‹ Les états mélancoliques post-oniriquesChapitre 17 sur 19 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Etiologie, pathogénie, médecine légale théra-. peutique des états mélancoliques postoniriques.

Ge court chapitre sera consacré à l'interprétation théorique que ion peut donner des états mélancoliques postoniriques.

Nous avons déjà plus haut, à propos de leur définition, et de la délimitation de notre sujet, exposé les conditions générales qui permettent de classer un état psychopathique, d'une part, parmi les états mélancoliques; d’autre part, parmi les élats post-oniriques. Nous p'éciserons 1c1 quelques points à ce sujet, eb tout en rappelant quelques considérations étiologiques, médico-légales, thérapeutiques sur ces syndromes, nous envi- -sagerons surtout leur interprétation nosologique.

1° Considérations étiologiques.

Nous avons indiqué plus haut les conditions élio'ogiques générales des états post-oniriques, qui sont : essentiellement, une crise de délire onirique et secondairement une constitur - tion psychopathique spéciale.

At

L’onirisme qui détermine ces genres de syndrome n'offre r en de particulier, si ce n’est qu'il est généra'ement une cerise aiguë sur fond chronique. Ici comme ailleurs, l'importance de léliologie occasionnelle — en l'espèce toxi-infectieuse — varie en raison inverse de l’étiologie constitutionnelle. C’està-dire, qu’à un petit prédisposé, il faut une imprégnation toxiinfectieuse grave, alors qu’à un grand constitutionnel, il suffit d’un petit appoint toxi-infectieux.

Les formes dans lesquelles l'importance de la constitution prime celle de l’intoxication, sont moins intéressantes, car les lois de leur évolution sont celles des vesanies en général et l’appoint occasionnel apparaît comme d’une contingence manifeste. On:'a l’impression que Les idées ou les émotions postomriques qui servent de baseà la psychose dépressive secondaire ne sont qu'un. prétexte fortuit à l’éclosion et au développement de cette psychose. Ainsi, dans notre dernière obsercation ce syndrome polymorphe de mélancolie avec idées de persécution à vite perdu le cachet particuler que lui imprum mait les premiers jours, les résidus délirants provenant de l'accès éthylique qui avait ouvert la scène.

Dans les cas, au contraire, où l’étiologie toxi-infectieuse prime la constitution, la mélancolie post-orinique apparait ici comme un accident de la convalescence dans toute la durée de son évolution, qui est transitoire (quelques semaines, 3 où 4 mois au maximum) elle porte la marque de son origine onirique dans la nature des idées exprimées, les faits imaginaires qui servent à étaver ou à justifier les convictions délirantes et les malaises cœnesthésiques du malade. Dans les cas shématiques, le malade n’interprète même pas : c’est un délire de mémoire, de faits réellement vécus en rêve qui exprime la

“psychose les premiers temps et ce n’est que sila dépression se prolonge que le malade ajoute de nouveaux éléments délirants additionnels, tirés cette fois de l'interprétation ou de l’imagination ou traduisant un nouvel état cœnesthésique.

La constilulion n'offre non plus rien de particulier. Dans les cas accidentels, elle peut être absolument latente avant la

maladie, Dans ce cas le malade est un éthylique ou un infecté, physiquement fatigué, malade dans ses viscères, et il faut avoir bien soin de chercher chez lui toutes ces insuffisances orga-

niques,

2° Conditions pathogéniques et nosologiques.

Elles se déduisent de ce qui précède. Les malades font de la dépression mélancolique plutôt que du délire de persécu: tion parce que leur constitution psychique détermine cette orientation. Mais ils sont malades mentaux avant tout parce qu'ils sont convalescents d’une toxi-infection sérieuse, dont les conséquences cérébrales ne se sont dissipées qu'incomplètement.

Pourquoi ces malades prolongent-ils ainsi, leur psychose toxi infectieuse par un reliquat post-onirique . compliqué secondairement plutôt que par une confusion mentale prolongée ?

