SCÈNE IV
LE ROI
Grillon , Crillon , n’en parlons plus. — Je trouverai d’autres moyens.
CRILLON
Sire , il n’y a qu’un moyen digne de vous > c’est celui que je vous propose.
LE ROI
Non, mon ami; je paierais sa mort trop cher en l’achetant au prix de la vie d’un homme comme toi.
Tout ce que je vous conseille, Sire, c’est de ne pas le faire assassiner.
LE ROI
Et moi, tout ce que je demande, c’est le secret, le plus profond secret!
( La porte s’ouvre. )
DU HALDE, annonçant de l’intérieur du vestibule.
Monseigneur le légat.
LE ROI, à demi-voix.
Ah! mon Dieu! le légat! Et cette messe que j’oubliais!.... ( Ba* à criiion ) Crillon , tu me tues si tu parles! Au nom du ciel, donne-moi ta parole que tu ne parleras pas! ta parole, Crillon !
CRILLON, Bas
le vous la donne , Sire : que je meure plutôt
que de révéler jamais les secrets intérêts de mon maître !
LE ROI , au légat qui est entré pendant la réponse de Crillon.
Pardon , cent fois, monsieur le légat! je vous fais attendre; je devrais être à l’église.... Holà! vite , mon manteau !
MOROSINI
Sire, c’est à nous à prendre les commodités de Votre Majesté : toutefois, si vous le permettez, nous ne descendrons point encore à l’église....
LE ROI
Comme il vous plaira, monsieur le cardinal. Tout n’est peut-être pas encore préparé ?
MOROSINI
Non, pas encore; et je venais en attendant....
LE ROI , l’interrompant.
Vous veniez me parler de quelque affaire.... vous voulez un entretien. — Tout à l’heure , monsieur le légat. Asseyez-vous , je vous en
prie. ( Bas à Crillon qui se dispose à s’en aller . ) Tu m’as donné ta
parole, Crillon; ne l’oublie pas! surtout pas de générosité : prends garde à toi ! ne va pas te croire obligé de lui faire confidence, comme autrefois à Fervaques !....