‹ Les États de NormandieChapitre 58 sur 70 · ETIENNE DE LA GRANGE · texte numérisé non relu

ETIENNE DE LA GRANGE

{Etats du 10 décembre i38o , Rouen.)

Cet Etienne de la Grange était un parlementaire. Frère de Jean de la Grange, abbé de Fécamp, fameux sous le nom de cardinal d'Amiens, Etienne figure à la cour de souveraine justice dès i368; on le trouve comme conseiller à la Chambre des enquêtes en 1869 ; en 1872, il est élu président; il était chevalier"'. On le voit assister au grand conseil royal tenu par Charles V en octobre iSyà pour régler la régence des rois de France*-'. A plusieurs reprises, en 1876, puis 1879 et i386,il alla présider l'Échiquier de Rouen '^'. Il ne cessait cependant de prendre part aux grands procès du Parlement, comme celui de Jacquet de Rue, le Navarrais, en 1878'*'. A l'Echiquier de Rouen de 1079, nous savons que les chanoines de la cathédrale lui intimèrent le privilège de Saint-Romain, connu sous le nom de levée de lu Jiertc; le jour des Rogations, il entendit un long sermon de l'augustin Jean Romain en faveur du Pape d'Avignon'^'. Sa récente présidence de l'Échiquier de Normandie le désigna tout naturellement pour procéder, de conserve avec le maître des Comptes Jean Pastourel, à la générale réformation de la province; leurs travaux commencèrent le 5 janvier i38o"^'. Tout en réformant les abus, ils curent de

(') Auberl, I, gi-gS; II, 334. (» Grandes Chron., VI, iao.

'=) N. Valois, 76. W P. Cochon. i33.

W Bibl. nat., Pièces origiii., La Grange, '*' Rihl. nul.. Pièces origiii., La Grange,

4, 5 , 1 1 , 1 0 , 1 .5 ; P. Cochon , 1 33. 1 3.

{jravcs préoccupations, comme en témoijjnenl certaines lettres closes que Pastourcl envoya de nuit le 1 8 juillet à son collègue qui se trouvait alors à Gisors'". Etaicnt-ce quelques mauvaises nouvelles des Anglais, toujours menaçants au nord, quelque crise plus violente qui mettait en péril la vie du roi? Ou n'était-ce pas plutôt l'annonce de la mort prochaine du connétable du Guesclin, qui, malade à en mourir, avait fait son testament dès le 9 juillet? L'inquiétude des réformateurs demeure mystérieuse. Etienne de la Grange dut revenir à Paris pour la mort du roi : Charles V l'avait désigné parmi ceux qu'il avait chargés d'exécuter ses dernières volontés '-'. Sous le nouveau règne, ce fut son récent séjour en Normandie qui le fil choisir comme commissaire royal aux Etats de décembre i38o convoqués à Rouen; il y soutint énergiquement les requêtes du gouvernement royal'''. Etienne de la Grange continua d'être en faveur sous Charles VI'*'; il est vrai qu'il n'hésita pas, en i385, à faire un prêt considérable au roi pour la deuxième armée de la mer'^'. Il en était récompensé, en i388, par un don de /i,ooo livres tournois. Il mourut le i6 novembre iSSB'*'.

JEA.X PASTOUREL.

(Etats du 10 décembre i38o, Rouen.)

M. Delachenal, dans son Histoire des avocats au Parlement de Paris, a consacré une intéressante étude à Jean Pastourel. avocat au Parlement, avocat du roi, maître et président des Comptes, etc.''". Il est superflu de revenir sur les détails qu'il nous donne; il suibra de compléter ces renseignements.

Comme capitaine du château de Montjoie-Saint-Denis, Pastourcl avait sous ses ordres une compagnie de 6 honuncs d'armes et (> arbalétriers '*', à partir du 3i janvier i358 "'. Au Parlement, il fut mêli' à plusieurs incidents d'une grande vivacité. Vers i358, au temps d'Etienne Marcel, il ])lai(lait pour le notaire Jean de Besançon conln; Jean Pisdoë ; Thomas

''' Bihl. nnl., fonds franc. , 2()0)7, 7. ''• Aubert, I, gi-g.S.

"1 Acte», etc., igTiC. <'' Delarhonal, Hist. des avocats au Parlc-

'" Chron. des premiers Valois, 'ir).'}. ment àe Paris, .371-874.

"' Douët d'Arcq, I, 70; AiiborI, II, 19.5. <"' Bibl. nat.. Pièces orijjin., Pastourel, i.

'" Bibl. tiat., Videos orif^., La Grange, l'j. ''"' tbid.. ti.

