce qui doit arriver arrivera.... Quand tous les sorciers du monde me chanteraient mon Requiem.... je n’ai pas cent ans à vivre; il faut bien mettre à fin quelque chose....

( I) s’interrompt en voyant rentrer D’Espignac. )

d’espignac.

Ah ! monseigneur! quelle nouvelle ! Devinez qui était dans ce carrosse ?

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