‹ Les États de Blois, ou, La mort de MM. de GuiseChapitre 94 sur 212 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Etals me tinssent toute l'année à vos cotés, monsieur le conseiller; si je jouissais sans relâche de vos excellentes laçons de dire, je finirais par parler vraiment français par similitude.

( Ici ou fnlenil , {lour la troisième fois , la voix du légat qui dit , d'un ton solennel ' Dointnus vobiscum ; et, pour la tioisif-nie fois , tous ceux qui sont dan» l'église cl dans la Cour répondent : El cuin spiritu tuo. — Mais Montaigne et Pasquier , abso»-bés dans leur causerie , ne font pas chorus , et ne s'aperçoivent même pas de ce qui se passe autour d'eux.)

PASQUIER

Ces incorrections sont de petites choses, mais qui choquent heaucoiq> de gens. J'en dis autant de vos titres de chapitres qui, le plus souvent , ne se rapportent aucunement au conteiui; et par exemple : Les Coches^ les Boiteux , les vers de Firgile....

MONTAIGNE

Quant à mon ramage gascon, je vous l'abandoune sans pitié, mais vous ne me guérirez jamais de mon inconséquence. Songez donc , monsieur le conseiller , que quand j'écris je me jelle à la merci de mon invention présente; j'ajoute et ne corrige pas : je ne fais qu'une marqueterie mal jointe....

PASQUIER

TN' importe, quand vous imprimerez, n'ou-

bliez pas de m'avertir, nous arrangerons tout cela. Au reste, ne craignez point que j'efface une seule de vos sentences : c'est là votre titre immortel : vous êtes un autre Sénèque en notre langue. Y a-t-il, dans toute l'antiquité, de plus nobles traits que ceux-ci par exemple : « L'homme d'entendement n'a rien perdu, s'il » a soi-même. — La vieillesse nous attache plus » de Hdes en l'esprit qu'au visage. » Et tant d'autres que vous jetez à pleines mains sur votre livre, comme sur un parterre diversifié de mille fleurs.

MONTAIGNE

Eh bien ! moi , j'ai peu de vénération pour mes sentences : d'abord elles ne sont pas toutes de mon estoc; les plus belles ne sont dans mon terrain que pour avoir été transplantées par moi en cachette : et puis croyez-moi, ce sont presque toujours expressions plus obscures que profondes, ou bien plus brillantes que solides. Mais comme nous voilà loin de notre messe et de nos communians ! Cette manie de deviser sur les maux me rappelle ce vers qu'on fit dernièrement contre le Roi, vous savez

, . . . Fit modo Grammaticus.

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