GUY CHRÉTIEN
{Assemblée de septembre i38G, Rouen.)
Guy Chrétien nous apparaît à un moment où sa carrière administrative est déjà commencée; c'est en 1869; il est bailli de Pontorson pom* le compte de Philippe, duc d'Orléans, mais peut-être désigné pour ce poste par le roi lui-même "'. Il était seigneur de Sommcrvieu, fils de Jean Chrétien, chevalier, seigneur de Basenville, et de Jeanne, bâtarde d'Harcourt '^'. En 1872, il est passé au service immédiat du roi, en qualité de bailli du Cotentin ; il avait 60 livres tournois de gages par an '^'. Le Cotentin était alors très troublé. Les Anglais, installés à Saint-Sauveur depuis le traité de Brétigny, avaient rendu la vie fort précaire ; ils parcouraient en tous sens le pays jusqu'au Mont-Saint-Michel et à Bayeux. G. Chrétien fut activement mêlé aux efforts qui furent faits pour reprendre Saint-Sauveur. A la première heure, le i3 juillet 1 3^2, il fut envoyé vers le roi, par les gens du pays, avec son collègue de Caen et l'évêque de Bayeux, afin d'obtenir des troupes et de l'argent; il resta occupé cinquante jours à ces délicats pourparlers; il eut à négocier avec Ferrando d'Ayens la participation du roi de Navarre aux frais du siège. Cela dura jusqu'en septembre ; une indemnité de 1 lio francs récompensa ces premiers services'*'. Nous ne savons pas exactement quelle fut la part de G. Chrétien dans les opérations du siège, surtout en iS-]li et 1370. On le voit seulement mêlé aux Etats de Bayeux du k juin 1875, qui réglèrent la levée de la rançon exigée par les Anglais de Saint-Sauveur'^'. Il ne dut pas ménager sa peine, car il perdit plusieurs chevaux dans ses allées et venues, et reçut d'importantes récompenses pour son concours, 3oo livres tournois le 7 septembre 1875'^' et 5oo livres tournois le 21 fémer 1877 '"'.
A cette date, il n'était plus bailli du Cotentin; le 3 octobre 1875, le roi l'avait ordonné bailli de Rouen et de Gisors , le plus gros bailliage de Normandie ; on peut dire, en langage moderne, que c'était un bel avancement'*'. De nombreux textes nous le montrent dans l'exercice de ses fonc-
"' B16/. na(.. Pièces origin., CW<iVn, 22. ''' Delisle, Histoire de Saint-Sauveur, II,
('> La Ronue, Hist. généalogique de la Mai- aSo.
«on d'Harcourt, II, loGo. W Biil. nat., Pièces origin.. Chrétien, 5.
(" Bibl. nat , Tièces origin.. Chrétien, s. '^1 Actes, etc., i338.
W l)Ah\e, Hisl. de Saint-Sauveur, \l, noS. '•"'> Ibid., 1170,71.
lions; il s'occupe des métiers de l'ouen et notifie, dans la salle de la Cohue, les ordonnances royales aux cardeurs de laine et aux marchands, ouvriers et maîtres drapiers (30 mai iS^y, décembre iS'yH)'"; il (ait démolir, à l'été i 3-8 , les fortifications de Pacy, Anet, Nonancourt, Orbec, Breteuil et Pont-Audemcr '-'. Il est châtelain et capitaine de la tour et forteresse de Bernay à /loo francs de gages par an, avec 3 hommes d'armes et a arbalétriers (-jy mai iSyS)'-*'. Il est «commissaire du Ilov sur le fait du siège de Chiercbourc'''», et, à la fin de 13^8, les préparatifs de ce siège semblant l'absorber tout entier, il doit faire conduire du Clos des galées de Rouen à Carentan tous les engins nécessaires à l'attaque de la place et lever dans son bailliage les frais d(! transport '•''; il tient, le 37 octobre, une réunion de vicomtes et d'ofliciers de finances pour activer les armements''*'. Le siège de (Cherbourg échoua misérablement. Le roi n'en fut pas moins reconnaissant au bailli; il donna à la nièce du bailli, Richette Chrétien, /ioo francs pour son mariage avec Richard d'Hérouville, le 1/1 septembre i3y(). D'autre part, un parent de C. Chrétien, Gervais Chrétien, était piiysicien de Charles V '"'.
