‹ Les États de Blois, ou, La mort de MM. de GuiseChapitre 25 sur 212 · SCENE L i · texte numérisé non relu

SCENE L i

vous fous d'aller ainsi croiser le fer avec les gens de mon cousin de Guise ? Est-ce que vous ne devez pas chérir et respecter mon cousin de Guise et tout ce qui lui appartient ? Me voyezvous aimer et estimer un homme en ce monde à l'égal de mon cousin de Guise? Pour apprendre à être mieux avisés , vous irez coucher au cachot avec de l'eau et du pain, et vous n'en sortirez que le saint jour de Noël pour l'office. Allez , petits sots !

LOIGjVAC , à demi-voix.

Ils ont plus d'esprit et de cœur que toi , vieille buse !

GUISE, àspspages.

Pour vous aussi, du pain, de l'eau, la prison, et, si vous recommencez , le fouet. (Se louruant ve,s les page, du Roi. ) Quaut d CCS mcssicurs , ils ont fait même faute , ils auront même punition.

LOIGNAC , du milieu do la foule.

Les gens du Roi n'obéissent qu'au Roi.

GUISE , vivement.

' Qui a tenu ce propos ? je le trouve étrange- — Ignore-t-on que je commande ici comme lieutenant du Roi et grand-maître de sa mai-

son i (Il aperçoit dans les mains de Cliâteauneuf l'épée de Loignac. ) JL) OU

i3i LES ÉTATS DE BLOIS.

vous vient cette épée, jeune lionniio-^ elle n'e<t pas à vous.

CHATEAUJVEUF.

Monseigneur, on me l'a prêtée....

GUISE

Eh qui ?.... ah ! je reconnais.... un de messieurs les ordinaires! Je les en félicite; jusqu'ici du moins leurs dagues ne servaient pas à tuer les enfans. ^Messieurs, à qui cette épée ^

LOIGNAC , sortant de la foule.

A moi.

GUISE

Vous mériteriez, monsieur, qu'on ne vous la rendît pas.

( Les 311115 lie LoisjOac font euleiidre ifuelqae» niunnures. ^ LOIGNAC , bas , et s'en retournant à sa place.

Si tu ne la rendais pas, je te ferais peut-être rendre autre chose 1....

GUISE

Il est indigne d'un gentilhomme de faire de ses armes un tel usasse.

( Les ordinaires murmurent pins fort. Goise reprend : )

Voilà des murmin-es dont vous pourriez vous repentir , messieurs. Vous n'avez plus quinze ans , mais il n'est pas défendu pour cela de vous traiter en pages.

scl:^f£ I. i33

LOIGNA.C, i»^

Essaye, et nous verrons!.... — Décidément? je commence à croire que tu ne t'en iras pas de ce monde avec une seule balafre , maudit Lorrain !

GUISE, aui pages.

Allons , qu'on obéisse. — Capitaine Saint- Paul , conduisez-les à la tour de Moulins.

( Les pages sortent. )

— Mais, n'est-ce pas Sa Majesté qui sort du grand escalier ?

LE CARDINAL DE BOURBON

Oui, c'est le Roi; il vient à nous.

(Guise va au-devant du Roi, sous la granilc porte.) GUISE, au Roi.

Sire , tout est calme maintenant : vous n'avez plus rien à redouter. Mais il y a seulement deux instans , c'était un affreux désordre.

LE ROI

Et un bruit , mon cousin ; j'en sais quelque chose. En vérité , je m'imagine que dix mille huguenots se seraient laissé égorger dans cette basse-cour, sans faire un si grand tapage. Je me suis cru un moment au douze de mai dernier, mon cousin.

GUISE

Sire....

i'5] LES ETATS DE ULOIS.

/ LE l\OI.

C'est que nos bons barricadeiu-s ne criaient pas trop mal non plus.

GUISE

Sire, vous apprendrez avec regret que tout ce tumulte est l'ouvrage de vos pages, de vos laquais , et même d'autres personnes de plus haut lieu, qui ont eu jusqu'ici trop bonne place en votre estime.

Comment ! ce sont mes gens qui ont tout fait? Pardonnez - nous , mon cousin, (ii aperçou zampiDidans la fouio:) Ah! ail! petit vaurieiî , te voilà beau garçon ! ta fraise déchirée , ton manteau neuf en guenilles , ton luth brisé.... ma mère sera contente!.... Mais c'est bien fait ; pourquoi cherchais-tu querelle aux serviteurs de monsieur le duc ?

ZA.MPINI.

Sire, ce n'e§t pas nous....

LE ROI

T'avises-tu de démentir mon cousin , petit mal appris ! tu vois bien qu'il me répond de ses pages.

GUaiSE.

Pardonnez-moi , Sire , mes pages sont en prison comme les vôtres.

SCEME 1. i35

LE liOl • d»''i; éloiiiu-inenl.

Vous avez donc envoyé mes....

GUISE

Oui, Sire.

LE ROI

Vous avez très-bien fait, mon cousin.

GUISE

Il y a pourtant ici des gens qui m'ont trouvé hardi d'en user ainsi.

Est-il possible !

GUISE

lis ont pensé que j'allais au-delà de mes pouvoirs; que je m'arrogeais une trop forte part de l'autorité royale.

LE ROI

Ah ! mon cousin , en seriez-vous capable !

GUISE

Ils se font une idée si haute de la dignité de grand-maître et de lieutenant du royaume , qu'ils ne m'ont pas cru le droit de corriger des pages.

LE ROI

Monsieur le duc, ne vous irritez pas; vous savez si je les approuve.

i36 LES ÉTATS DE BLOIS.

GUISE

Aussi bien , Sii*e , ce n'est pas de ce jour seulement qu'il me faut essuyer de pareils outrages.

LE ROI

Dites un peu les coupables , nous les punirons.

GUISE

La plus longue patience n'y tiendrait pas. — Sire, il faut que je vous parle.... à vous seul.

Eb bien ' asseyons-nous sur ce banc. —

(Aui genlikhommes et soldats. ) MCSSlCUrS , pluS loiu , s'il VOUS

plaît. — Que voulez-vons, mon cousin?

GUISC.

Que Votre Majesté me permette de résigner entre ses mains les charges qui me retiennent à la cour.

LE KOI.

Seigneur Dieu ! que dites-vous là ?

GUISE

Je ne me réserve que celle de grand-maître , dont je demande à Votre Majesté la survivance pour mon fils, et mon gouvernement, où je compte me retirer.

LE ROI

Mais, votre lieutenance, monsieur le duc?

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