CHAPITRE PREMIER
CLASSIFICATION DBS ÂTATS
Les trois états de Thypnose décrits par M. Charcot sont devenus classiques, malgré l'école de Nancy, qui, ou bien n'a point opéré sur des sujets assez seno sibles» ou bien n'a point pris toutes les précautions
ij* nécessaires pour constater des phénomènes qu'elle
\ n'avait point découverts la première.
^ Ces états sont : la léthargie^ la catalepsie et le som-
^ nambulisme. Je ne reviendrai point sur leurs carac-
tères spécifiques, et je me bornerai à faire remarquer que les médecins de la Salpètrière semblent ne pas être allés plus loin que l'état somnambulique, puisqu'ils n'ont jamais signalé d'autres phases que certains états secondaires reliant les étapes principales que nous venons de nommer.
Cela provient sans doute de ce que ces expérimen-
(1) J*ai publié en 1883, dans la Revue d'BypTWtisme ; deux articles sous ce môme titre. Les phénomènes que je décrivais idors ayant été pour la plupart confirmés car d'antres observateurs, je me suis borné ici à reproduire mon ancienne rédaction en la précisant et la complétant par de nouvelles expériences. j ,
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tateura, redoutant un rapprochemeat entre leurs recherches et les pratiques des magnétiseurs^ se sont \ bornés à produire l'hypnose, soit avec des agents très j faibles, comme un bruit subit, la pression des globes || oculaires ou du vertex, soit par des procédés dont j Teffet s'arrête dès qu'un premier résultat s'est produit; | telle est, par exemple, la fixation du regard^ qui cesse d'agir aussitôt que les sujets ont les yeux fermés.
Suivant que ces sujets sont plus ou moins sensibles, on semble arriver d'emblée à une phase ou à une autre de ce que Ton appelle l'état hypnotique, et cela en quelques secondes.
Les magnétiseurs agissent d'une toute autre façon. A l'aide de passes^ ils prolongent leur action sur le sujet pendant un quart d'heure, une demi-heure et quelquefois plus ; ils ne se préoccupent nullement de ce qui peut se produire au début, et ils ne s'arrêtent que lorsquUIs ont reconnu, à l'aide de certains signes extérieurs, que le sujet a atteint le degré de lucidité qu'il cherchent à obtenir (1).
(1) En outre ils avaient» pour former leurs sujets» une patience iaoonnue aux hypnotiseurs habitués à produire d'emblée les phénomènes de suggestion, de catalepsie, etc. ; ils n*appelaient somnambules que ceux qui étaient déjà parvenus à l'état que j'ai appelé état de rapport et dont on trouvera plus loin les caractères.
« n est rare, dit Gharpignon {Phys. du Maçn.) qu'à la première aéance on obtienne le somnainbulisme, encore moins la lucidité, car il peut y avoir somnambulisme sans que pour cela il y ait clairvoyance.
« La magnétisation répétée plusieurs jours de suite, h la mémo heure s'il est possible, est nécessaire, parce qu'il est une loi du système nerveux qui le porte à répéter périodiquement les sensations qui Ton affecté et qu'alors l'organisme a déjà fait seul une partie de l'action exercée la veille par la magnétisation. Cette remarcpie a soulevé l'objection de Timagination ; mais il suffit pour l'éloigner, de rappeler que les phénomènes nerveux provoqués par la magnétisation se produisent sur des gens dormant du sommeil ordinaire, sur des enfants à la mamelle, sur des personnes non prévenues, et
PL 1. — Etat de rapport.
Les uns et autres s'imaginent n'avoir rien de commun. C'est une erreur. J'ai prié un magnétiseur d'agir sur son sujet suivant sa méthode ordinaire, à Taide de laquelle il mettait une vingtaine de minutes pour obtenir la vue avec les yeux fermés, et je l'ai arrêté à diverses reprises pour essayer de déterminer les caractères du sommeil au moment de la pause.
Je suis parvenu à contaster ainsi que le sujet passait par tous les états que j'ai décrits dans mon livre sur les Forces non définies^ à savoir :
10 Etat de crédulité;
20 Léthargie (1) ;
30 Catalepsie ;
4*^ Léthargie ;
50 Somnambulisme ;
dans des circonstances tout à fait différentes de ceUes où on les magnétise.
