II PRÉFACE
aux premiers états de l'hypnose, ceux que la science officielle a étudiés sous le nom d'Hypnotisme.
Ces premiers états, surtout le plus superficiel, se rencontrent en effet beaucoup plus souvent quon ne le suppose, et leur étude permet de formuler, au moins approximativement, les lois qui déterminent certaines sensations, certains actes anormaux chez des personnes paraissant parfaitement éveillées.
Les gens qui passent pour les plus compétents ne s accordent du reste pas encore sur le degré de puissance des suggestions. Il y a donc grand intérêt, au point de vue médico-légal^ à accumuler les observations. Celles que je rapporte ont été notées avec soin sur l'heure même ; elles ont sur d' autres qu on trouve dans la plupart des ouvrages traitant de l'hypnotisme V avantage d'avoir été Jaites, non sur des sujets d'hôpitaux plus ou moins détraqués par la maladie ou influencés par l'imitation, mais sur des personnes vivant, sans se Jaire remarquer, au milieu de nous et telles qu'on en rencontre à chaque instant dans la vie.
Une longue expérience m'a montré que, dès le début, j'avais en général bien observé. Quelques-unes de mes déductions ne m'ont cependant pas paru suffisamment confirmées ; je les ai supprimées dans cette réédition. J'ai, au contraire, insisté davantage sur celles dont j'ai toujours reconnu la justesse.
Loin de moi pourtant la pensée de présenter mes opinions comme l'expression ne varietur de la vérité.
Les gens qui nont étudié que dans les livres sont
PREFACE ni
trop portés à considérer comme absolues les lois Jormutées par les manuels. Même pour les sciences les plus positives , comme la physique et la chimie, ces lois ne sont que des sortes d'aide-mémoire théoriques : en pratique, elles ne se vérifient pas toujours, par suite de raisons que nous connaissons quelquejois et que nous ignorons trop souvent. Les professeurs, qui veulent être certains de pouvoir montrer à leurs élèves un précipité de couleur caractéristique obtenu par le mélange de deux liquides, ont bien soin de tenir en réserve ce précipité préparé à F avance dans un verre dissimulé sur leur table, pour le cas ou la réaction annoncée ne produirait pas l'ejfet attendu.
On sait combien les anciennes machines électriques étaient capricieuses. Combien plus capricieux encore sont les sujets, et comment s en étonner } Plus la substance sur laquelle on opère est élevée dans r échelle des organismes, plus elle diffère d'un individu à l'autre : telle suggestion, qui n'aura pour effet chez celui-ci que d'éveiller une tentation, provoquera chez celui-là un mouvement irrésistible qui le poussera en aveugle vers le but.
Ce qui me paraît devoir ressortir nettement de la lecture de mes études, c'est d'abord la preuve de l'influence considérable qu'exercent, sur le système nerveux, et par suite sur les sensations et sur les actes d'un grand nombre de personnes, les agents physiques qui les entourent ; ensuite l'explication par des causes purement naturelles de phénomènes quon