INTRODUCTION
La vicaria Torinensis. — Le pagus Torinensis aux vm c et ix c siècles. — Testament cTAdèmar des Echelles (vers 930). — Erection du territoire de Turenne en vicomte (fin du x° siècle). — Démembrement de 1251. — Fiefs hommages. — La vicomte en 1350. — La terre de Chameyrat. — Vente de la seigneurie de Larche, en 1442. — Dénombrement des paroisses de la vicomte aux xvi p et xvu° siècles. — Les chàtellenies du Périgord ne sont pas représentées aux Etats. — Limites de la vicomte au xvni c siècle. — Cantons qu'elle a formés en tout ou en partie dans les départements de la Corrèze, du Lot et de la Dordogne. — Nombre des villes, villages et hameaux compris dans ses limites.
La vicomte de Turenne n'a pas été constituée d'une seule pièce, en empruntant ses limites <\ une circonscription territoriale préexistante.
La plus anciennement connue des subdivisions
régionales, lu vicaria Torinensis de la première période mérovingienne, dont la superficie était assez exactement déterminée (1), s'était fondue, dès le viii c siècle, dans un arrondissement géographique plus vaste et moins bien défini, désigné sous le nom de pag us Torinensis (2). Des possessions nouvelles ne tardèrent pas à se grouper autour de ce noyau. Dans la seconde moitié du ix e siècle, le pagus Torinensis avait une étendue considérable, englobait les anciennes vicairies do Sérilhac (3), d'Espagnac (4), de Rosiers (5), dePuyd'Arnac (6), et une partie de celles de Brive (7),
Cl) Elle avait pour limites, au sud, les limites mêmes de YOrbis Lcmovicinus (limites do l'ancien diocèse de Limoges, do la province du Bas-Limousin, et aujourd'hui du département do la Corrèze) ; était bornée, à l'ouest, par la vicairie de Chasteaux (canton de Larche, Corrèze) ; au nord, par la vicairie do Brive ; au nord-est, par la vicairie de Sérilhac (dans le canton de Beynat, Corrèze) ; et à l'est, par la vicairie de Puy d'Arnac (canton de Beaulicu, Corrèze). Elle mesurait environ cinq lieues dans sa plus grande largeur, de Test à l'ouest, et deux lieues dans son plus grand diamètre, du nord au sud. (Voir la carte du pagus ou Orbis Lcmovicinus jointe nu Cartulairc de l'abbaye de Beaulicu, publié par M. Maximin Deloche).
(2) On le trouve quelquefois désigné sous le nom de pagus Tornensis. — Il semble avoir absorbé, dès cette époque, la partie sudouest de la vicairie de Sérilhac. (Maximin Deloche, Etudes sur la Géographie historique de la Gaule, p. 151).
(3} Vicaria Sariaccnsis ou Seriaccnsis . Sérilhac est aujourd'hui un chef-lieu de commune du canton de Beynat (Corrèze).
(4) Vicaria Spaniaccnsis. Espagnac, chef-lieu de commune du canton de La Rochc-Canillac (Corrèze).
(5) Vicaria Rosiarensis. Rosiers-d'Egletons, chef-lieu de commune du canton d'Egletons (Corrèze).
(6) Vicaria Asnacensis ou de Asnago. Puy -d'Arnac, chef-lieu de commune du canton de Beaulieu (Corrèze).
(7) Vicaria Briccnsis. Brive, chef- lieu d'arrondissement.
de Beynat (1) de Naves (2), de Bar (3) et d'Argentat (4) ; il débordait dans la vicairie de Casillac (5), en Quercy, et remontait, vers le nordest, jusqu'à Meymac (6), baigné d'un côté par la Corrèze et de l'autre par la Dordogne.
(i) Vicaria Beennatensis. Beynat, chef-lieu de canton (Corrèze).
(2) Vicaria Navensis. Naves, chef-lieu de commune du canton nord de Tulle (Corrèze).
(3) Vicaria Barrcnsis ou Barinsis. Ba r , chef-lieu de commune du canton de Corrèze (Corrèze).
(4) Vicaria Argentadensis ou de Argentado. Argentat, chef-lieu de canton (Corrèze) .
(5) Vicaria Casiliacensis, sur la rive droite de la Dordogne.
