‹ Les états profonds de l'hypnoseChapitre 21 sur 37 · INCERTITCDE DE NOTRE SCIENCE · texte numérisé non relu

INCERTITCDE DE NOTRE SCIENCE

certes, nous trouverons que c'est plustost accoustumance que science qui nous en oste Teslrangelé :

lam nemo, fessas saturasque videndi, Suspicere in cœli dignatur hicida templa (i) :

et que ces choses là, si elles nous estoyent présentées de nouveau, nous les trouverions autant ou plus incroyables qu'aulcunes autres.

Si nunc primum mortalibus adsint

Ex improviso, eeu sint objecta repente»

Nil mc^ls his rébus poterat mirabUe dici,

Ant minus antè quoa auderent fore credere gentes {2)

Celuy qui n'avoitiamais veu de rivière, à la première qu'il rencontra, il pensa que ce feust Focean ; et les choses qui sontànostre cognoissance les plus grandes nous les iugeons estre les extrêmes que nature face en ce genre :

Soilicet et flavius qui non est maximus, ei'st Qui non antè aliquem maiorem vidit : et ingens Arbor, homoque videtur ; et omnia de génère omni Maxima quœ vidit quisque, hœc ingentiae fingit (3).

Consueiudine oculorum assuescunt animi^ neque ad mirantur^ neque requirini rationes eamm rerum^ quas semper vident {i). Lanouvelleté des choses nous

(1) Fatigués et rassasiés de la vue du ciel» nous ne daignons plus lever les yeux vers cette voûte toute brillante de lumière. (Lucret., 1, n, V. 1037, 1038.

(2) Si présentement ces objets se montraient tous d'un coup aux hommes comme venant d'être formés, rien ne pourrait leur paraître plus admirable ; et auparavant ils n'auraient jamais pu se figurer rien de pareU. {W.. t. II, v. 1032, 1035.)

(3) Un fleuve médiocre parait très grand à qui n*en a point vu de plus grand, n en est de môme d'un arbre, d'un homme, et de tout autre objet quand ce sont les plus grands qu'on ait vus de cette espèce, (/d., 1. Vi, v, 674, 676.)

(4) Notre esprit familiarisé aux objets de la vue n'admire point les choses qu'il voit continuellement et ne songe pas à en rechercher les causes. (Gic, De nat. deor,, 1. II, c. uxnii.)

108 LES ÉTATS PROFONDS DB l' HYPNOSE

incite, plus que leur grandeur^ à en rechercher les causes. 11 fault iuger avecques plus de révérence de cette inQnie puissance dénature, et plus de recognoissance de nostre ignorance et foiblesse. Combien y a il de choses peu vraysemblables, tesmoignées par gents dignes de foy, desquelles, si nous ne pouvons estres persuadez, au moins les fault-il laisser en suspens ! Car, de les condamner impossibles, c'est se faire fort, par une téméraire presumpiion, de sçavolr insques où va la possibilité. Si Ton entendoit bien la différence qu'il y a entre l'impossible et l'inusité, et entre ce qui est contre l'ordre du cours de nature et contre la commune opinion des hommes en ne croyant pas témérairement, ny aussi ne descroyant pas facilement, on observeroit la règle de Bien trop commandée par Chilon....

« C'est une hardiesse dangereuse et de conséquence oultre l'absurde témérité qu'elle traisne quand et soy, de mespriser ce que nous ne concevons pas : car aprez que, selon vostre bel entendement, vous avez establylea limites de la vérité et de la mensonge, et qu'il se treuve que vous avez nécessairement à croire des choses où 1 y a encore plus d'estrangeté qu'en ce que vous niez, vous vous estes desia obligé de les abandonner...

« Que ne nous souvient il combien nous sentons de contradiction en nostre jugement mesme ! combien de choses nous servoient hier d'articles de foy, qui nous sont fables aujourd'hui I La gloire et la curiosité sont les fléaux de nostre ame : cette cy nous conduict à mettre le nez partout ; et celle là nous deffend de rien laisser irrésolu et indécis, n)

Page 1