« La répétition des magnétisations est quelquefois très longue avant d'amener le somnambulisme ; elle peut durer des semaines, des mois, et à, la fin couronner de succès la patience du magnétiseur. D'aixtres fois où l'on espère beaucoup d'un état cataleptique et d'isolement complet, on attend en vain pendant des mois entiers sans obtenir plus au dernier jour qu'au premier. Pour nous, quand la cinquième magnétisation ne nous a rien donné d'apparent du côté du système nerveux, nous cessons d'espérer aucun phénomène ; quand, à la trentième, un sommeil magnétique avec isolem.ent n^est pas devenu somnambulisme^ nous ne Vattendons plus. Une fois pourtant nous avons eu une somnambule très lucide à la cinquième séance. »
(1) J'accepte le terme consacré de léthargie pour désigner un état dans lequel le sujet présente une apparence de prostration beaucoup plus accentuée que dans les états voisins. Cet état ou ces états (car il y en a loute une série) sont assez difficiles à définir : il est certain que l'ouïe n'est pas abolie : la parole ne l'est pas toujours ; la vue n'existe pas plus que dans beaucoup d'autres phases de l'hypnose. Quand il est en léthargie, le sujet paraît insensible, ses membres retombent inertes, sa tête s'incline sur les épaules ; quand il en sort, il redresse au contraire la tête et respire fortement deux ou trois fois. Les figures 1 et 6 de la pi. 1 représentent Benoist dans la léthargie qui précède l'état de rapport et dans celle qui la suit ; la figure 2 le montre au moment où il entre dans l'état de rapport.
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6^ Léthargie ;
7** Etat de rapport ;
8^ Léthargie.
Après cette dernière phase^ la magnétisation a duré encore une dizaine de minutes, mais il me fut impossible de constater de nouveaux changements d'états^ parce que j'ignorais alors les phénomènes qu*il fallait provoquer pour les caractériser.
J'ai repris, depuis, cette étude, et je suis arrivé à des résultats assez concordants pour qu'on puisse, au moins provisoirement^ formuler une loi.
Je vais d'abord décrire ce qui se passe, avec celui des sujets sur lequel j'ai expérimenté le plus souvent et qui peut être considéré comme un type par la régularité absolue des manifestations.
J'indiquerai ensuite les variantes rencontrées chez les autres sensitifs.
Benoist a dix-neuf ans ; c'est un garçon fort intelligent, bien portant et très sensible à la polarité (1). Depuis trois ans, il se prête à mes recherches, et je connais assez son organisme pour éviter la plupart des causes d'erreur.
L'agent employé pour doser l'hypnose, dans le cas qui nous occupe, a été Tapplication de la main sur le sommet de la tète, de manière à agir à la fois par polarité sur les deux hémisphères célébraux.
En imposant la main droite sur le front, je déter-
(1) Il y a des sujets facilement hypnotisables qui ne sont point sensibles à la polarité. J'appelle sensible à la polarité une personne sur laquelle je produis des effets déterminés par l'application de certains agents, notamment des agents électriques, suivant des lois exposées par MM. Décle et Ghazarin, ainsi que dans mon livre sur les Forces non définies.
mine en premier lieu Tétat de crédulilé, puis l'état léthargique caractérisé par la coatractibililé musculaire, Tétat cataleptique avec ses deux phases de rigidité et d'imitation automatique» un deuxième état léthargique sans contraclibilité musculaire, et entin le somnambulisme.
Après cela, nous entrons dans la période non encore étudiée parles écoles modernes avec un troisième état de léthargie. Cette léthargie (pi. i, fig. i) parait n'être autre chose que le sommeil ordinaire (1) ; car, si je surprends le sujet dans ce sommeil et que je diminue rhypnose par l'application de la main gauche sur la tète, je ramène Tétat somnambulique ; si au contraire j'emploie la main droite, je détermine Fétat suivant que j'appelle l'état de rapport. Dans cette phase léthargique, la contractibilité neuro-musculaire existe à peu près au même degré que dans Tètat normal.