SCÈNE IX
SAINT-PRIX
C'est bien vrai! ( u va ouvrir u porte de roi-ato.r.-.) Venez, messieurs, vous allez mettre v^tre aube et votre étole, puis vous descendrez à Saint -Sauveur pour dire la messe du Roi.
DE BULLIS , sortant de l'oratoire avec d'Orgujn.
A Tinstant, monsieur. ^
d'orguyn.
Ah! malédiction! qu'est-ce que je vois! que faites- vous là! il y a quelque malheur ici!...
LA BASTIDE , soulevant avec son pied le tapis qui recouvre le corps.
Voyez là-dessous....
DE BULLIS.
Dieu!.... monsieur le Grand!....
LA BASTIDE
Oui, Nembrod le Lorrain....
d'orgutn.
Ah! c'est pitié de massacrer ainsi les princes! Malheur à nous , monsieur de Bullis ! c'est pour ce beau coup qu'ils nous ont fait prier
Dieu ! ( Il se met à genoux devant le cadavre.) PardoU , boU prinCC !
pardon! je vais maintenant prier pour ton repos : De profundis...,
DU IIALDE , l'interrompant et le secouant par l'cpaulc.
Voulez-vous bien vous taire, enragé ligueur!
4io LES ÉTATS DE BLOIS.
SA.1NÏ-PR1X.
Voilà pourtant les gens qui confessent le Roi! .
LA BASTIDE
Il est heureux que sa vieille peau ne vaille pas la peine d'une taillade et soit protégée par cette sero^e noire. ( n le prend par ic bras ) Mais , morbleu, levez- vous; laissez celui-là s'en aller tout droit chez Satan, et gardez vos prières pour le Roi : allons vite, sang de Dieu !....
DE BULLIS.
Venez, venez, monsieur 'd'Orguyn, le Roi nous attend pour lui dire la messe.
d'orguyjv.
Laissez -moi du moins enlever cette indigne
croix de paille ! ( H déuche son cUapclet et le dépose sur L poitrine du
duc.)- — Que Di^u vous bénisse, grand prince! à l'égal de vos vertus !
( De Bullis l'entraîne ; 1rs ordinaires les suivent eu riant et sr nio<{uant de d'Orguju. — Dq Halde el Çaint-Prii emportent le corps, du duc dans le petit cabinet sonabre, derriî'rc l'oratoire.)
FIN DE LA NEUVIÎIME SCÈWE.
Kg^iri
La clia:nbrc à coacher de la Reinc-mèrc.
La Reiac Catlierinc est assise dans un grand fauteuil à oreillers. La Reine Louise c^l auprès d'elle , appuyée sur une table , et se couvrant les yeux d'un mouclioir. — Les dames d'honneur des deux Reines sont rangées derrière elles. Le Roi , qui vient d'entrer, est debout devant sa mère, et entouré de ses gentilsliommçs.
"LE ROI
0|ii , ma mère; je suis Roi maintenant, et seul Roi; je n'ai plus de compagnon.
CATHERINE
Que pensez-vous avoir fait , mon fils ? pour moi, je ne sais, mais vous vous êtes bien halé,
LE KOI.
J'ai réparé ]e temps perdu, bonne mère.
CATHERINE
Dieu veuille que vous ne vous en trouviez pas mal!.... C'est bien coupé, il faut coudre maintenant.
LE ROI
Rassurez-vous, madame, je n'ai pas le dessein de sommeiller : je dépose ma peau de renard , mais c'est pour endosser celle de lion.
CATHERINE
Ce n'est pas assez de la force et de la résolution , il vous faut encore la diligence, mon fils : avez-vous fait avertir monsieur le légat de tout ce qui se passe ?
Nous avons tout le temps. Monsieur de Gondy, que voici, me fera le plaisir d'aller lui parler après la messe.
CATHERINE
J'aimerais mieux avant. Mais , au moins , avez-vous donné ordre pour être assuré de toutes les villes où le nom et la mémoire du duc doivent avoir du crédit? Si vous ne l'avez fait, faites-le au plus tôt, sinon il vous en arrivera malheur.
LE ROI
Ma mère , j'ai écrit partout. Demandez à
SCÈNli XI. 4i*^
Rambouillet, il a copié cette nuit un demiboisseau de lettres.
CATHERINE
Si vous n'opposez à vos ennemis que de la cire et du parchemin , je vous plains ; car ils se moqueront de vous. Il fallait écrire vos dépêches sur des mousquets et des fers de lance. '
LE ROI
S'ils veulent la guerre, je suis prêt.
CATHERINE
Il fallait envoyer deux hommes de confiance dans chaque ville.... et, quant à vous, si vous ne voulez vous trouver tout à .coup Roi dç rien , soyez à Paris dans deux jours !
LE ROT:'
A Paris!.... moi, j'irais à Paris!.... et dans deux jours.... Comme vous faites la besogne , ma mère ; souffrez d'abord que j'y envoie quelqu'un. ' '^ '^
.oL. , CATHERINE.ld ftiï - ;>••
'"^^li fyil-ië '[fâînvSius avez bîtblîé Orléans '^
LE ROI
Oublié!.... non, mais....
4i4 LES ÉTATS l^E BLOIS.
* CATHERINE
Si VOUS n'avez pas Orléans, vous courez grand risque , croyez-moi.
L£ liOI ^ &e retournant vers d'Aumont.
Maréchal, prenez vos éperons et montez à cheval ; ma mère a raison, il faut que la ville soit à nous avant la fin du jour. Allez , mon vieil ami.
d'aumojvt.
Sire, quand Votre Majesté descendra, elle me trouvera au bas de la rampe , prêt à prendre ses derniers ordres.
( II sort. )
LE ROI
C'est bien ; rien n'est perdu.
( Entre Larchant. )
Sire, messieurs d'Elbeuf et de Nemours ont été arrêtés dans leurs appartemens et conduits à la tour du Nord.
LE ROI
Bravo ! — Eh bien ! ma mère , vous le voyez , on n'a pas tout oublié ! — Monsieur dç I^archant , vous êtes un brave serviteur : je sais combien je vous dois.
(Entre du Halde. )