‹ Les États-UnisChapitre 18 sur 64 · WINTHROP · texte numérisé non relu

WINTHROP

A la veille de la révolution la population du Massachusetts s'élevait à un demi million d'habitants, et son commerce — importations et exportations — avec la <Trande-Bretagne, avait atteint un chiffre d'au moins deux millions de dollars. La population française du Canada n'était guère alors de plus de 70,000 âmes ! Tout

concourrait à favoriser le développement de cette colonie anglaise et de ses émules. Cinq causes différentes y poussaient des émigrés de tous les points de l'Europe et ces causes, souvent contradictoires, convergeaient vers la formation d'établissements prospères. C'est ainsi qu'au début, les puritains viennent chercher la liberté de conscience en Amérique. Cromwell arrive au pouvoir et les caraliers, persécutés, font voile en foule pour la Virginie. Puis le retour des Stuarts en Angleterre entraine une nouvelle émigration, sans compter celle des catholiques, qui sous la conduite de Lord Baltimore jettent les assises de Maryland.

Ce n'est pas tout ; la révocation de l'édit de Nantes provoque l'exode de France d'un fort contingent de huguenots que la Virginie, le Massachusetts, la Géorgie et le New-York sont heureux d'accueillir. Nous avons donc en présence cinq puissants agents d'émigration, dont l'action incessante pousse au nouveau monde de forts courants de ])opulation.

Voilà, résumée en quelques pages, la description, au point de vue politique, religieux et social, du Massachusetts, de la colonie type de la Nouvelle-Angleterre, au dix-septième et au dix-huitième siècle. Ses premiers colons avaient trompé l'Angleterre et sans égard pour les traditions, les liens de famille, rompu moralement avec elle dès les premiers jours. Leur hypocrisie s'exerça ensuite au détriment des aborigènes, traités avec la dernière sauvagei'ie par le puritanisme. Après cela, la Nouvelle-France ne devait s'attendre à aucune loyauté dans ses rapports avec ses sombres voisins. Un historien américain dit " cju'ils furent grossiers, durs, étroits, superstitieux, sujets à se tromper, mais toujours coura-

geiix, lioimêtes et sincères." ^^^ Les trois qualités qu'il ne semble accorder aux fondateurs de la Nouvelle- Angleterre que pour se faire pardonner les dures épitliètes qu'il leur applique, nous frappent rarement dans l'histoire des puritains. ^^*

Nous préférons reconnaître le grand sens pratique qui leur a indiqué les moyens d'arriver à la fortune sur un sol ingrat ; l'esprit d'indépendance qui a édifié l'autonomie puritaine ; l'entente de la politique qui leur a fait conquérir les droits de citoyens anglais ; enfin l'énergie indomi^table dans toutes leurs entreprises. Ce sont là des vertus civiques qui fondent les nations, mais ne les rendent pas aimables. Il n'y a laque les éléments d'une demi-civilisation. Les habitants du Massachusetts se sont montrés les plus violents, les plus persévérants, les plus nombreux des ennemis du Canada, à tel point que nos ancêtres ne voyaient que les "Bostonnais" dans les différentes troupes acharnées à la conquête de notre pays.

(1) Hildreth. — Often rude, hard, narrow, superstitions, and mis-

taken, but always earnest, downright, manly and sincère.

(2) Dès l'origine du Massachusetts, il s'établit des relations entre cette colonie et l'Acadie ; c'est ainsi que l'on voit de Charnisay solliciter l'inteivention de Winthrop en sa faveur dans sa luttre contre de Latour. Celui-ci fait une démarche semblable auprès du gouverneur puritain qid lui envoie quatre vaisseaux pour l'appuyer ; ceci se passait en 1643. (Voir Parkman, Old Régime in Canada, dernière édition).

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