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nouvelle colonie. Pour donner suite à leur plan, ils s'aidèrent des lumières du philosophe Locke, qui jouissait alors d'une grande réputation de savoir et d'habileté.
Il sortit de cette collaboration un système de gouvernement qui fut regardé, avant son exportation en Amérique, comme la merveille du siècle et la plus ingénieuse conception en l'espèce que le monde eût vue. L'ensemble de la constitution reposait sur le principe féodal et établissait, au sommet de l'édifice, une aristocratie foncière qui devait répugner aux libres allures des 4,000 colons déjà établis sur différents points de ce pays.
D'après le Grand Modèle — c'est ainsi que les contemporains de Locke désignaient son œuvre — les Carolines étaient divisées en huit comtés attribués à chacun des lords propriétaires décorés respectivement du titre de palatin, de grand chancelier, et de grand amiral, etc.
Chaque comté se subdivisait, à son tour, en huit seigneuries, et celles-ci en l)aronnies et en precincts, au nombre de quatre dans chacune des dernières subdivisions.
Les baronnies appartenaient à la noblesse, composée de deux ordres : celui des Imid graves ou comtes et celui des caciques ou barons.
Toute cette organisation reposait sur la propriété du sol, entraînant la substitution à l'infini et la perpétuité (les titres, attachés qu'ils étaient à la glèbe en vertu du principe féodal : Nulle terre sans seir/ rieur.
Les lords propriétaires s'étaient donné les deux cin- ([uièmes des terres dans chaque seigneurie, réservant les trois autres pour les colons.
Lorsque l'on voulut passer de la théorie à la pratique.
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et appliquer le Grand Modèle, les colons refusèrent énergiquement de l'accepter. Ses auteurs s'aperçurent alors (|u'il ne répondait pas aux besoins du pays et qu'on n'improvise pas un système de gouvernement, mais qu'il doit surgir du sein de la société qu'il est destiné à régir, pour s'adapter à ses goûts et à ses mœurs. La féodalité était née en Europe d'un état de choses qui n'existait pas en Amérique et n'y avait pas sa raison d'être. Le chefd'œuvre de Locke n'eut donc d'existence que sur le papier. On se hâta de (1698) le mettre de côté pour adopter une constitution semblable à celle qui existait dans les colonies voisines. ,
On se demande comment l'absurdité de ce plan n'avait pas frappé lord Shaftesbury, le chef des propriétaires et ses amis ? Comme les émigrés pouvaient avoir partout, dans les colonies voisines, des terres à vil prix, était-il raisonnable de croire qu'ils viendraient cultiver celles des comtes et des caciques sans espoir de les posséder en propre, et qu'ils accepteraient le servage dans les Carolines lorsqu'il leur était si facile d'être hommes libres ailleurs '{
La Caroline du Sud ne fut détachée de celle du Nord qu'en 1780. Le Grand Modèle n'avait pu s'implanter dans son sol ; comme sa voisine, elle répugnait à cette organisation compli(|uée, qui aurait gêné son développement. Sa population se comi)osait, en partie, de huguenots exilés de France par la révocation de l'édit de Nantes, et d'Anglais, chassés de la Grande-Bretagne, à raison de leurs opinions religieuses ou politiques. La républi(|ue de Cromwell avait poussé de ce côté un grand nombre de partisans de Charles 1er, parmi les(|uels se trouvaient beaucoup) de eavaliers. La pré-
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seiice (le ces derniers imprima à la population de la Caroline du vSud un cachet aristocratique qui persista longtemps, lui donnant, sous ce rapport, une ressemblance avec la Virginie peuplée, elle aussi en partie, par <les colons appartenant aux classes élevées de la (xrande- Bretagne.
Après l'échec du Grand Modèle, la Caroline du Sud, qui avait repoussé la féodalité qu'on voulait lui imposer, organisa sa société, autant ({ue possible, sur les bases d'un régime de privilèges. Les colons se taillèrent de larges domaines, oii leur existence s'écoulait dans une espèce de souveraineté s'étendant sur des esclaves de race noire ou rouge.
La population de la Caroline du Nord s'est recrutée, à l'origine, dans l'immigration très forte i\\\\ (juitta l'Irlande durant la seconde moitié du dix-huitième siècle. Les nouveaux venus étaient attirés de ce côté, par l'ambition bien légitime de trouver des terres en Amérique. De forts contingents d'Ecossais et d'Allemands vinrent aussi s'établir dans cette contrée. Vers la même époque, le gouvernement de cette colonie fit preuve d'une grande faiblesse, à tel point (|ue les propriétaires durent se liguer entre eux, pour se protéger contre les bandes de voleurs et de malfaiteurs qui l'infestaient. Les régulateurs— c'est le nom que ])ortait ce comité de sûreté— firent prompte justice de cette engeance qui avait exercé un régime de terreur.
La Caroline du Nord fut la première des colonies à
proclamer son indépendance lors de la révolution, et
c'est au fort Sumter, dans la Caroline du Sud, qu'à été
tiré (1861) le premier coup de canon de la guerre civile.
