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CHAPITRE VIII

LA SCIENGB FUTURE

Il est donné à notre génération d'assister à la rencontre de deux courants puissants, qui, dans le monde intellectuel, se pénètrent et s'influencent maintenant au point de laisser prévoir l'époque prochaine où, réunis dans une direction unique, ils s'élèveront majestueusement ensemble vers la vérité.

L'un est le fruit de nos civilisations occidentales ; l'autre nous arrive du fond de l'Orient, tirant son origine soit de révélations supra-humaines, soit de civilisations depuis longtemps disparues.

D'une part, en effet, la physique, la chimie, l'astronomie, l'histoire naturelle sont amenées, par leurs observations et leurs calculs, à considérer comme de plus en plus probables l'unité de la matière, l'unité de force, et le perfectionnement par l'évolution, ou la [ hiérarchisation, de la matière et de la force, toutes

choses contenues dans les doctrines ésotériques des philosophes de l'antiquité*

a Du côté de la théorie pure, disait récemment M. Cornu (1), de grands résultats s'annoncent : les géomètres continuateurs d'Ampère, Poisson, Fourier,

(i) Association française pour Vavanoement des sciences (Congrès de 1890). Discours du Présideiit.

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Ohm, Gauss^ Helmholz, Thomsoa, Maxvell, qui oat tant aidé à rattacher l'électricité aux lois de la mécanique, préparent une synthèse grandiose qui fera époque dans l'histoire de la philosophie naturelle ; ils sont bien près de démontrer que les phénomènes électro- magnétiques et les phénomènes optiques obéissent aux mêmes lois élémentaires ; que ce sont deux manifestations du mouvement d'un même milieu, l'éther; ainsi les problèmes de l'optique peuvent se résoudre avec les équations de Télectromagnétisme. Au point de vue expérimenta^ on a déjà des résultats pleins de promesses : la vitesse de la lumière, fixée par les méthodes optiques, se détermine aussi par des mesures purement électriques ; on a même pu croire récemment, aprè^s les retentissantes expériences de M. Hertz, que l'identification expérimentale des décharges électriques et des ondulations lumineuses était un fait accompli. S'il reste encore des preuves décisives à apporter on peut dire que, dans l'esprit des physiciens, le lien intime entre l'électricité et la lumière est bien près d'être rigoureusement déQni. »

D'autre part, pendant que nous découvrons chaqae jour en électricité des phénomènes qui ne rentrent plus dans les théories classiques (1), les sciences, dites

(1) Dans un discours prononcé, le 13 novembre 1891, au dîner de la Société des Ëlectrieiens, M. Grookes s'exprimait ainsi :

« Les phénomènes de Télectrolyse ne sont pas encore bien connus et bien coordonnés ; cependant ce que nous en savons nous laisse entrevoir que» suivant toute probcibilité, Véleotricité est atomique, et qu'un atome d'électricité est une quantité aussi exactement définie qu'un atom,e chimique.,. On a calculé que, dans un seul pied cube de Téther qui remplit les espaces, il y a, à l'état latent, 10.000 tonnes d'énergie qui avalent jusque-là échappé & nos obseï-

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LA SCIENCE FUTURE lU

occultes, jusqu'ici abandonnées presque complètemeat aux rêveries des mystiques ou à l'exploitation des charlatans, commencent à livrer une partie de leurs secrets à ceux qui ont le courage de chercher à y introduire les méthodes lentes mais sûres de la science positive. N'estce point déjà un progrès immense que d'avoir vu poser officiellement et d'une façon magistrale la nécessité de leur étude, au dernier congrès de l'Association britannique pour l'avancement des Sciences, par M. Lodge^ président de la section des sciences mathématiques et physiques.

« La conservation de l'énergie est devenue un lieu commun ; la relation entre la vie et l'énergie est encore incomprise. La vie n'est pas de l'énergie ; la mort d'un animal n'affecte pas le moins du monde la somme de l'énergie; toutefois un animal vivant exerce sur Téner-

vations. S'emparer de ce trésor et rassnjétir an serrice de rhnmanité, teUe est la tâche qui s'offre aux électriciens de Tavenir. Les recherches les pins récentes donnent l'espoir fondé çnie ces vastes réservoirs de puissance ne sont pas absolument non de notre portée Au moyen de courants alternatifs d'une extrême fréquence, le professeur Tesla est arrivé à porter à l'incandescence le filament d'une lampe, par induction, à travers le verre, et sans la reUer par des conducteurs h la source d'électricité. H a fait plus, il a illuminé une pièce entière en y produisant des conditions telles qu'un appareil d'éclairage^ placé n'importe oU y était mis en Jeu sans être relié électriquement avec quoi que ce soit,

... « Les vibrations lentes auxquelles nous faisions allusion nous révèlent encore un fait surprenant : la possibilité d'établir des télégraphes sans filst sans poteaux f sans câbles^ sans aucune des coûteuses installations actuelles, i

