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CHAPITRE XXIX

Adains est accusé d'avoir obtenu la présidence au moyen de la corruption. — Les partis actuels aux Etats-Unis prennent naissance sous son administration. — Nouveau tarif des douanes. — Début du régime protectionniste aux Etats-Unis.

Monroe ayant décidé de prendre sa retraite à l'expiration de sa présidence, quatre candidats, le général Jackson, John Q. Adams, Henry Clay et Crawford, se mirent sur les rangs pour se disputer sa succession. Comme aucun d'eux ne réussit à obtenir le nombre de voix nécessaire (la majorité des suffrages du collège électoral) pour rendre l'élection valide, le choix du président revint à la cliambre des représentants qui appela Adams à la suprême magistrature de la république. C'était un liomme énergique, dédaigneux de la po])ularité et antipathique aux masses à raison de ses allures d'aristocrate, prises au contact des grands seigneurs durant sa carrière d'ambassadeur auprès de ])lusieurs cours européennes.

Henry Clay avait abandonné la partie, et toute son influence et celle de ses amis, mise au service d'Adams, assurèrent son élection. Celui-ci s'empressa d'appeler (Jlay au poste de secrétaire d'Etat. Cette nomination fit pousser de hauts cris à Jackson et à son parti.

C'était le prix de la trahison, disaient-ils, le prix des services rendus par Clay à Adams. L'accusation de corruption dirigée contre le président et son ministre ne put jamais être établie.

Si l'époque de Monroe avait vu le règne de la paix, celle d'Adams fut marquée par l'acrimonie de discussions acerbes. C'est à cette date que remonte l'origine des })artis qui existent aujourd'hui aux Etats-Unis. Adams se réclamait des fédéralistes, qui ne comptaient plus comme organisation politique et dont l'héritage était passé aux nationaux républicains, aux whigs, comme on les appelait parfois. A la faction adverse commandait le général Jackson, le chef des démocrates, (|ui prétendait s'inspirer des idées de JefFerson. L'attachement à l'union, le respect aux droits des Etats, la soumission aveugle aux volontés populaires, tel était le programme des démocrates, qui puisaient leur force surtout dans le 8ud et prenaient l'esclavage sous leur j)rotection. Pendant de longues années, ce parti fournira des présidents à la république.

Il y eut, sous l'administration Adams, un remaniement sérieux du tarif dans le sens des idées protectionnistes. Les premiers droits à l'importation sur les marchandises étrangères dataient de l'année 1816, et — chose qui paraît singulière de prime abord, au regard de l'opposition acharnée que le Sud fit, en 1824, à cette politique — c'était Calhoun, qui avait alors réclamé un relèvement du tarif comme mesure de représailles contre l'Angleterre, qui gênait l'importation chez elle du coton américain. A cette époque, Calhoun soutenait, ainsi que tous les Etats à esclaves, que le régime de la protection favoriserait l'établissement de nom-

breuses manufactures auxquelles le Sud fournirait la matière première. Sa prédiction se réalisa ; mais, par malheur, on négligea de fonder la filature à côté du champ de coton, et la Nouvelle- Angleterre, qui avait d'abord vu le nouveau tarif avec un mauvais œil, saisit bientôt tout le parti qu'elle en pourrait tirer. Des manufactures s'élevèrent partout au Nord et, en 1824, ses représentants, mis en appétit par leur succès, réclamèrent un relèvement de droits qui frappaient une foule d'articles nécessaires à l'agriculture et aux plantations du Sud. L'opposition à cette augmentation d'impôts se fit violente et ses adversaires la dénoncèrent comme une mesure arbitraire et tyrannique.

La lutte entre les deux grandes sections du pays, sur le terrain économique, commencée à cette époque, se continuera jusqu'à nos jours. On verra, sous l'administration de Jackson, le Sud agriculteur, exaspéré, prêt à résister, manu militari, à ce qu'il appelait les exactions de l'industrie de la Nouvelle-Angleterre.

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