Une idée philantropique a présidé à l'établissement
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<le la Géorgie. Lord John Ogletliorpe, officier de l'armée anglaise et membre du parlement, voulut, en les établissant en Amérique, tirer de la misère et de la prison, une légion de débiteurs insolvables que la spéculation avait ruinés. A ces épaves du commerce, devaient se joindre tous les malheureux, incapables pour une raison ou pour une autre, de vivre de leur travail en Angleterre. Les autorités et la charité privée firent bon accueil à cette proposition. Il fut en conséquence décidé d'expédier ces individus en Géorgie. Le roi confia l'administration de la nouvelle entreprise à vingt commissaires, (|ui posséderaient la colonie en fidéicommis. Ces fonctionnaires, pour bien marquer le but désintéressé de leur (oeuvre, donnèrent à leur trust et à la Géorgie ces mots pour devise : Non dhi, sed aiiis, entourant un mûrier chargé de vers à soie. L'exécution de ce plan ne produisit que de piètres résultats, comme la plupart des innovations en matière de gouvernement. Les commissaires, trop entiers dans leurs idées, défendaient l'esclavage, et interdisaient l'importation du rhum que les colons regardaient comme indispensable pour combattre l'influence énervante du climat. Ils eurent bientôt fait de soulever tout le monde contre leur absolutisme. Le règne de la commission prit fin en 1752 et la Géorgie, devenue province royale, fut organisée à l'instar des colonies voisines.
C HAPITRE XY
Gouvernements des colonies.— Il en existait trois catégories— Quelle était la plus favorable au développement de la liberté ? — Tentative de confédération des Etats de la Nouvelle- Angleterre (16-1^4).
L'historien })ouiTait s'étonner de la merveilleuse facilité avec laquelle les Américains ont passé de l'état colonial à l'indépendance, s'il perdait de vue leur vie politique antérieui'e. La transition a été facile, parce (jue leur autononue provinciale était déjà pres(|ue complète. Il ne s'est agi pour eux, à la révolution, que de substituer le gouvernement central à l'autorité du parlement de Westminster.
Les gouvernements des colonies étaient de trois catégories différentes, en ce qui concernait l'origine du pouvoir et le dépôt de l'autorité suprême. Il y avait, en premier lieu, le gouvernement de province royale, puis celui de compagnies et enfin le gouvernement de pi-opi'iétaire.
Scnis le premier de ces régimes, la colonie relève directement du pouvoir royal, qui nomme le gouverneur, confère au peuple certains pouvoirs énumérés <lans une charte, (juant à ce qui regarde la confection des lois et ]'assi(»tt(* de l'impôt, le tout sujet au contrôle
(lu bureau colonial ou connue on disait alors, du l)ui'eau (les plantations.
C'est le gouvernement le moins favorable à l'expantion des libertés populaires et celui qui ouvre le plus la porte à l'arbitraire. Le gouverneur armé de pouvoirs mal définis, en abuse pour aider ses amis, et souvent pour se livrer lui-même à des exactions, aux dépens des colons. A ce point de vue, sir J. Berkeley a laissé en Virginie le souvenir d'un despote et d'un fonctionnaire rapace, iniplaca])le. Le gouverneur Andros, durant son administration, fit peser sur la Nouvelle-Angleterre une véritable tyrannie, applicpiant dans ces contrées le régime du gouvernement personnel. Les colonies ne redoutaient rien tant que de devenir provinces royales, comme cela est arrivé au New- York, au New- Jersey, au New-Hampsliire, aux Carolines, à la (xéorgie et à la Virginie, après la déchéance de leur charte. Il ne faut pas croire que ce régime (][ui tendait à l'absolutisme, trouvait des victimes résignées. Au contraire, la résistance à rarl)iti'aire s'organisait partout et les colons finissaient, après bien des efforts, par conquérir, l'un après l'autre, une forte partie de leurs droits civils et politiques.
Plusieurs grands seigneurs s'étaient taillé de vastes domaines en Amérique, sous l'autorité du roi. C'est ainsi que Charles I®"* avait donné le Maryland *^* à lord Baltimore et la Pennsylvanie à W. Penn. Ces concessionnaires portaient le titre de lords propriétaires. Le pouvoir dépendait de ces derniers, qui constituaient le gouvernement, concédaient les terres, nommaient les
(1) Mary 's land, ainsi nommé en l'honneur de la reine Marie.
gouverneurs et le conseil, et levaient les impôts avec le concours de l'assemblée générale élue par le peuple. Comme on le voit, les gouvernements de cette catégorie avaient un certain caractère féodal. Outre le Maryland et la Pennsylvanie, les Carolines, les Jerseys et le New- York, furent des colonies de propriétaires à leur origine ; ces quatre dernières devinrent pour différentes raisons provinces royales.