Si l'on se rappeUe encore les expériences de M. Elihu Tompson qui, à l'aide des courants alternatifs dont U vient d'être question, a pu produire à distance des mouvements considérables d'un corps quelconque suffisamment conducteur pour des courants induits de même nature^ on sera certainement tenté de ne plus considérer comme improbable l'explication naturelle, dans un avenir plus ou moins lointain, de la TéiiPATH», de la LinrAnov et des PBiHOM&ns lumiubux produits par les médiums.

gie une action qu'il n'exerce plus mort. La vie est un principe dirigeant qui n'a pas encore trouvé sa place dans ledomainede la physique. Si le transfert de l'énergie s'explique par l'accomplissement d'un travail» la direction de l'énergie n'exige aucun travail, elle ne demande que de la force. Qu'est-ce donc que la force, et comment les êtres vivants la dépensent-ils ? Latota* lité des choses par lesquelles chacun doit admettre que les actions sont guidées ne renferme-t-elle pas le futur comme le passé et nos tentations de déductions des actes du seul passé ne sont-elles pas des tentations vaines ? De quelle façon la matière peut-elle être déplacée^ guidée, dérangée par Tintermédiaire des êtres vivants ? comment s'exerce la puissance directrice qui règle les événements ?

« Gomment la force s'exerce-t-elle, et qu'est-ce en définitive que la force ? c'est là une question qui ne peut guère être posée d'une façon intelligible, sauf pour ceux qui ont abordé et médité ces questions. Mais j'ose le dire, il y a quelque chose que n'a pas prévu la physique orthodoxe ; oui, je le déclare, la physique moderne n'est pas complète, etdansla voie que j'indique, de grands progrès sont possibles. Mais allons plus loin. Cette dépense de force déterminée par un acte de notre volonté, par quel mécanisme s'effectue-t-elle ? N'existe-t-il pas une lacune dans des connaissances entre Tidée consciente d'un mouvement et l'énergie musculaire nécessaire à son accomplissement ? Et s'il en est ainsi, comment pouvons-nous savoir si un corps ne peut être mis en mouvement par un acte de volonté sans le contact matériel auquel nous sommes habitués ?

...La découverte d'un nouveau mode de communication à travers Péther n est nullement incompatible, il faut le dire, avec le principe de la conservation de de Ténergie ni avec aucune de nos connaissances actuelles, et ce n'est pas faire preuve de sagesse que de refuser d'examiner des phénomènes parce que nous croyons être sûrs de leur impossibilité. Gomme si notre connaissance de l'univers était complète !...

«Ce que nous savons n'est rien auprès de ce qui nous reste à apprendre, dit-on souvent, quoique parfois sans conviction. Pour moi c'est la vérité la plus littérale, et vouloir restreindre noire examen aux territoires déjà à demi-conquis, c'est tromper la foi des hommes qui ont lutté pour le droit de libre examen, c'est trahir les espérances les plus légitimes de la science. »

11 faudra cependant bien des années pour que les habitudes d'esprit données par notre éducation scientiQque permettent à ces études nouvelles de prendre leur essor*

A mesure, en effet, que les connaissances humaines se développent, elles s'appliquent à des phénomènes de plus en plus difficiles à reproduire.

La physique des anciens était presque uniquement constituée par l'étude des effets dus à l'élasticité de l'air et aux conditions d'équilibre des solides. Nul n'eût osé mettre en doute des affirmations si aisément contrôlables partons ; la parole du mattre suffisait. Il en a été ainsi tant qu'on s'est avancé pas à pas sur un terrain ferme et consistant ; mais nous voici arrivés à la limite du domaine des forces bien définies et les gros bataillons des manouvriers de l'esprit hésitent à s aventure^ sur un sol mouvant de peur de tomber dans quelque fondrière.

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Il n'y a pas longtemps qu'on a cessé de rejeter au rang des fables Texistence des aérolîthes et des éclairs en boule ; on connaît Taccueil fait par le D' Bouillaud au phonographe; les expériences de Herz sont encore contestées ; qnant à certaines découvertes de Zœllner, de Grookes, de Gibier, plutôt que de les admettre on préfère accuser d'une naïveté grotesque des hommes que leurs autres travaux devraient mettre à Tabri d'une pareille injure. Lesplus avancés enfin trouvaient une explication universelle et commode dans la suggestion que PAcadémie de Belgique n'ose même pas reconnaître. On s'explique du reste fort bien la défiance de certains pontifes de la science officielle envers une autre science qui, si elle ne bouleverse pas toutes leurs connaissances si péniblement acquises, leur montre du moins, au déclin de leur vie, une religion nouvelle où ils doivent se résigner à n'être que des écoliers.

