‹ Les États de Blois, ou, La mort de MM. de GuiseChapitre 144 sur 212 · SCÈNE Vin. :i · texte numérisé non relu

SCÈNE Vin. :i

je les vois aussi bien que vous; niais ma condition est de les braver. J'ai fait un pacte avecla fortune : poui* lui arraclier ses faveurs, il fallait bien lui promettre quelque cliose. Eh bien! ce qne je lui ai promis, mes amis, c'est de n'avon- jamais peur et de jouer ma vie avec elle chaque fois qu'elle mo le demanderait.

MADAME UE NEMOUUS, a|M;-s un momonl de silom-..

Ainsi, mon fils, vous irez au conseil!....

GUISE

Oui, j'irai, et j'en sortirai avec dix ordonnances nouvelles que nous publierons à sa honte. Ce rendez-vous qui vous épouvante , j<^ m'en réjouis comme d'une victoire. Ne vous ai-je pas dit, mes amis, que ce matin après la messe, j'ai fait trembler ce pauvre péiiiteiU dans son propre cabinet? Déjà, j'en suis certain , il frissonne de peur, et il n'a hâté d'un jour le conseil que pour se délivrer phis tôt de ses craintes , en s'accommodant encore une fois avec moi.

JÎHISSAC.

Si monseigneur l'a irrité jiar des menaces, je crois plutôt qu'il est pressé de se venger.

LE dAUDlJNAI, ,DE BOllRBON.

Siu'tQut, monseigneur, soyez bien armé.

GUISE

lis ne me toucheront pas un cheveu , fussentils mille, je ne les crains pas.

LE CARDINAL DE GUISE, à sa mî^re

Quel aveuglement !

MADAME DE NEMOURS, au cardinal.

Hélas! mon fils, j'en mourrai.... le cœur me manque.

GUISE

S'il était assez fou pour attenter à ma vie . vous me vengeriez, mes amis. La France entière me vengerait.

MADAME DE NEMOURS

Eh! qu'importe, mon fils, quand vous seriez vengé !.... si nous vous perdons, c'est fait de nous.

GUISE

Je VOUS l'ai déjà dit, ma mère, je ne dois pas faire plus de cas de ma vie qu'il n'est séant à un homme de guerre. Elevé au milieu des camps, cent fois l'image de la mort s'est présentée à moi, et. Dieu merci ! jamais elle ne m'a troublé. Souffrez que ce ne soit pas encore aujourd'hui qu'on me voie reculer devant elle.

. scÈNi; vni. 3.59

MADAME DE WEMOUIÎS.

Eh bien ! oui, méprisez votre propie cianger; jetez-vous, tête baissée, au-devant de la raort , je le veux bien : mais ce n'est pas de votre vie qu'il s'agit; mon ami, mon bon fils, il s'agit de nous, de nous que vous aimez, et qui n'avons que vous pour appui !.... Songez à votre femme, à votre mère... Et vos enfans!... pourriez-vous les laisser, à leur âge, en butte aux fureurs des médians , dont vous-même auriez été victime î Ah ! cette idée cruelle ne fléchira-t-elle pas votre courage?....

GUISE, apr<.s un moment do silence , s'adressant au priuic ilc Joinvill»-.

Charles, mon fils , c'est à vous de répondie à votre grand'-mère Je n'avais pas votre âge* quand le meilleur des pères tomba devant moi frappé de, mort: resté seul avec mes frères, exposé à tous les traits des ennemis d^ notj'c Maison , ai-je laissé j3our cela de ni'élever, dç rassembler les débris de notre fortune, de re~ cueillir l'héritage d'un père si grand, et même de venger sa mort? Je confie à Dieu, qui m'a toujours été clément, le soin de vouià protéger, mais je ne puis m'e^é^ge^ a vivre éternellement pour vous. Je ne vBusai pas mis au monde ]^onv fafire obstacle h nies projets/ Si ini coup

36o LES ETATS DE BLOIS.

imprévu m'enlève à mon tour, vous ferez comme j'ai fait ; vous prendrez ma chemise, toute fumante, et vous lirez dans mon sang ce qu'il faudra faire pour me venger. Charles !.... vous êtes ému!.... de la fermeté, mon fils.... promettez-moi que vous vous montrerez digne héritier de votre aïeul.... de votre père....

JOINVILLE, lui baisant la main.

Mon père!.... que me dites-vous là!....

MADAME DE NEMOURS

Le pauvre enfant!

LE CARDINAL DE BOURBON

Ah ! monseigneur , ayez pitié de nous !

BRISSAC ET D'eLBEUF, en mr-mo temps.

Monseigneur!....

GUISE

Non, mes amis, plus de prières : n'en parlons plus : je suis si résolu, que, si je voyais la Mort entrer par cette fenêtre, je n'ouvrirais pas cette porte pour lui échapper.

MADAME DE NEMOURS, les yeux pleins de la, n.e..

Miséricorde !

LE CARDINAL DE GUISE

Venez, ma mère, laissons-le, retirons-nous : ni vos larmes, ni vos supplications n'y pourront

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