Tandis qu'il montrait une infatigable activité en Normandie, le bailli de Rouen recevait de nouveaux honneurs. A l'été 1 3y 8 , le roi l'avait fait maître des Comptes, avec /loo livres de gages, et, par une dérogation flatteuse aux usages, avait décidé qu'il serait maintenu dans son olFice de bailli '**'. Ainsi s'explique la présence de son lieutenant dans plusieurs circonstances graves. Ce lieutenant, naïf et maladroit, slmplex, fit, en 1378 même, renaître le conflit ancien entre la municipalité et l'abbaye de Saint-Ouen, [)our avoir remis trop vite un prisonnier à la justice des moines''-''. C'est le lieutenant et non le bailli qui est commissaire chargé, en février i38i, de faire les convocations aux Etals normands de Louviers""'; peut-êlrc est-ce encore le même lieutenant qui laissa éclater les deux séditions qui agitèrent Rouen en i38a. G. Chrétien reparaît lors de la répression. C'est lui notamment ([ui (il rétablir en i383, à Biliorol,
'" CliiTticl, llialoire lU Rouen, II, 3gf, '•' BiW. nat. , fonds franc. , aGoiâ, 339g.
3g3. C) Acte», elc, i864.
'=> Bibl. nat., fonds franc., atiniG, a5/l8. W liibl. de l'Kcote des Charte», 1888, 377.
W Actes, aie, 1755. ''> Cliéruel, tlist. de Rouen, II, 4i5.
'" W/;/. Ha(. , fonds franc., aGiM 5, aagg. ''"' Douêl d'Arcq, Pièces du règne Je Char-
'" .Ie(e»,elc., 173G. les VI,l,io.
les fourches patibulaires de la haute justice de Saint-Ouen '" ; ce fut lui qui dirigea l'assiette des G 0,000 livres tournois d'amende imposées sur les habitants '-'.
A partir de i383. Chrétien semble avoir abandonné ses fonctions de bailli, sinon le titre. Le 3 juin i383, il est dit tout à la fois conseiller et maître des requêtes de l'Hôtel du roi, et commissaire sur le fait de l'information et Visitation du domaine en Normandie '''. Il fut chargé, avant le
mois de mars i386, «d'un voyage à Rouen, pour inventorier les
Chartres, privilieges, comptes, procès, registres, pappiers et escrips qui estoient aux maire, pers, et bourgois de la dicte ville de Rouen, quant corps et commune y avoit, lesquieuk estoient et encore sont en nostre main'^'n. Pendant les années i383 à i386, il collabora, à plusieurs reprises, aux grands armements maritimes; il semble alors, avec Etienne du Moustier, le plus fidèle et le plus actif auxiliaire de Jean Le Mercier. Au mois de juin i383, il faisait acheter par le vicomte d'Auge de la poudre et des canons '^' , qu'une flotte devait transporter en Flandre. En juin et juillet i385, il accompagne Jean Le Mercier dans la province de Rouen et ailleurs, pour traiter des finances de l'armée navale qui doit partir le 1" août pour l'Angleterre '*''. L'expédition fut remise à l'année suivante. G. Chrétien, le 3o avril i386, fut désigné, toujours avec Jean Le Mercier, comme commissaire pour lever l'aide nécessaire à la flotte '". De délai en délai, on attendit, pour partir, jusqu'au mois de septembre. Il fallait payer les hommes d'armes pendant tout le temps ; la Normandie avait envoyé un corps de 200 arbalétriers à pied avec 8 connétables. Chrétien, r commissaire en Normandie sur le fait de l'armée et passage de la mer, reçut l'ordre d'imposer sur les vicomtes de Normandie un supplément d'aides pour ce supplément de gages '*' v. C'est à cette occasion qu'il réunit une assemblée à Rouen, vers le iG septembre i38G. Il continua à s'occuper les années suivantes des finances royales ; le 21 janvier i38(j, il était à Rouen avec l'évêque de Bayeux, Jean Le Mercier et le chancelier, et recevait du conseil de la ville un cadeau de 1,000 harengs ; quelques jours après (128 février), le roi le faisait général conseiller des aides,
'" Chéruel, op. cil. , 11, 46 1. (^' Moranvillé, gS.