D'après Justel (Histoire généalogique de la maison de Turennc,
S. 18). < Le pais de Tu rené s'estendoit lors, du costé du midy, au elà de la Dordogne, jusaues à Aynac (Aniciacus) qui est aujourd'hui de l'hommage du Vicomte ae Turene, et Casillac, Stranquel et Cavagnac, proche du ruisseau de Tormente, et de la ville de Turene. » Nous hésitons à admettre, avant le xiu° siècle, ce prolongement du pagus Torinensis jusqu'à Aynac, chef-lieu d une vicairie quercinoise. Si les documents contemporains mentionnent la Vicaria Casiliacensis, in pago Torinensi, ifs ne rattachent pas au même pagus la Vicaria Asnacensis du Quercy. 11 est certain que la domination des seigneurs de Turenne s'est exercée, dès une époque reculée, au ix° et au x° siècles, dans la partie de la vicairie de Casillac qui avoisinait le pays de Turenne, notamment sur Sarazac et Vayrac (voir le testament d'Adémar, dans Baluze, llistoria Tutelensis, col. 333 et s.), Strenquels et Cavagnac. Il est possible même qu'elle ait atteint jusqu'à Souillac et Lansac ; maison ne peut admettre, sans preuve certaine, que ces seigneurs aient incorporé dans leur domaine le pays d' Aynac (aujourcPhui canton de La Capelle-Marival, dans le Lot), sur la rive gauche et à une assez grande distance de la Dordogne. Justel n'a-t-il pas commis une confusion ? Il existait, au x° siècle, deux vicariœ Asnacensis : l'une limousine, avec Puy-d'Arnac pour chef-lieu j l'autre quercinoise, avec Aynac pour centre administratif. La vicaria Asnacensis du Limousin dépendait indubitablement du pagus Torinensis ; nous no croyons pas que la vicaria Asnacensis du Quercy ait appartenu en totalité à cette époque au même pagus. (Cf. Léon Lacabano, Observations sur la Géographie et l'histoire du Quercy et du Limousin, pp. 56 et s.). M. Maximin Deloche nous parait être dans la vérité, en ne donnant au pagus Torinensis de la fin du ix° siècle au' une partie de la vicairie de Casillac en Quercy. (Etudes sur la ôèogr. hist. de la Gaule, p. 153) .
(6) Mcimacunx (Meymac, chef-lieu de canton du département de la Corrèze) était situe au nord de la vicairie de Rosiers.
L'immense domaine créé par les comtes Rodulfe, Godefroi et Robert, premiers seigneurs connus de Turenne, s'était encore accru, lorsque Adémar des Echelles, un des membres de cette puissante famille, fit, vers 930, une magnifique donation ît l'abbaye de Tulle (1). Bernard, que Ton croit être le fils d'Adémar, n'en recueillit pas moins, dans l'héritage' paterne], des territoires considérables. C'est lui, d'après Justel (2), qui les érigea en vicomte, à la fin du x e siècle, et commença la longue et brillante lignée des vicomtes de Turenne. Nous n'avons pas le dénombrement de ses possessions à cette époque initiale de la vicomte.
Un document du xin e siècle nous donne la liste des villes et châtellenies qui constituaient alors la vicomte de Turenne. Dans la première moitié de ce siècle, elle comprenait :
1° En Limousin : les châtellenies de Turenne (3), de Curemonte (4), de Larche (5) et leurs dépendances, les villes et territoire de Beaulieu (6) et de Brive,
(1) Voir, dans Baluzc (IJist. TuicL, col. 333 338), rénumération des biens légués à l'abbaye de Tulle par le testament d'Adémar.
(2) Justel, Hist. gfinôal. de la Maison de Turenne, p. 15.
(3) Chef-lieu de la vicomte, aujourd'hui chef-lieu de commune du canton de Mcyssac (Corrôze).
(4) Chef-lieu de commune du canton de Mcyssac (Corrèze).
(5) Chef-lieu de canton du département de la Corrôze.
(6) Chef-lieu de canton du département de la Corréze, siège d'u»c importante abbaye.
2° En Quercy : les châtellenies de Montraient (1 ), de Floirac (2), de Mirandol (3), de Saint-Michel (4), de Cazillac (5), de Saint-Céré (6), de Gagnac (7), de Bétaille (8), de Souillac (9), de Creysse (10) et leurs dépendances, la ville et le territoire de Martel (11).
3° En Périgord : les châtellenies de Salignac [i 2), de Riberac (13), d'Espeluche (14), de Montfort (15),
(1) Chef-lieu de commune du canton de Martel (Lot).
(2) Chef-lieu de commune du canton de Martel.
(3) Paroisse de Glugcs et commune de Martel.
(4) Aujourd'hui Saint-Michel-de Bannières, chef-lieu de commune du canton de Vayrac (Lot).
(5) Chef-lieu de commune du canton de Martel.
(G) Petite ville, chef-lieu de canton du département du Lot.
(7) Gaignac ou Ganihac, aujourd'hui Gagnac, chef-lieu de commune du canton de Bretenoux (Lot).
(8) Chef-lieu de commune du canton de Vayrac.
(9) Chef-lieu de canton du département du Lot.
