‹ Les états intellectuels dans la mélancolie (volume 3)Chapitre 5 sur 28 · DIMAS · texte numérisé non relu

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Telle est la succession des idées et des émotions dans le délire conscient de Louise, tel qu'elle peut le décrire aujourd'hui, après avoir assisté trente fois à son évolution.

A mon avis le mécanisme est le même que dans le cas précédent, mais les lois en sont mieux marquées.

Gomme chez Emilie, le terrain est préparé; il y a une hérédité morbide incontestable et un état psychique spécial; jamais les systèmes mentaux, les associations systématiques qui constituent l'esprit normal, n'ont été bien coordonnés chez Louise, et il suffit d'une fatigue morale ou physique, pour que l'idée fixe surgisse de l'inconscient et profite de la faiblesse mentale pour s'établir. La mélancolie apparaît alors et comme elle s'explique d'elle-même, la malade ne fait plus les tentatives d'interprétation si remarquables et si fréquentes dans les mélancolies organiques; mais c'est sur un autre point (jue s'exercent la

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justification et l'activité synthétique de l'esprit.

Chez Emilie l'idée de ruine une fois établie, des pensées secondaires viennent s'y joindre, comme la crainte de la pauvreté, du mépris, mais comme l'événement est réel, il se justifie de lui-même et n'a pas besoin de longues explications; chez Louise au contraire, l'idée de damnation resterait une idée vide, si elle ne s'expliquait pas devant la conscience par des raisons plus ou moins acceptables, et c'est alors que la malade pense à ses enfants qu'elle néglige, à son travail du dimanche, à sa mère qu'elle aurait dû surveiller; le travail qui s'opérait chez Agnès sur l'état affectif s'opère ici sur l'idée fixe et l'esprit atteint dans son activité s'explique l'obsession, la synthétise avec les éléments normaux qui lui restent pendant que la mélancolie se développe logiquement et Tenvahit.

Lorsque l'invasion est complète, nous pouvons assister à de nouveaux essais d'inter-

prétalions; la malade perdant de vue la cause unique de sa tristesse, se forge des prétextes, pense, dit-elle, à tous les malheurs qu'elle a eus depuis vingt ans, aux infidélités nombreuses que son mari lui a faites.

Mais celte interprétation secondaire n'est jamais bien riche chez elle, la première occupe le premier plan du délire et c'est la seule qui laisse des souvenirs bien nets. Louise reste toujours une mélancolique par idée fixe.

Ce n'est qu'au cas où, la cause véritable de la tristesse étant oubliée, la tristesse persisterait seule, que noire mélancolie serait en tout point semblable à celle d'Agnès.

Nous pouvons donc considérer les idées et les états affectifs comme les deux causes les plus générales du délire mélancolique; encore serait-il artificiel de les opposer radicalement et de donner à notre classification une netteté qu'elle n'a pas.

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Sans doute dans les mélancolies d'origine organique, les idées surgissent à titre d'interprétations, mais elles restent longtemps dans l'esprit, elles disparaissent lentement, et Griesinger reconnaît qu'elles se fixent pour un temps ; d'autre part, dans les mélancolies d'origine intellectuelle une dépression somatique, comme un accouchement, des veilles prolongées, favorisent l'éclosion du délire et le développement de l'idée f\\e'^ dans bien des cas il serait difficile de dire quel est le fait primitif, de l'état affectif ou de l'idée; entre les faits extrêmes que j'ai analysés, d'autres faits plus confus se placent, dont le mécanisme se prêterait aux deux interprétations.

Remarquons d'ailleurs que l'hérédité, les antécédents personnels jouent dans les deux cas le même rôle; Agnès a eu vers Y âge de dix-huit ans une maladie nerveuse et compte une mélancolique parmi ses cousines; Louise

a vu périr sa mère dans un accès de mélancolie.

La seule différence qui me paraisse marquer les intellectuelles, Emilie et Louise, c'est la tendance au scrupule, l'incoordination des états psychiques, qui les prépare à subir l'influence d'une obsession morbide ou d'un événement douloureux; avec la même hérédité, la même fatalité, pourrait-on dire, la maladie se manifeste^ suivant les tempéraments, sous deux formes différentes et ne débute par l'esprit que s'il est préparé par l'hystérie ou la manie du doute à l'obsession et à Tautosuggeslion.

C'est surtout dans ces derniers cas que la conscience subsiste et que le malade analyse son délire, car ce délire est d'abord partiel, limité à une idée ou à un fait; au contraire quand la mélancolie est d'origine organique, l'esprit est envahi tout d'un coup et la conscience disparaît la plupart du temps.

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Quoi qu'il en soit, c'est à la même loi que se ramènent les divers phénomènes que nous avons étudiés; nous avons d'une part des états inexpliqués, mélancolie organique d'Agnès, obsession de Louise, de l'autre un esprit qui cherche à les comprendre. Chez Agnès le processus rationnel est postérieur à l'état affectif, chez Louise il est antérieur, mais toujours c'est une synthèse qui s'opère, une raison qui ne peut se résoudre à l'absurde, un moi central à moitié détruit par l'automatisme et qui réclame comme siens tous les actes qu'il subit.

Rien n'est plus intéressant que cette lutte de la synthèse et de l'automatisme, cet effort constant de l'esprit pour coordonner ses parties, rien ne fait mieux comprendre cette loi de systématisation et d'assimilation qui gouverne tout ce qui pense et tout ce qui vit.

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