‹ Les Etats de Jersey et la langue française [microforme]Chapitre 5 sur 22 · LUSSEY · texte numérisé non relu

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monnaie française et l'usage de la langue française devant les tribunaux. Les Jersiais et les Guernesais sont plutôt des insulaires que des Anglais. “ 7%ey are rather, in a word, dit Ansted dans son beau livre sur The channel Islands”, islanders more than English. They are Normans, but Normans of the old school ”.

—[ls sont Normands, mais Normands de

la vieille souche.

Consultez les anciens documents qui existent dans les archives des îles. Ils sont tous, ou presque tous en vieux français.

Charles I1 débarque à Jersey en 1646.

De suite, il émet la proclamation suivante :

De la Cour de Son Altesse Royale le Prince de Galles.

“ Ce dix-neuvième jour d'avril 1646, son Altesse le Prince de Galles, étant à présent

en cette Isle de Jersey, fait savoir aux ha-

bitants d'icelles que s'il y a aucunes personnes à lui appartenantes ou dépendantes de sa Cour qui par injure où par mépris, ou autre voie que ce soit, fasse aucuns excès à aucun des habitants qu'ils aient à en rendre leurs plaintes et déclarations au chevalier George de Carteret, Lieutenant-Gouverneur pour Sa Majesté en cette dite Isle, desquels délinquants son Altesse veut et entend en faire justice exemplaire, selon l'exigeance du fait.”

* De part le Prince et le Conseil.”

RICHARD FANSHAWE.

Un précurseur du prix Monthyon, Jean de la Court, crée un fond de charité, en 168$. Il doit être administré par la Cour Royale, et ce fond existe encore de nos jours. Voici en quels termes ce généreux donateur constitue son acte de charité :

“—]] est pour le bénéfice des pauvres et nécessiteux, tant de la dite îsle de Guerne-

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sey qu'au relief de tels pauvres habitants auquel adviendroyt que leurs maisons seront brûlés, pour les aider à les faire réédifier. Et aussi estre employéz au relief de tels pauvres prisonniers ayant été pillez à la mer ou autres pauvres mariniers qui auroyent perdu par naufrage ou autrement leur navire ou vaisseaux, ou pour subvenir à l’entretient et avancement de quelque pauvres enfants que seroyent avancez aux bonnes lettres en

à apprendre quelque art ou mestier."

L'amour de la langue française a toujours existé dans les îles de la Manche. Sous Edouard I‘ d'Angleterre, à la demande de lady Dyonysia de Monchesi, une héritière de Kent, Walter de Biblesworth composa un traité à l'usage des enfants, où il leur est recommandé d'apprendre le Français

avant l'Anglais (11.

(1) Vide WRIGHT, Folume of English Vocabularies, 143

Ce culte de la langue s'est maintenu de nos Jours.

Dans les îles, toutes les procédures de Cour se font en français, mais les plaideurs anglais peuvent s'adresser à la Cour en anglais, et transquestionner les témoins dans cette langue. Quand la charge est lûe au jury, le procureur général la traduit en anglais. Le droit de l’île ne peut être étudié qu'en France : aussi voit-on tous les ans des étudiants Jersiais se diriger sur Caën ou sur Rennes. Ils vont y suivre les cours de droit. Chaque île peut avoir six avocats : tous ont étudié en France. Les certificats des autorités universitaires de France font ici foi et donnent droit à l'exercice de la profession. Quand on est devenu avocat, on peut aussi cumuler l'état de notaire.

Le Jersiais parle sa langue avec amour.

Il y mêle un peu de patois. Ce défaut

a son charme tout de même, et certains

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mots sont d'une originalité frappante. C'est ainsi qu'on dira à Jersey la cokue, pour désigner le Palais de la justice royale. Ce mot vient du vieux normand chaos, et il fait image. On parlera de “ l'écarcit‘" du foin.