(10) Chef-lieu de commune du canton de Martel.
(11) Petite ville, chef-lieu de canton du département du Lot.
(12) Salanhac ou Salanac, aujourd'hui Salignac, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Sarlat (Dordogne), ancienne chàtellenie qui comprenait dix paroisses en leur ontier et la paroisse de Saint- Bonnet en partie.
(13) Chef-lieu d'arrondissement do la Dordogne, ancienne chàtellenie qui comprenait dix-sept paroisses.
(14) Espelucha, aujourd'hui Espeluche, chef-lieu de commune du canton de Ribérac, ancien repaire noble avec titre de vicomte dès le xii° siècle, relevait de la chàtellenie de Ribérac.
(15) Section de la commune de Vitrac (Dordogne), ancienne chàtellenie unie à Aillac.
d'Aillac (1), de Carlus (2), deTerrasson (3), avec leurs dépendances.
Et « généralement tous fiefs et seigneuries, depuis la ville de Martel jusqu'à la cité de Cahors d'une part, et jusqu'à la cité de Limoges d'autre part, et jusqu'à la ville d'Egletons encore d'autre part (4). »
Du vivant de Raymond V, la vicomte rayonnait ainsi sur trois provinces. A sa mort, un partage intervint entre son fils Raymond VI et sa fille Héliz, épouse d'Hélie de Rudel, et fut sanctionné par une sentence arbitrale que certifia la reine Blanche, mère de saint Louis, en 1251. On vient de voir la composition du lot réservé au vicomte.
(1) Chef-lieu de commune du canton de Carlux (Dordogne), ancienne chàtellenie ; d'Aillac et de Montfort dépendaient six paroisses : Aillac, Carsac, Caution, Proissans, Sainte-Natalène et Saint- Vincent de Paluel.
(2) Chef-lieu de canton, ancienne chàtellenie qui dépendait du diocèse de Cahors et comprenait dix-neuf paroisses .
(3) Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Périgueux. En 1363, Terrasson n'était rattaché à la vicomte de Turennc que par des liens d'hommage.
(4) c Et gcncraliter ho mania, feuda et do mi nia ad die tu m vicccomitatum pertinentia % a villa Marte Ui us que ad cicitatem Caturcensem, et us que ad cicitatem Lcmocicensem 9 et usque ad cillam del Glotons. > Sentence arbitrale de 1251, rapportée par Juste l aux preuves de YHist. gènèal. de la Maison de Turennc, pp. 52 et s.
Le passage de la sentence, que nous venons de citer, nous démontre combien est incomplète, surtout pour le Bas-Limousin, l'é numération des chàtellenies de la vicomte que nous avons empruntée au même document.
Voy. Lettres d'E lie Rudel et d'Hélis de Turenne ônumôrant les possessions ou ils abandonnent à Raymond VI, vicomte de Turennc^ et à ses héritiers, du 25 juin 1251, publiées par M. Vayssièrc dans le Bull, do la Société scient, hist. et arch. de la Corrèzc, t. VII, p. 341.
Aux termes du même acte, les châtellenies de Ribérac, d'Espeluche, de Carlux, de Salignac, de Larche, deTerrasson, de Souillac, de Montfort, d'Aillac et de Creysse furent démembrées de la vicomte et attribuées à Hélie de Rudel : elles devaient rentrer plus tard, mais quelques-unes privées de leurs plus précieuses franchises, en la possession du vicomte.
A cette même époque, en outre des membres constitutifs de la vicomte, des devoirs d'hommage mettaient dans sa dépendance un certain nombre de fiefs importants, notamment les châtellenies de Gimel (1), de Carbonnières (2) et de Castelnau de Bretenoux (3).
Un siècle après la sentence de la reine Blanche, la vicomte passait en d'autres mains; elle était vendue par la vicomtesse Cécile à Guillaume Roger. L'acte d'aliénation du 26 avril 1350 contient une énumération, certainement incomplète, des châtellenies et localités qui la composaient alors. Nous y trouvons mentionnés les châteaux et châtellenies de Turenne, de Saint-Céré, de Ser-
(1) Chef-lieu de commune du canton sud de Tulle, chàtellenie hommagée à la vicomte de Turenne en 1163.
Voy. le Relevé des terres et fiefs les plus distingués qui relèvent de la vicomte de Turenne. (Bulletin de la Société scientifique de Brioe, t. 2^ pp. 411 et s.).
(2) Commune de Goulles, canton de Mercœur (Corrèze) ; chàtellenie hommagée en 1272 (ubi supra,.
