CHAPITRE III
l'extériorisation db la sensibilité
La question de la sympathie et de la vue des or-^ ganes a été posée même avant les magnétisenrs qui ont eu le mérite de Tétudier avec le plus grand soio*
En 1699, une prétendue sorcière, Marie Bucaille, fut poursuivie et condamnée à mort par le parlement de Valognes, sur le motif qu'elle ressentait sympathiquement le mal des autres^ ce qui ne pouvait se faire que par art magique et opération du démon. Le parlement de Rouen mitigea la sentence en une condamnation au]fouet et au carcan. Une demoiselle Anne Seville et un curé de Godeville furent condamnés par le même motif. (Luc Desage, De V Extase.)
Carré de Momtgeron rapporte qu'il arrivait souveni aux convulsionnaires a de prendre les maladies sans savoir si les personnes sont malades^ ni la nature de leurs maux. Ils en sont instruits par le sentiment de douleur qu'ils éprouvent dans les mêmes parties. i>
Deleuze [Histoire critique du Magnétisme ^ l'^.par-
Au
LES KTAT3 PROFONDS DE L ÛYPNOSB
lie, eh, viii) énumère ainsi les propriétés des somnambules :
fLe somnambule... ne voit et n'entend que ceux avec lesquels il est en rapporL II ne voit que ce qu'il regarde, et il ne regarde ordinairement que les objets sur lesquels on dirige son attention. <. H voit ou plutôt il sent l'intérieur de son corps ; mais il n'y remarque ordinairement que les parties qui ne sont pas dans rétat naturel et qui troublent rharmoaio. i&
« Si une personne malade,^ dit Cliarpignon {Physiologie du Magnétisme), est mise en rapport aveC une somnambule sufli^amment lucide, il se passe l'un de ces deux phénomènes : la somnambule voit les parties malades et les di^crit avec plus ou moins de perfeclionj se servant d'expressions ligurces, si elle ae connaît pas d*avance les noms de ce qu'elle voit ; ou bien sent, souvent très vivement* les mômes souffrances que le malade, et indique ainsi le siège du mal et toutes les sympathies,. -
<ï La plupart des somnambules, ajoute*t-il ailleurs» ressentent les douleurs des personnes avec lesquelles en les met en rapport. Cetle sensation est fugitive et ne laisse pas de traces au réveil si l'on a bien le soin de rompre le rapport :si c'estle magnétiseur qui souffre, la sensation est des plus vives et elle persiste souvent au réveil. Si Ion continue plusieurs jours à magnétiser dans celte disposition maladive, on inocule à ces somnambules Impressionnables la môoie maladie, 3&
Ce dernier fait avait déjà été affirmé par le marquis du Puységur dans ses Mémoires :
ff La susceptibilité qu'oni les malades en crises magnétiques de fijagner avec promptitude certaines
BXTiRIORlSATlON DE LA SENSIBILITE 41
maladies a été plusieurs fois démontrée. Le danger que courent les somnambules en touchant certains malades ne doit cependant pas effrayer au point de ne plus les consulter sur les maladies des autres, mais il faut le faire avec précautions. »
Le D^ Ch. Bertrand, ancien élève de l'Ecole polytechnique et père du secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, rapporte trois cas de sympathie ou de vue magnétique qu'il a observés luimôme.
« J'observais, dit-il (1), une somnambule qu'on m'avait dit avoir la faculté de reconnaître les maladies... Je ne me contentai pourtant pas de ce qu'on m^en rapportait et je voulus éprouver la somnambule sur une malade dont l'état me fût connu d'avance. Je la mis en conséquence en rapport avec une demoiselle de..., dont la principale affection consistait dans des accès d'asthme qui la tourmentaient très souvent. Quand la malade arriva, la somnambule était endormie, et j'étais sûr qu'elle ne pouvait connaître la personne que je lui amenais. Cependant, après quelques minutes de contact, elle parut respirer difficilement, et bientôt elle éprouva tous les symptômes qui accompagnent une forte révolution d'asthme. Sa voix s'éteignit ; elle nous dit avec ^beaucoup de peine que la malade était sujette au genre d'oppression que sa présence venait de lui communiquer à elle-même. »
(1) Traité du Somnambulisme et des différentes modifications qu'il présente. — Paris, 1823, p. 229.
42 LSS ilATâ PBOFONDS DE L'HTPHeSB
Uae autre de ces somnambules, mise ea rapport avec un enfant qui avait un dép6t dans une articulation du bras, fit des efforts ioutiles pour soulever sou bras à elle, en y ressentant le même mal. {Ibid^^ p. 232.)
Cette même personne, mise en rapport avec un jeune homme blessé qu'elle ne connaissait pas et qui était entré dans la chambre pendant son sommeU, s'écria : < Non, non, ce n'est pas possible ; si un homme avait eu une balle dans la tête il serait mort. — Eli bien, dit Bertrand, que voyez-vous donc ? — 11 faut qu'il se trompe, il me dit que ce monsieur a une balle dans la tête, j» £t sous Tinfluence de son instinct ainsi personnifié, elle indiqua très exactement le trajet de la balle au travers de la tète, en entrant par la bouche, où aucune cicatrice extérieure ne pouvait servir d'indice.
Dans son second livre {Du Magnétisme animal en France^ Paris, 1826), Bertrand revient encore sur ce sujet : c Je crois, dit-il (p. 428), qu'il n'est personne, pour peu qu'il ait observé quelques somnambules, qui ne les ait vus souvent ressent ir^ par suite d'un simple contact, les douleurs des malades avec lesquels on les mettait en rapport. »
Le docteur Pétetin, de Lyon, raconte qu'un jour, voyant la physionomie d'une de ses somnambules exprimer l'étonnement le plus complet, il lui demanda ce qu'elle avait :
e: Je vois l'intérieur de mon corps, dit-elle, et l'étrange forme de tous mes organes environnés d'un réseau de lumière. Ma contenance doit exprimer ce que je sens, étonnement et crainte. Un médecin qui