Lus Ktms de NonMANDiE. a 1

Pisdoë proféra contre lui de violentes menaces en pleine séance 1". D'autre part, Pastourel lui-même fut condamné à une amende, le 1 7 février 1 3G5 , « pour avoir mal parlé ij d'un rapport de l'huissier Jean de Vignes '"-'. Il prit part, en 1878, au grand procès du Navarrais Jacquet de Rue'''. Détail curieux, il était au Parlement, ainsi que plusieurs de ses confrères, « conseiller député des marchands forains de poisson de mer à Paris '*' ». La notice de M. Delachenal est fort hrève sur les missions politiques dont fut chargé Pastourel : il fut envoyé, le 1" août i358, par Jean Maillart à Meaux vers le dauphin pour le rappeler dans sa bonne ville de Paris, et le lendemain il faisait partie du cortège acclamé par les Parisiens'^\ Au mois de juillet iSyg, il était en Poitou, avec le duc de Berry, pour certaines besognes secrètes''''; on sait, d'autre part, qu'il s'agissait de demander de l'argent à une assemblée convoquée à Niort au mois d'août '^'. A peine revenu , il repartit pour la Normandie ; il y était aux premiers jours de i38o, occupé à une générale réformation avec Etienne de la Grange ; ils commencèrent le 5 janvier '*' et poursuivirent leur enquête pendant tout l'été, non sans être fort inquiets des événements qui se passaient alors dans le royaume, comme la maladie du roi, la mort de du Guesclin, les nouveaux ravages des Anglais. C'est pour une de ces causes que, le 18 juillet, Pastourel envoyait un exprès de nuit à Gisors porter d'urgentes et secrètes nouvelles '°'. Si la mort de Charles V interrompit la réformation , Pastourel revint en Normandie dès le mois de décembre, comme commissaire royal aux Etats tenus à Rouen ''^'. Ce ne devait pas être sa dernière mission en Normandie, bien qu'il fût déjà très âgé ; la dernière fut la plus importante. Il reparut à Rouen au début de i383, avec Jean de Noviant et l'amiral Jean de Vienne, pour supprimer la commune et châtier les Rouennais coupables de s'être révoltés deux fois de suite. Pastourel avait été choisi pour la connaissance des affaires normandes que lui avait donnée la réformalion de j38o. Le Religieux de Saint-Denis a gardé le souvenir d'un discours fort sévère adressé par Pas-

ci Bibl. de l'Ecole des Charte», 5' série,!, ''' /4rtes,etc., 1977.

n° 9. <'' Moranvillé, Jean Le Mercier, 75.

'" Aiibert, II, XXI. '"' Bibl. uat., Pièces origin., La Grange,

''> Grandes Chron., VI, 4ao. i3.

(*' Aubert, aaS. '') /tid., fonds fianç., 26017, 7.

(s) Perrens, £(ie«He Maice/, 3o5, 307. <"" Chron. des pi-emiers Valois , ^Ç)îi.

Al'PENniCE IV. 3-23

lourel aux bourgi-ois pour leur éruimûrer leurs forfaits "•. Los commissaires royaux se montrèrent d'une grande rigueur et d'une exigence extrême; ils firent de nombreuses exécutions, confisquèrent les biens, imposèrent de lourdes contributions, si bien que le roi, à plusieurs reprises, intervint pour tempérer tant de zèle ; les eût-on écoutés , Rouen était ruiné '-'. Pastourel reçut pendant cette rude réformation 6 francs de gages par jour, outre les gages que lui valaient ses autres offices'^'. Le 3i mai i383, il se fit faire un prêt de a^o livres sur ses gages de commissaire royal ; le U août 1 383 , il recevait encore, sur l'ordre de Jean Le Mercier, i ao francs sur les amendes de la ville de Rouen'''. Jusqu'en iSya, il resta mêlé aux affaires les plus considérables du royaume; il assistait fort souvent au Conseil royal; on l'y trouve de i38o à i388'^'. En iSy/i, du reste, Charles V l'avait désigné pour faire partie du conseil do régence''^'. II était déjà retiré du monde à l'abbaye de Saint-Victor, quand il dut prendre part pour 2o5 livres à un prêt de 3,goi livres demandé par le roi aux gens des Comptes '^l M. Delacbenal a raconté comment Pastourel termina sa vie dans une retraite toute monastique. On sait encore qu'avant cette retraite, il habitait, dans la grande rue Saint- Antoine, une maison attenant à la maison dite de la Crosse, laquelle appartenait à l'abbaye de Notre-Dame-la-Royale , près de Pontoise. wLe mur mitoyen qui séparait les deux maisons était en ruine, et Pastourel demanda au prévôt de Paris d'envoyer des maçons et des charpentiers visiter la maison de la Crosse. Ceux-ci firent un rapport. Les propriétaires de la Crosse s'opposèrent aux travaux ; il y eut procès. Pastourel se plaignait aussi dos vues et des fenêtres qui, malgré la coutume et l'usage, étaient ouvertes sur sa maison. Dans la rue de la Porte-Baudet, il possédait une autre maison. » II avait, de plus, un fief aux Tournelles et des terres à Tremblay, qu'il donna à l'abbaye de Saint-Denis. « Aussi, le 8 juin i4o3, l'abbé Philippe de Villelte décida qu'à l'avenir un service serait célébré pour lui tous les ans, le 1 7 novembre, à l'abbaye *^'. «

'" HeUgicux (le Siiiid-Dcms , 1, aàfi-aôa. >*' Douv't d'Arcq, Pièces du règne de Cliar-

'-■' CIk'muoI, IlisUiiiv de Rniicii , 11, 'i5i- les VI, I, 70; N. Valois, 91.

/lO/i. («) N. Valois, 76.

'' Bii/. lin/. , Pi.'cos oriijin. , l'dsloiirel . 6. '■' fii6/. de /'t'co/e (/m C/inr(e», 1888, Sgt.

''' Moraiiïillé, .'i.'i'j. !*' Aubcrt, aSo, n. a.

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