(3) Commune et canton de Bretenoux (Lot), ancienne chàtellenie importante, hommagée on 1184, 1221 et 1236 {ubi supra).
vières (1), de Soursac (2) et de Saint- Merd (3), de Gagnac, de Bétaille, de Montvalent et de Malemort (4) en partie, les localités de La Bastide (5), d'Aynac (6), de Dampniat (7) et de Chameyrat (8), les baillages de Lestrade (9), de Creysse, de Croze (10), de Cousages (11) et de Brivesac (12), enfin les villes de Brive, Beaulieu et Martel (13).
Si Ton compare cet état de la vicomte à celui qui nous est donné par la sentence de 1251, on constate quelle a reconquis Creysse et s'est avancée
(1) Chef-lieu de commune du canton de Saint-Privat (Corrèze).
(2) Chef-lieu de commune du canton de Lapleau (Corrèze).
(3) Chef-lieu de commune du canton de Lapleau (Corrèze).
(4) Chef-lieu de commune du canton de Brive.
(5) Très probablement La Bastide d'Engraulier (d'après M. Champeval) commune de Laval, canton de Lapleau.
(6) Chef-lieu de commune, canton de La Capellc-Marival (Lot).
(7) Chef- lieu de commune du canton de Briye.
(8) Chef-lieu de commune du canton sud de Tulle.
(9) Châtellenie de Létrange, commune de Lapleau, ou, peut-être, de Lestrade commune de Nonards, canton do Beaulieu. (Identification proposée par M. Champeval).
(10) Commune de Sarrazac, canton de Martel.
(11) Hameau de la commune de Chasteaux, canton de Larchc, siège d'une ancienne châtellenie.
(12) Chef-lieu de commune du canton de Beaulieu.
(13) Vente do la vicomte par Cécile, comtesse d'Urgel et vicomtesse de Turenne, à Guillaume Roger, du 20 avril 1350. — Elle vend : dictum cicecomitatum suum Turenœ, cum universisjuribus et pertinentiis suis, et nominatim cas tr uni et castellaniam Turenœ, et castrum et castellaniam Sancti Screni, et castrum et castellaniam Seroeriœ, et loca de Soursaco et S. Medardi, et medictatem loci de Bastida 9 et castrum et castellaniam de Gannaco, et castrum et castellaniam de Betallia y et castrum et castellaniam Montisvalentis* et loca de Ansscnaco. Item vigeriam seu ba y liant de Lestrada. Item bayliam de Croysses. Item et baylias de Crocszio, de Cosagio et de liricesio. Item loca de Dampnhaco, de Chamayraco. Item et eam partem castride Malomortc y nec non et villaru/n Brica et Belliloci et Martel li. » (Juste! . Hist. yànôal. de la Maison de Turenne, Prouves, p. 103.
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jusqu'à Aynac dans le Quercv, et qu'elle a étendu ses limites en Limousin où elle englobe une partie du territoire qui compose actuellement les cantons de Saint-Privat, de Lapleau et de Larche. Il n'est pas question de ses possessions en Périgord.
La terre de Chameyrat, située aux portes de Tulle, était-elle, dès cette époque, membre de la vicomte ? Malgré l'indication de l'acte de vente de 1350, on peut en douter. Nous trouvons, en effet, dans une donation du 10 avril 1413, consentie par la vicomtesse Antoinette au maréchal de Boucicaut, son époux, une distinction nettement établie entre la vicomte proprement dite et la terre de Chameyrat. La vicomtesse laisse h son mari le choix entre la vicomte de Turenne, d'une part, et différentes possessions en Bas-Limousin, d'autre part, notamment Chameyrat (1). Si cette localité n'était alors qu'une propriété particulière de la maréchale, elle ne devait pas tarder à être incorporée à la vicomte.
Nous ne constatons au xv e siècle qu'une seule modification : la seigneurie de Larche, qui dépendait depuis longtemps de la vicomte, en fut démem-
(1) c Et encores d'abondant ladite daine voulant sondit raary mieux récompenser, a donné, cédé, transporté audit seigneur... laquelle des terres dessus déclarées qu'il voudra eslire. c'est assavoir la comté de Beaufort en Vallée, ou la vicomte de Turenne, ou Bousols, Fay et Baignols, ou Pontgibault, Montredont, Granges, Nebousac, Saint Alary, Chameyrac, ou autres terres de Limosin, Meyrat, et Talues. » (Baluze, Hist. gânâalogique de la Maison d'Auvergne, t. II, p. 222).
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brée par la vente que le vicomte Jacques de Pons en consentit, en 1442, au duc de Penthièvre (1).
Elle avait atteint à ce moment son développement définitif. Les cahiers des Etats, les renseignements donnés par Justel, la carte qui accomgne son Histoire, nous en font connaître assez exactement Fétendue aux xvi e et xvn e siècles.
Pendant cette longue période et jusqu'à son union à la Couronne, elle se composait des paroisses suivantes :