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BEESE
COMTE BELLIARD
CHEF d'état-major DE MURAT
UNIVERSITY
Aux époques glorieuses où la victoire couronnait nos drapeaux, les états-majors eurent souvent un rôle effacé. Il ne pouvait d'ailleurs en être autrement. Napoléon et ses maréchaux attiraient seuls Tattention des foules. Seuls aussi, les chefs militaires qui portaient la responsabilité du commandement, recueillaient Thonneur des faits de guerre qu'ils avaient accomplis et des combats qu'ils avaient livrés. En tout temps et dans toutes les années, il en sera ainsi. C*est à la fois la logique des choses et la justice.
Ce fait ne diminue en rien l'importance des étatsmajors appelés à seconder les généraux et à préparer leurs éléments de succès. Ce rôle ingrat a donc besoin d*étre mieux connu.
Pour assurer la transmission des volontés de l'Empereur, Berlbier, qui en était responsable, avait sous ses
ordres des aides-majors généraux qui jouissaient de son entière confiance et que Napoléon lui-même appréciait tout particulièrement.
Le premier de ces aides-majors généraux avait d'habitude le litre de chef de C État-major général. Il était chargé des mouvements et opérations et des détails qui s'y rattachent. C était le véritable chef du service d'étatmajor. Cet emploi fut toujours attribué à des hommes de grande valeur, qui étaient souvent changés suivant les nécessités du moment et que l'on retrouvait alors, ou bien chargés par l'Empereur de missions difflciles, ou bien chefs eux-mêmes d'états-majors de grandes unités lactiques.
Tels furent les généraux Andréossy, Mathieu-Dumas» Belliard, Bailly de Monthion.
Quoique placés au second rang, ils eurent des fonctions d'une haute importance et parvinrent tous aux ran^s élevés de la hiérarchie.
Tous ont figuré dans l'épopée impériale, comme de brillantes personnalités dont l'existence et les services offrent aux générations présentes de précieuses leçons d'expérience et de nobles exemples à suivre.
Parmi eux, la figure du général Belliard se présente avec un caractère à part. Cavalier par goût, général d'avant-garde d'infanterie à l'occasion, d'un tempérament guerrier, d'une bravoure innée, d'une nature droite et loyale, il monlre en outre pour le service d'état-major des qualités qui le signalent à l'attention de ses chefs.
C'est ainsi qu'on le vit chef d'état-major d'Augereau, gagnant à Arcole, à vingt-sept ans, son grade de général de brigade ; puis, général d'avant-garde de Joubert dans le Tyrol, de Desaix et de Kléber en Egypte, chef d'étatmajor de Murât dans ses plus belles campagnes, aide-
major général de Berthier, chef de la cavalerie impériale en 1814, enfin pair de France et Ambassadeur.
Malgré la variété de ses aptitudes, Belliard a conservé dans l'histoire une spécialité : celle de chef d'état-major de la cavalerie. Dans ce poste élevé, il tempère les défauts et complète les qualités de Murât. Ce dernier, qui s'en rend compte et qui le sait aussi brave que lui, le prend en affection au point de le tutoyer, en fait son ami et le regarde comme son bon génie. Napoléon et Berthier, qui savent combien il lui est utile, se gardent bien de l'enlever à ses fonctions.
Ces particularités expliquent le temps d'arrêt qu'a subi sa carrière. Général de division à trente et un ans, il n'avance plus; et c'est seulement en 1815, quand Murât n'est plus là, que l'Empereur lui confie un commandement de corps d'armée.
Ces détails donnent une idée générale du grand rôle que cet homme de guerre eut à remplir. Et quand on étudie sa brillante carrière, on ne peut s'empêcher d'admirer ce vaillant soldat qui, de la Vendée en Garinthie, de Klagenfurt à Rome, des bords du Tibre aux cataractes du Nil, de Belgique en Moravie, de Madrid à Moscou, reste toujours modeste, dévoué, d'une capacité remarquable, et d'une bravoure entraînante.
Cette vie aventureuse et si pleine d'abnégation, se présentait une des premières dans l'étude des états-majors de Napoléon.
Elle avait le double avantage d'ofTrir par ses épisodes un attrait particulier et des exemples capables d'exciter, dans les rangs de l'armée, l'émulation vers le bien, le culte des vertus guerrières et le dévouement à la patrie.
Général Derrécagaix.
Paris, mars 1908.
Campagnes de TArgonne et de Belgique.
Origine de Belliard. — Il est nommé lieutenant, capitaine, adjoint aux adjudants généraux. — Son rôle à Valmy, à'Jemmapes, dans laconquète de la Belgique. — Retraite surLouvain. — Il est nommé adjudant général. — Bataille de Neerwinden. — Retraite de Tarmée.
— Belliard en Vendée. — Sa suspension d'emploi.— Ses démarches pour rentrer en activité. — Il s'engage au 3* régiment de chasseurs.
— Sa réintégration comme adjudant général. — Sa nomination aux armées de TOuest et d'Italie.
Trois mois environ avant la naissance de Napoléon, le 25 mai 1769, la dame Marie-Angélique-Rose Robert, épouse de M. Augustin Belliard, procureur et conseiller royal à Fontenay-le-Comte, donna le jour à un beau et solide garçon, qui devait plus tard illustrer son pays natal et devenir un des brillants généraux de Tépopée impériale. Il reçut, en naissant, les prénoms d'Augustin- Daniel et grandit, sans incidents, dans un milieu familial où régnaient des idées de paix, de tranquillité et où rien ne rappelait les émotions du noble métier des armes.
L*éducation qu'il reçut fut basée sur des principes d'honneur et de vertu qui devinrent plus tard la règle de sa vie. On conserve dans sa famille, représentée
aujourd'hui par des petits-neveux, un tableau où Ton voit le père de Belliard avec ses deux enfants, tenant à la main un cartouche sur lequel on lit :
Le vice seul est bas; la vci^tu fait le rang.
Et Vhomme le plus juste est aussi le plus grand.
Le futur général, qui avait alors huit ans, lui présente un cahier sur lequel, il a écrit, sans doute sous la dictée de son père :
Vinstruction fait tout et la main de nos pères Grave en nos faibles cœurs les premiers caractères.
Tels furent les préceptes dont Belliard fut pénétré dès son enfance et auxquels il resta toujours fidèle (1).
Il reçut une instruction sérieuse et terminait ses études quand la Révolution éclata.
Lorsque les premiers troubles agitèrent la Vendée, les républicains de Fontenay résolurent d'organiser une compagnie de volontaires. Le jeune Belliard, passionné pour la liberté et les idées nouvelles, s'occupa avec ardeur de cette création; et ses camarades, frappés de son zèle, voulurent le nommer capitaine. Mais Belliard, conscient de son inexpérience, refusa cet honneur et préféra servir dans un rang plus modeste. Il fut même tambour pendant quelque temps, puis caporal et participa, pendant quinze mois, à tous les services que les volontaires rendirent à la commune. Sa conduite et son dévouement lui acquirent dès lors une certaine notoriété.
L'année suivante, il s'ofTrit à la municipalité pour se rendre à Paris à la fête de la Fédération nationale, partit avec les délégués de sa ville natale et assista avec eux à Timposanle cérémonie du 14 Juillet 1790.
(1) Discours de M. Pervinquière, petit-neveu du général Belliard, & l'inauguration de son buste, à Fontenay-le-Comte, le 2 juin 1907.