€ Limitrophe à la fois à la physique et à la psychologie, cette région intermédiaire entre l'énergie et la vie, entre l'esprit et la matière, est bornée au nord par la psychologie, au sud parla physique, à l'est par la physiologie, et à Touest par la pathologie et la médecine. Un psychologue tente-t-il de s'y avancer en tâtonnant, il se transforme métaphysicien. Un physicien quis'y est aventuréaperdu pied et est devenu l'objet de la répulsion de ses anciens frères. Les biologistes regardent ce territoire d'un mauvais œil et en nient l'existence ; quelques médecins praticiens après avoir gardé longtemps cette attitude malveillante, commencent à annexer une partie de la frontière occidentale. Toute la contrée paraît habitée par des sauvages adonnés encore, autant qu'on en peut jugera distance, à

de grossières saperstitions. Peut-être quelques hardis voyageurs ont-ils traversé le pays à la h&te et en ontils relevé le plan grossier, mais leurs récits paraissent peu dignes de foi. »(1)

C'est cependant cette foi que nous réclamons, nous qui, bravant les préjugés, osons pénétrer en éclaireurs, à nos risques et périls, dans les contrées brumeuses et semées d*écueils où les sens ordinaires ne suffisent plus pour nous guider.

Nous ne demandons certes pas une foi aveugle, mais seulement une foi provisoire équivalente à celle qu'on accorde auxhisto riens, aux voyageurs^ aux naturalistes pour les faits dont ils ont été les témoins, et qu'ils peuvent, comme nous, avoir mal vus ou mal interprétés, ainsi que pour les récits rapportés d'après les indigènes qui ont pu se tromper ou les tromper, comme nos sujets peuvent s'halluciner ou nous induire en erreur.

Qu on n'exige pas des preuves absolues, irréfutables ; il ne saurait y en avoir pour des phénomènes qui ne dépendent pas de nous ou qui ne se produisent que dans ces circonstances non encore déterminées.

Celui qui rejette à priori nos observations ressemble à l'homme qui nierait César parce qu'il ne Ta pas vu, l'électricité parce qu'il n'a pu tirer une étincelle de la machine par un temps humide, l'harmonie parce que son oreille est incapable de discerner une consonance d'une dissonance.

(1) Lodge^ 1. c.

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Chaque silence, chaque période de science même, a des procédés d'investigation qui lui sont propres ; le physiologiste qui étudie la vie des fleurs et des feuilles d'un arbre emploie une autre méthode que le mécanicien qui expérimente la résistance du tronc.

Les physiciens ont construit, avec des substances inertes, des galvanomètres que constatent certains modes de vibrationdeTéther engendrés par le contact d'autres substances inertes. Ils doivent s'habituer à considérer le système nerveux de nos sujets hyperestbésiés comme un instrument nouveau propre à enregistrer d'autres modes de vibration de l'éther dus à l'action d'un organisme vivant sur un autre et à l'action, plus délicate encore, de la pensée sur l'organisme.

Cet instrument, nous ne le connaissons que fort mal ; sa sensibilité même le rend d'un emploi difficile, incertain ; mais ce sont là des obstacles qui se rencontrent à l'origine de toutes les sciences.

« Tout d'abord les choses paraissent mystérieuses. Une comète, la foudre, l'aurore, la pluie sont autant de phénomènes mystérieux pour qui les voit la première fois? Mais vienne le flambeau de la science, et leurs relations avec d'autres phénomènes mieux connus apparaissent ; ils cessent d'être des anomalies, et si un certain mystère plane encore sur eux, c'est le mystère qui enveloppe les objets les plus familiers de la vie de chaque jour.

« Conduites au hasard, les opérations d'un chimiste ne seraient qu'un mélange indescriptible d'efl'ervescence, de précipités, de changements de couleur et de nature ; mais, guidées par la théorie qui groupe et coordonne les faits, ces opérations deviennent intelli-

gibles, et les explosions même qui peuvent se produire sont susceptibles d'explications » (1).

Pour l'étude de la force nerveuse^ nous en sommes à la période qui correspond à l'alchimie; nous manquons du fil conducteur et les faits eux-mêmes ne sont ni assez nombreux ni assez bien établis pour permettre d' y asseoir le moindre de ces fragiles édifices qu'on appelle théorie.

Il faut observer d'abord ; mais les observations ne ne deviennent réellement fécondes qu'en servant de point de départ à des expériences. Un phénomène se produit-il? On le rattachera, si c'est possible, à d'autres phénomènes déjà connus et on en tirera des conséquences qu'on cherchera à vérifier en ayant soin de noter aussi bien les insuccès que les succès.

Quand des travaux de cette nature auront été effectués et publiés par un certain nombre d'hommes consciencieux, opérant par des procédés et à l'aide d'instruments différents, les constantes apparaîtront, les erreurs s'élimineront d'elles-mêmes^ et alors sera réellement fondée cette science future que Reichenbach a nommée la Science de Vod.

(1) Lodge^ 1. c.

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