‹ Les États de NormandieChapitre 43 sur 70 · LE SIRE DE SAINTE-BEUVE · texte numérisé non relu

LE SIRE DE SAINTE-BEUVE

[Etats de mai t355, — ?)

Engermer'^', sire de Sainte-Beuve et de Martegny'^', chevalier, nous

(') Bibl. nal., Clairamb., 89, 2908. '*> Bihl. nat., fonds franc., 25701, li.

'^i Ibid., 313,9471. W Jljjj^ 36701, 4; ibid., Clairamb.,

''> Ibid., fonds français, 96701, a, 17, 18,819.

etc. C) itiW. , Pièces origiii., Sainte-Beuve, 5.

est peu connu. Il prenait déjà part aux fjuerres de Normandie en i 3/iG '". Il nous apparaît surtout en i355. 11 est commissaire pour le subside des gens d'armes accorde en mai i355 en Normandie'-'; il est plus que probable qu'il fut, avec Martin Evrart, commissaire royal aux Etats qui en firent l'octroi. En i356, il assistait à Rouen, dans les premiers jours d'avril, au parlement tenu à Rouen par le jeune duc de Normandie, et qui se termina de si tragique façon par l'arrivée du duc de Normandie et l'exécution du comte d'Harcourt '^'. Les services du sire de Sainte-Beuve étaient hautement appréciés ; tandis qu'il était commissaire pour le subside, il recevait 5oo livres pour son état d'un seul mois (juillet i355)''*'. Il ne fut pas moins utile dans la guerre qui commença dès le milieu de i356 contre les Navarrais; le ao juin, il reçut 3o pièces d'or pour certain voyage'^'; une autre pièce de la même date nous apprend qu'il faisait ce voyage wpour pourchasser gens d'armes pour la guerre "''». Là se termine la courte apparition du sire de Sainte-Beuve dans l'histoire de Normandie au milieu du xiv" siècle.

GILES DE MAUDESTOUR.

{Etals de mai i356; Rouen.)

C'est un docteur es lois, chanoine de la cathédrale de Rouen'''. Il est déjà conseiller du roi, envoyé en Normandie pour tenir l'EcInijuier de la Saint-Michel, quand nous faisons sa connaissance en i3oo''''. Tantôt il figure au Parlement, à la (Ihamhre des enquêtes'*", tantôt il est envoyé en mission; le a 7 février i353, il est chargé, avec Philippe de Troismons et Robert (le Uoudetot, maître des arbalétriers, d'aller faire au roi de Navarre la remise du comté de Beaumont-le-Roger, des chàtellenies de Conches et de Bretouil, des vicomtes de Pont-Audemcr, de Valognes et de Carcntan, et du Clos du Cotentin ""' ; il fait encore, en i355, plusieurs voyages pour le prçfit du pays "". L'année suivante, il commença à s'occuper

''' fir6/. nat. , Clairamb. , i3, 819. '" Bibl.nat., Viècesorif^in., Sainte-Beuve, !i.

l" Ibid. , fonds frano., 3.Ï701, 2, à, 17, '" Ibiii. , Clairamb., 9i3, gIgS.

clc. '*' Ihid., Pièces origin., Muudcstour, a.

''1 Cliron. des premiers Valois, liZ. ('' Bibl. de l'Kcole des Charles, iS8S, i8(S.

'*' Bibl. nal., fonds franr., 26000, lli"]. ""' Ibid,, aoi.

''' Ibid., Pièces origin., Sainte-Beuve, 5. "" Bibl. nal.. Pièces origin. , 3.

activement d'administration financière; le aS mai i356, il est présent îi Rouen et porte le titre de « gouverneur général du subside nouvellement octroyé pour les guerres du royaume de France'^'»; il administre à la fois le subside voté par les Etats généraux réunis le i" mars à Paris , et celui qu'ont octroyé les Etats de Normandie au mois de mai '-'. Au lo décembre, il donne quittance de 5oo livres pour ses gages'''. L'année iSS^j le vit encore occupé au fait des aides, en compagnie de Robert d'Estouteville et de Jacques du Chastel; en récompense, il touche 3oo livres le 96 juillet 1357 et 60 livres le 96 janvier i358'*'. C'est en i358 qu'il figure comme commissaire aux assemblées tenues en Normandie, au mois de septembre ou d'octobre. Quelques années plus tard, en 1 364, il est « élu député » au diocèse de Rouen pour la rançon du roi '^' ; en 1 3 6 5 , il est qualifié à la fois de r commis et depputé pour faire cueillir et lever les arreraigos dus . . . pour la rédemption du roy >; et « d'esleu et depputé le roy es cité et diocèse de Rouen des aides ordennés pour la provision et deffense du royaume''''». Il s'en va avec le receveur général trouver un Anglais, prisonnier ou traître, et l'interroger sur les projets des ennemis, «lequel Englois devoit ensegnier par ou les ennemis avoient ordenné et pensoient à prendre lu ville de Honnefleu" (19 mai i365). C'est la dernière fois que nous entendons parier de lui.

