LE CONNECTICUT ET LE NEW-HAVEN
Les colons du Massachusetts fondent le Connecticut.— Premiers établissements dans le voisinage de la rivière qui a donné son nom à cette colonie.— Le New-Haven reçoit des émigrés qui ne trouvent pas la grande colonie puritaine assez orthodoxe. — En 1665, les deux plantations se réunissent en une seule.
Les deux plantations dont nous venons d'écrire les noms se rattachent, autant par les origines que par les idées, au Massachusetts, et constituent avec celui-ci et le New-Hampshire, le groupe de la Nouvelle-Angleterre. Leur histoire ressemble, à bien des points de vue, à celle de la grande colonie puritaine.
Ce furent des émigrés du Massachusetts qui fondèrent le Connecticut. Trouvant le sol de cette première plantation trop ingrat, ils se dirigèrent vers le sud (1635-36) pour s'établir près de la rivière qui a donné son nom à cette partie des Etats-Unis. Windsor, Say- Ijrooke, Hartford, Wethersfield et Springfield doivent leur existence à cette migration qui acheta des Indiens, fait bien digne d'être noté à raison de sa justice et de sa i-areté, le droit aux terres sur lesquelles elle s'étal)lit.
A peine installés et ne comptant encore que quehpies centaines d'âmes (environ * 800), les colons songèrent h se constituer, à l'instar de tous les émigrés de race anglaise, en gouvernement régulier.
7cS LE CONNECTICUT ET LE NEW-HAVEN
Il se produisit alors un curieux incident. Comme les lords Say et Brooke, propriétaires de cette région en vertu d'une concession de la compagnie de Plymoutli, tardaient à accorder à la plantation la charte de territoire qu'elle leur avait demandée, celle-ci fit un pacte de gouvernement, d'autant plus remarquable dit un historien, qu'il est peut-être le premier exemple " d'une constitution faite par un peuple dans toute son indépendance, ne reconnaissant aucune autorité étrangère et créant du premier coup une république quasi démocratique. " ^^^ Les habitants ne niaient point la suprématie de l'Angleterre ; ils ne l'affirmaient pas davantage.
Ce pacte, intervenu le 14 janvier 1639, reproduit, en grande partie, la constitvition de la colonie-mère du Massachusetts, avec cette différence qu'il suffit, pour devenir citoyen dans la nouvelle plantation, d'être résidant de bonnes vie et mœurs, quoiqu'il soit présumable que pour mériter ce titre, il était indispensable d'obtenir l'agrément des autorités religieuses, car le C'onnecticut était imbu, au même degré que son voisin, des idées puritaines.
C'est ainsi que le Connecticut déclarait que sur toutes les questions de droit où la loi serait muette, les juges s'inspireraient de la parole de Dieu, c'est-à-dire de la Bible ; ce qui consacrait l'influence des elders et ouvrait tellement la porte à l'arbitraire que, dès 1650, la cour générale était forcée d'accorder aux habitants un ensemble de lois destinées à y mettre fin, et rédigées sur le modèle du code des libertés du Massachusetts.
(1) Il est question dans l'histoire du Connecticut d'un ensemble de lois draconiennes, connues sous le nom de hlue laivs. On se demande aujourd'hui si ce code a jamais existé. La plupart des historiens se prononcent pour la négative.
LE CONXECTICUT ET LE XEW-HAVEN 79
Eu 1638, (|uelqiu\s riches inarcluinds de Londres, suivis d'uu certaiu uou)l)re d'émigrés, faisaient voile pour Boston. A leur arrivée, ils ti'ouvërent la colonie déchirée par le schisme et l'hérésie, et comme ils étaient tous fervents ])uritains, ils résolurent de planter leur tente dans un endroit (jui serait à jamais à l'abri de toute nouveauté religieuse. Sous la direction spirituelle du pasteur Davenport, ils s'établirent à 30 milles au sudouest de l'embouchure du Connecticut, au fond de la baie de Quinipiac. Telle fut l'origine du petit établissement de New-Haven (1639), devenu avec le temps, la ville la })lus florissante du Connecticut. C'est ici que l'on vit apparaître resj)rit de la congrégation dans toute sa splendeur et sa force ; les amis de Davenport n'avaient pas trouvé le Massachusetts assez orthodoxe pour y vivre.
Pour bien asseoir la suprématie des elders, ils déclarent dans l'acte primordial, base de leur pacte de gouvernement, que "l'Ancien Testament contient la règle la plus parfaite des devoirs envers Dieu et envers les hommes, (ju'il s'agisse de la direction des ftimilles ou de l'Etat ou de matières religieuses et qu'ils se considèrent comme tenus d'établir l'ordre civil le plus jjropre a assurer la paix ])ublique, tant pour eux que pour leur postérité, conformément à la loi de Moïse."
Cette profession de foi, })lus ou moins sincère, qui comportait une déclaration de guerre à l'Eglise anglicane et à l'autorité civile de la métropole, était surtout (h^stinée à mettre entre les mains de i)ersonnes à la dévotion de la secte, ini ])ouvoir discrétionnaire des plus dangereux, atteudu (ju'il dépendait de l'interprétation individuelle, et l'on sait à quel point cette interprétation était sujette aux variations les plus inattendues.