En pareil cas, peuvent intervenir plusieurs facteurs: c’est par exemple, l'intensité et la durée de l'onirisme, le retentissement émotionnel pénible provoqué par le caractère des scènes rêvées, le manque de rééducation par Péntourage-etc.7et6r: Mais nous ne savons si derrière ces causes secondaires, il n’en est pas plus de importantes du reliquat onirique.

Nos malades sont tous des sujets qui ont présenté beaucoup plus de délire onirique que de confusion à l’origine. C'était aussi des émotifs, C’est peut-être dans l'association de ces deux facteurs : prédominance de l’état onirique, hyperémotivité, combinés avec la dépression constitutionnelle, qu'il faut en dernier analyse rechercher les condi. tions premières de ces états.

Au point de vue nosologique, il résulte de tout cela qu'il s'agit d'états dépressifs pratiquement accidentels, il n’y a pas lieu de rattacher ces états à la psychose intermittente, qu’il n’est nécessaire de les rattacher au délire polymorphe

he

des dégénérés que lorsque l'élément constitutionnel est parbiculièrement intense ce qui n’est pas la règle, enfin qu'il y a lieu de créer une rubrique spéciale pour ces états, à côté des idées fixes post-oniriques et du délire de persécution: tous états dont ils se différencient d’une manière indiscutable.

5° Considérations médico-légales

Nous serons brefs à cé sujet, ear il n’v a rien qui différencie ces états au point de vue médico-légal, des états dépressifs de nature banale comme la mélancolie primitive, les états mélancoliques secondaires, les délires d’auto-accusation plus ou moins systématiques et les syndromes mélancoliques de l’éthylisme aigu ou subaigu. Les tendances au suicide y sont fréquentes, et plus encore l’auto-dénonciation, voire même l’auto-hétéro-dénonciation.

Tous nos malades s’accusaient d'avoir commis des crimes ou des délits imaginaires, dont quelques-uns étaient certainement des faits réellement vécus par le malade durant son délire onirique antérieur. La lecture de nos observations est suffisamment démonstrative à cet égard. Si nous n’avons pas de faits médico-légaux à rapporter 161, c'est que nos malades ont été conservés à l'hôpital où à l'asile, et par suite leurs actes pathologiques appréciés à leur juste valeur jusqu’après la terminaison de leur maladie.

k, Considérations thérapeutiques

Nous avons insisté plus haut sur l'importance des symptômes physiques chez nos malades, convalescents d’une intoxication aiguë, sur fond chronique ou d’une infection grave.

Leur dépression mélancolique, ne comporte par elle-même

aucune indication spéciale. Sa thérapeutique est celle de la dépression mentale, anxieuse notamment. Par contre la base d’épuisement physique, d’auto-intoxication traînante de leur état mental exige un traitement attentif Les malades seront maintenus au lit jusqu’à disparition de tous symptômes boxi-infectieux ou auto-toxiques aigus. L’exploration des reins, du foie, de tous les organes éliminateurs comportera des indications thérapeutiques essentielles. Il n’est pas rare de voir les séquelles post-oniriques disparaître avec les derniers vestiges de l’intoxication originelle. Le malade étant désintoxiqué, on s’adressera alors à l’anémie, à Ja dénutrition, à l’asthénie nerveuse de la conva'escence et on mettra a'ors en œuvre toutes les ressources diététiques, physiothérapiques, médicamenteuses, de la médication tonique générale.

L’ nternement dans la maison de santé pour aliénés ou l'asile sera réservé aux constitutionne!s, qui, ayant récupéré souvent très vite leur bon état physique et leur force, restent d'une façon parfois pro'ongée des déprimés auto-accusateurs ou persécuteurs qu' prennent de p'us en plus la physionome de délirants constitutionnels e& vulgaires. Rien ne différenc & plus alors ces ma'ades des autres internés d'asile et ils doivent être maintenus internés jusqu'à la disparition complète de toute réaction dangereuse

Page 1