Thomasse de Maudestour, mariéeà Robert Deschamps, maire de Rouen au moment de la suppression de la commune, en i38/i, était sans doute sa sœur. Par suite, le célèbre docteur Giles Deschamps était le neveu du chanoine Giles ''''.

PHILIPPE DE TROISMONS.

{Etats de mai i356, Rouen.)

Ce chevalier fut certainement un des agents les plus fidèles et les plus dévoués du régent et du gouvernement royal pendant les années les plus tristes du xiv" siècle, de 1 3oo à i3G-'i. Il a rendu à la Normandie d'inestimables services.

") Bibl. nat., Claiiamb., 21 3, giSS. "' Actes, elc, 33.

■ <" Ibid., fonds franc., 26002, 7/10. '*' Bibl. nat., Pièces^ ovigm.., Maudestour, 6

W Ibid., Pièces orii^i. , Ma«rfcs(o«r, '1. 017.

'*' Ibid., fonds franc., sfiooa, 7'io; t"* S. Luce, La France pendant la j^uare

Pièces origia. , Maudestour, 5. de Cent ans, I, thS.

APPENDICE IV. -27y

C'est au Parlement qu'il se forma; il y siégeait en iSôa [ah juin) aux gages de 10 sols par jour"'. C'est au Parlement que le duc d'Orléans vint le chercher au mois d'octobre de la même année pour tenir ses grands jours à Beaumont-le-Rogcr; il y resta dix jours'-'. Troismons retourna à Bcaumont l'année suivante pour une tout autre cause : il y fut délégué pour la remise au roi de Navarre du comté de Beaumont-le-Roger, des chàtellenies de Couches et de Breteuil, des vicomtes de Pont-Audemer, de Valognes et de Carentan, et du Clos du Cotentin'^'. Une nouvelle mission que nous ne pouvons définir l'appela encore à Piouen pendant trente-six jours, en avril et mai i,"556 '^'. Les années i356 à 1860 devaient être les plus laborieuses de son existence. Dès le mois de janvier 1 3 5 6 , il est occupé au subside levé en Normandie'^'; il s'agit de celui que venaient de voter les Etats généraux tenus à Paris au mois de décembre; il y besogna, sans doute sans grand succès, pendant cent soixante-sept jours, du i5 janvier au 3o juin, et reçut 60 sous tournois de gages par jour''". 11 resta encore en Normandie comme commissaire général du subside accordé par les Etats de Normandie au mois de mai, et il semble avoir été tout particulièrement ciiargé des bailliages de Cacn et du Cotenliii '"'. L'année iSSy fut pour Troismons singulièrement agitée : au mois de mai iSGy, il était envoyé «es parties de Langue d'oc pour certaines grosses besognes jj avec I 00 sols tournois par jour'"'. Au mois de décembre, nous apprenons qu'il est chargé de faire un k voyage aux royaumes d'Espaigne, de Castille et de Portugal, où il doit aller sur ordre du roy avec messire Olon I)(iren (10 décembre); il reçoit, à cet effet, yao livres tournois'''. II est probable qu'il ne poussa pas jusqu'au Portugal; peut-être même ne put-il partir; car, le 3 3 janvier 1 358, il est envoyé avec le maréchal de Champagne «es parties de Normandie pour certaines grosses besognes devant le roy de Navarre»'"". Dans l'intervalle de ces missions, il avait siégé au conseil du dauphin en mars, avril, mai, juin, août et décembre iSS^; il y était encore en février, mars et septembre t358"". De plus, comme le régent

CI Aubert, II, 839. '"' DM. «al., fonds franc., aa4C8, ii3;

'" BiW. na(., Pièces ori[pn., Troi»moiis , .">. 23781, 99; Pièces origin., Troismon», 3, 4.

'■^' liibl. de l'Iicole des Cliur(es, i8>^8, ^01. "' Ibid., Pièces origin., Tioismon», 8.

'" Bi6/. iia(., Pièces origin., TroUmona, 6. '•! Ibid., g.