'" Moramillé, 91. W Ibid., 99.
(■') Bibl. nat., Pièces origin., Chrcùcn, 7. <'' Ibid., 100.
<') lbii.,çj. '*' Bibl. nat. , Pièces oiigin. , Chrétien, 10.
chargé spécialement de la dislribulioii des finances '". La carrière du nouveau général conseiller faillit être brusquement interrompue en i 3ç)3 , lors de la chute des conseillers appelés Marmousets et du rétahlisscment de la tutelle des oncles du roi. Il partagea le sort de Jean Le Mercier, au mois de septembre 1892 : «Et sire Jean Le Mercier et Mgr Guy Chrestien furent mis en garde comme en prison à la bastide Saint-Anthoine où il furent estroitenient gardés '-'. n Comme Jean Le Mercier encore , il fut relâché assez peu de temps après ( a 8 mars 1 3 9 /» ) : «^ Après furent délivrez par leurs bonnes excusasions, qui monstroient par lettres qu'i n'a voient rien fait fors par le commandement du roy Charles '^'. » Cette disgrâce ne fut pas longue; en 1398, Chrétien est commissaire pour les Etats de Basse- Normandie qui doivent régler la rançon de Cherbourg'^'; il suivit toute cette délicate opération, puiscju'il est encore intitulé, en juin 1 io/i, «commis à prendre possession de Cherbourg pour le roi '^' tj. En 1897, 1899, liioi, 1^07, 1/108, Chrétien est qualifié de trésorier de France, maître des Comptes ultra 7mmerum et siège à l'Echiquier de Rouen '^': il est, en 1898, l'objet do générosités royales'"'. Enfin il est conseiller au Grand Conseil If aS septembre iliofi '*'. Quelques mois auparavant, il avait acquis le fief du Bocquet , dans la vicomte de Beaumont-le-Roger '"'. Nous ignorons la date de sa mort; il vivait encore très âgé en i4t4. Nous savons seulement qu'il était veuf, depuis le 5 octobre 1895, de noble dame Marie de Clercs. L'épitaphe de Marie de Clercs se vovait encore au xvu" siècle à l'église des Cordelicrs de Rouen; on y lisait ces vers :
Cy devant {jil Marie de Clerc, Dame de renoiiunee claire, Feniine jadis bonne et stable.
Dame disrretle et honorable , D'un nommd M. Guy Clii-dticn, Pour sa valeur et pour son bien Conseiller du Roy noslre sire.
C Moranvillé, isi. ("> Bi6?. na(., Pièces origin., Chrétien, ii,
W Ckron. den premiet-s Valois, '3a6. i3, i/i,i5,a'i.
"' Chron. de Piètre Corhon, i()i. ") Bibl. de l'Ecole dcx Chartes, 1888,
'*' D. Le Noir, ta. Vonnamfit'jpflys (i'£(a(s, .'111.
n" 17. <"' liibl. nal., Pièces origin.. Chrétien, aS.
W liél. nat., Ciairamb., 37, a8oi. '" Ibid., 17, 18.
A la fin la religion Des Cordeliers elle vint prendre Pour soy en humilité rendre.
Dieu loua de corps et de lèvre.
En la rue Renault Le Fèvre, A Paris sans aucun opprobre, Droit le cinrjuiesrae jour d'octobre.
L'an mil trois cents quatre vingts Et quinze fut son corps soumis '*'.