On recommandera un guano pour sa force On dira

aussi, dans le même sens qu'un engrais est

et son ‘“ Leurivelé ” (précocité).

beaucoup plus ‘“ 4eurif” qu'un autre. Un témoin malade et ne pouvant comparaître sera “exvoine”. Le titre d'“honnête homme” ne peut être donné qu'aux gentilshommes de l’île et aux membres de la Cour Royale.

Il a l'importance du titre d’honorable que l'on donne, au Canada à un sénateur ou à un ministre.

La plupart des fonctionnaires portent des titres français. Ainsi, vous aurez le connétable, le centenier, le vingtenier, le procureur du bien public, le procureur des pauvres,

le bailli, le procureur dela Reine, l'avocat de

pe

la Reine, le contrôle de la Reine—qui équivaut à notre charge de solliciteur général—le vicomte—-qui est le shérif à Jersey mais qui s'appelle le prévôt à Guernesey—l'huissier, le jurat. La convocation du parlement s'appelle “ billet d'état ” ; on y fait des “ projets de loi” et des “ordonnances ”. La cour suprême s'appelle “ cours en corps”; il y a la ‘ cour ordinaire, ” une “ cour du quartier” et la cour d'héritage “ ?laids d’héritage”, I y a aussi la “cour en Amirauté »” Les “ sollicitors ” s'appellent des “ écrivains ”, les ingénieurs civils des arpenteurs, tout comme au Canada. L'instruction primaire est désignée sous le nom de “la Petite Ecole ”.

La mesure dans les îles est la vieille livre de Normandie : on l'appelle encore “ poids de marc de Rouen ” ; le % quart d’'once s'appelle un “ gros ” et la moitié “un demi

gros ” : 40 perches font une “ vergée ”!

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L'île bat monnaie, comme nous Cana-

diens.

J'ai sous les yeux un vieux livre jersiais, l'Almanach du Constitutionnel de 1827. On n'y rencontre que des noms français tels que

ceux-ci :

“ Le Couteur, Robin, Dupré, Bouton, de Carteret, Noël, Le Quesne, Godeaux, Lejeune, Fauvel, Le Maistre, de Sainte-Croix, d'Auvergne, Simonet, Langlois, Le Gallais, Amiraux, Journaux, Aubin, Tessier, Mourant, Monnamy, Le Gros, Pirouet, Gibaut, Bichard, Le Boutillier, Sorsoleil, Lemesurier, Dujardin, Le Neveu, Robert, La Font, Dupont, Duhamel, Janvrin, Mallet, Blancpied, Le Sueur, d'Artenay, Bouton, Poignand, Bisson, Du Fresne, Billot, Robichon, Collas, de Quetteville, Dutot, Perchard, de

la Cour, L'arbalestier, Picot, Le Cornu, Re-

nault, de Gruchy, Hamon, Pinet, Tourpgis,

Vibert, Le Brun, le Brocq, Binet, Gasnier, de Caën, La Biche, Le Rossignol, Esnouf, le Cerf, Barbier, Le Greslez, Le Blanc, Le Marquand, de la Perrelle, Renouf, Le Bas, Duval, Priaulx, Lafond, Le Montais, Du Heaume, de Carteret, Baïilhache, Vaudin, Poingdestre, Gaudin, de la Garde, Touzel, Filleul, Thoreau, Balleine, Le Breton-Pipon, Benert, Le Lièvre, Métivier, Piquet, Helleur, Sorel, Le Cronier, Chevalier, Le Bœuf, Hacquart, Perchard, Anthoine, Ingouville, Machon, de la Lande, La Rue, Pellier, Le Scelleur, Turenne etc. etc. J'en passe bien d’autres.

En lisant ces noms—-dont deux seuls sont bretons, Esnouf et Renouf,—ne dirait-on pas que toute la vieille Normandie se prend à défiler devant nous ? Asted avait bien raison d'écrire que le Jersiais n'avait pas rompu ses liens d'attache avec la vieille terre de Guil-

laume le Conquérant. Aussi, ces braves

snier, snouf, c, Le Bas, , Du iudin, ouzel, n- Piiquet, r, Le e, In- Rue,

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