('' Ibid., fonds franc., aCiooo, 331. '"'' Ibid., fonds franc., 35701, laâ.

'"' Ibid., Pièces origin., Troismons, 9. '"' \. Valois, 63.

venait de promcltre aux Etats de Compiègne de procéder à une réforme générale, il fut désigné le 5 mai comme k commissaire député sur le fait de la reformacion des offices royaulx du royaume de France »'''. De lourdes tâches l'attendaient de nouveau en Normandie : le 16 septembre i358, il fut chargé par le régent d'aller avec Giles de Maudestour demander aux Etats de Normandie un subside semblable à celui que la ville de Paris venait d'accorder'-'. li semble que les deux commissaires, auxquels se joignirent le trésorier Jean d'Orbec et le lieutenant du duc Le Baudrain de la Heuse, se soient partagé la Normandie. Troismons dut aller au mois d'octobre à Caen et y traiter pour toute la Basse-Normandie. Le subside lui fut accordé à peu près tel qu'il l'avait demandé '^'. Mais des événements douloureux en rendirent la perception dilficile et retinrent longtemps à Caen le commissaire du roi. La ville était entourée d'ennemis, menacée de toutes parts. Le lieutenant du duc Louis d'Harcourt était absent '*'. Troismons eut à organiser la défense avec le bailli de Caen, Robert de Wargnies, et les capitaines Henri de Thieuville et Guillaume du Merle. Il prit part à l'établissement des aides extraordinaires que la ville s'imposa, institua le receveur, reçut les montres, ordonna les dépenses à faire pour les travaux de fortification, mettant à la disposition des bourgeois son expérience des affaires financières '^'. Louis d'Harcourt lui délégua même tous ses pouvoirs, étant toujours empêché de venir, le Ix juillet iSBg*". Gela dura jusqu'au mois de novembre i36o. Le résultat fut entièrement heureux : Caen fut dégagé et les ennemis durent abandonner la plupart des lieux forts des environs. Troismons. avant de se retirer, eut à organiser l'établissement de l'aide pour la rançon du roi Jean. Il reçut pendant tout ce séjour à Caen, d'abord par ordre du régent, puis par ordre du roi, un mouton d'or de gages par jour''".

Les affaires de Normandie ne durent cesser d'occuper Troismons pendant les années qui suivirent : le 98 octobre i363 , nous apprenons qu'il est récemment venu de Paris à Rouen «devers le duc» et qu'il a reçu à cette occasion :2oo francs d'or"'. Sa compétence financière fut encore

1') BM. mit., fonds fianç., 25701, i38. aaùGg, 87; 36002, 848; Pièces origin.,

(-1 Ibid., 26705, 45. " Harcourt, 6, 7, etc.

<'' Ibid., 2600a, 800. (') Bibl. nat., fonds franc., 32469, 87.

'*' Ibid., 23469,87. ("1 /6id., Pièces origin., rroisHioiis, 17, 18.

(" Ibid., 32468, i3, i5, 129, i3i, i4i; <«) Ibid., i3.

mise à l'épreuve après les Etats tenus par le roi Jean à Amiens, au mois de décembre i35(), pour l'établissement du subside qui y fut ordonné, (iharies V lui doniui en récompense loo francs d'or le i" juillet i364 "'. Troismons est intitulé chevalier, maître des reipiêtes de l'Hôtel. Son habileté dipiomatli|ue fut r'{jalcment utilisée par le nouveau roi : en juillet i.'5r>/j, il alla en mission en Bretagne avec Pierre d'Omont, auprès du duc de Bretaj[ne et du comte de Montfort, «pour certaines besoignes qui forment touchant nous et nostre royaume". Charles V lui fit donner i5o fr. d'or à cet effet et recommanda au trésorier Aimard Bourgoise de les payer le plus tôt possible'-'. Il est encore envoyé en Picardie dans les premiers mois de 1 365 , en compagnie du secrétaire du roi, Jean de la Roche, (pi'il avait certainement connu en Normandie comme curé de Vinemerville, attaché à l'administration des aides *^'. Aux mois de mars et d'avril i365, il était présent aux requêtes de l'Hôtel. Puis le silence se fait sur son compte. Il est vraisemblable qu'il mourut vers cette époque, car le roi (Charles V n'eût manqué de l'utiliser en maintes circonstances délicates, s'il eût vécu.

VINCENT DU VALRICHER.

( Etats de tnai i35G, Rouen.)