Dans les colonies de propriétaires, le roi et le lord propriétaire avaient le droit de veto sur la législation, que le gouverneur lui-même exerçait en vertu de ipielques chartes. Les terres n'étaient pas, comme dans les gouvernements de compagnie, la propriété des colons. Ils les occupaient moyennant des prestations annuelles appelées quit rents.
Enfin il y avait les gouvernements de compagnies, les plus recherchés de tous.
Placés plus loin ([ue les deux autres de la cimronne, ils jouissaient d'une quasi indépendance, qui tendait tout naturellement à s'affermir avec le temps et qui finit par les rendre très jaloux de toute autorité supérieure.
Leurs lois devaient être conformes à celles de l'Angleterre, mais n'étaient pas nécessairement soumises à la sanction royale. I^a grande générosité de la mère-patrie à l'égard des gouvernements de compagnies n'empêcha pas les colonies qui en étaient dotées, d'être les premières à se soulever contre son autorité. Ainsi c'est au Massachusetts, régi longtemps par une société, que prit naissance le mouvement populaire, qui se propageant au loin, aboutit à la guerre de la révolution.
Dans les gouvernements de cette dernière catégorie, les compagnies tenaient du roi des lettres patentes qui
leur donnaient, avec la propriété d'une certaine région, le pouvoir de constituer une administration. Ces chartes étaient plus ou moins libérales, mais l'autonomie- des gouvernés devait fatalement en découler, entre les mains de gens imbus des idées anglaises de l'époque, et avec l'inclination naturelle au self-goternment des Anglo- Saxons. C'est dans les gouvernements de compagnies, presque tous placés dans la Nouvelle- Angleterre, que la liberté politique s'est développée le plus rapidement.
En voyant à l'œuvre tous ces groupes anglais établis sur différents points de l'Amérique, on ne peut s'empêcher d'admirer leur esprit d'organisation et l'ensemble des idées d'ordre qu'ils possédaient. Ils sont pénétrés du sens pratique de la vie* politique à un degré que l'on ne voit nulle part, à cette époque, sinon dans la (xrande- Bretagne. On peut même soutenir qu'ils sont plus avancés que leurs congénères d'outre-mer, car ceux-ci se contentent de marcher dans les sentiers l)attus, redoutant les innovations et s'en tenant toujours, dans leur guerre contre les privilèges de la couronne, aux droits importants garantis par les anciennes chartes de l'Angleterre. Tout autre est l'esprit des exilés anglais ; ils ne répugnent point aux réformes politiques, eux qui ont tant sacrifié à la réforme religieuse. Conservant les grandes lignes des institutions anglaises, ils s'efforcent de les adapter aux circonstances nouvelles où elles fonctionnent. Privée du contrepoids que lui donnent, dans la (Traiide- Bretagne, le roi et la chambre des lords, la constitution trouvera en Amérique un contrôle dans l'influence énorme de l'Eglise qui fait échec à tout mouvement populaire trop avancé.
C'est cet esprit pratique et prévoyant qui pousse le
groupe des plantations de la Nouvelle- Angleterre à se former en confédération, malgré le sentiment autonomiste si fort dans chacune d'elles ; mais le danger commun leur suggère de concentrer leurs forces pour la défense générale. Ce pacte fédératif remonte à 1644 et c'est en germe ce qui servira de base à l'union américaine. De même que les colons s'étaient donné des institutions conformes aux nécessités de l'administration de leurs affaires locales, de même ils rédigèrent, de toutes pièces, une constitution appropriée aux exigences des colonies confédérées. D'après la convention de 1644, acceptée par le Massachussetts, New-Plymoutli, le Connecticut et le New-Haven, le pouvoir fédéral était confié à un conseil composé de délégués élus à raison de deux par chaque province. Il avait mission de prendre les mesures nécessaires à la sûreté de l'Etat, à la mise sur pied de guerre de la milice, à la répartition des contributions qu'entraînerait la défense commune. Aucune colonie ne pouvait être admise sans le consentement unanime des premiers signataires de l'acte d'union.
Cette confédération n'eut pas tout le succès qu'on en attendait ; elle répondait à des besoins trop restreints, trop passagers pour contrebalancer les défiances et les jalousies que suscitait le Massachusetts dont l'influence pesait d'un trop grand poids dans les délibérations. Ce n'en fut pas moins une conception hardie pour l'épociue.
N'était-il pas facile de prévoir que* des hommes qui avaient un sentiment si vif de leurs intérêts, une perception si claire de leur avenir, un esprit d'indépendance si caractérisé, porteraient un jour leur ambition bien haut, et seraient aussi jaloux de leurs droits politi-
ques qu'ils l'a valent été de leur liberté religieuse ? Il était évident que toute contrainte leur serait à charge et que tout contrôle arbitraire qu'on voudrait leur imposer, les jetterait dans la révolution.
Bien que la confédération eût pratiquement cessé d'exister en 1667, elle avait créé un lien moral ({ui servit, à maintes reprises, pour unir librement ces colonies dans une action commune, se terminant avec les causes qui l'avaient provoquée.