Les Valricher étaient une riche et ancienne famille normande. Un Geoffroi du \'alriclier avait été maire de Rouen dès Noël laSS**'. Un d'entre eux avait vendu à la ville les trois moulins de Martainville, de la Bretè(]ue etde Déville; ses descendants avaient le privilège de franche mouturc'^'. Au xiv" siècle, ils étaient établis à la fois à Rouen et à Paris. On trouve précisément, aux mêmes années 1 355-1 358, deux Vincent du Valricher, l'un bourgeois de Paris, l'autre bourgeois de Rouen; il importe de ne point les confondre. Vincent du Valricher de Paris est qualifié en i 355 de R gouverneur gênerai des subsides octroyés au roi notre sire à la Saint- André l'an Lv"^''). Nous le retrouvons au i 3 avril suivant (i 350) rresleu de par les trois estaz pour le fait des subsides nouvellement oltroyé en toz et

(" Actes, clc, lia. <» Ciidruel, Uni. de Rouen. I, 363.

Cl lb,d.. 55, 58. W Ibid., Il, aâg.

'' Ibid., a-i-j. ("' Bibl.nal., Pièces origin., Valricher, a.

chascun bailliage et pais de la duclié do Normandie n'"; chose curieuse, il est élu en compagnie de Vincent du Valricher, bourgeois de Rouen. C'est le bourgeois de Paris qui fut compromis dans le parti de Marcel; il fut un des conseillers que les Etats généraux imposèrent au dauphin dans la séance du 10 mars l'So-j^-K Au mois d'août i358, il paya fort cher l'amitié du prévôt de Paris : il fut banni et ses biens, confisqués, furent donnés à Jean Le Flamant'^'. Un an après, à propos de la paix faite avec le roi de Navarre, Jean des Mares demandait encore en Parlement que l'accord nouvellement conclu ne laissât pas rentrer dans la ville un certain nombre de traîtres, au nombre desquels était cité Vincent du Valricher'''.

Vincent du Valricher de Rouen eut une existence moins tourmentée. Il fut maire de Rouen à Noël 1 34y '^"'^'. Nous le voyons comparaître à l'Echiquier de Pâques i SSa , au nom des enfants de Jean du Valricher, dans un procès contre le chapitre'"'. En avril i356, il était «esleu de par les troiz estaz pour le fait du subside en la duché de Normandie», avec Vincent du Valricher de Paris, Philippe de Troismons et Giles de Maudestour '*'. C'est alors et avec eux qu'il dut paraître aux Etats de Rouen du mois de mai, comme commissaire du duc de Normandie. Puis des années se passent. En 1872, un des deux Vincent du Valricher, sans doute le Rouennais, est qualifié de maître des requêtes de l'Hôtel. Il s'est plaint au roi : un valet de chambre du roi, Benedicite, a ntenu» à Rouen un de ses bateaux, une r. seule» depuis le 4 mars 1070, «et enicelle a mis plusieurs glaives et armeures pour le fait de la mer, dont icelli Benedicite n'a fait aucune satisfaction audit suppliant pour ledit temps». Si Valricher l'avait louée, «il l'eust volontiers louée deux frans d'or chascun mois». Le roi, touché de cette réclamation, fait donner à Benedicite de quoi contenter le propriétaire de la seule"". Au mois de juin de la même année, Vincent est

à Rouen «commis à faire les empruns en la dicte ville et diocèse

pour le fait de l'armée de la mer et des guerres ""' ». C'est encore comme armateur que nous le voyons apparaître pour la dernière fois; le 1 3 avril i385, Jacc[ues du Valricher reçoit au nom de son père Vincent du Val-

"' Bibl. nat., fonds franc., 26000, 3ai. '"' Chéruel, Hist. de Rouen, I, 872.

W N. Valois, i8. (') Ibid., II, 288.

<'' Perrons, Etienne Marcel, 3o5, 335; W Bibl. nat. , fonds franc., 2C000, 3ai;

N. Valois, es. Clairamb., 3i3, giSS, giSS.

'*) Grandes Chron., VI, i6j. W Actes, etc., 865.

<" Delisle,/lctes«orm»Hrfs,3G9. uoj ;6i<i., 898, jgô;.

richcr, bourgeois de Rouen, de la main de Hervieu de Néau ville, maître des {jarnisons de cette présente armée de la mer, 3o sols tournois pour louage d'une seule en laquelle «ont esté enfonssez partie des bescuis qui de nouvel ont esté faiz eu ladicte ville de Rouen»'".

Page 1