‹ Les Êtats-Unis au xx' siécleChapitre 43 sur 92 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Importance et développement de l'Indu américaine. — Ses caractères générau Les causes de sa supériorité.

Les États-Unis sont aujourd'hui un pays indu autant qu'un pays agricole. Certes l'agriculture i serve un rôle très important : c'est, de toutes les ches de l'actiTitë humaine, celle qui y occupe i( grand nombre de personnes ; c'est elle qui tii place tout à fait prépondérante dans le commerce rieur de l'Union, puisqu'elle lui fournit près des tiers de ses exportations. Mais l'industrie emploi maintenant, des capitaux supérieurs et donm somme de produits plus considérable que l'agricu et, si la concurrence américaine a paru, jusqu derniers temps , moins redoutable aux indus qu'aux cultivateurs du Vieux-Monde, il n'en est p même aujourd'hui, il n'en sera surtout plus de i k l'avenir. On est eo droit de penser, semble-t^il, pour la généralité des denrées agricoles, laconcui des États-Unis a produit déjà son plein effet, qu

atteint son maximum d'intensité. Les terres à la fois vierges et vraiment fertiles s'y faisant plus rares, lapopulation continuant à s'accroître rapidement et devenant de plus en plus urbaine, il ne semble pas que les prix des denrées agricoles puissent beaucoup baisser aux Etats- Unis, ni que leur produc tion soit destinée à s'y accroître beaucoup plus vite que leur consommation. L'excédent disponible pour être exporté sur les marchés du dehors ne paraît donc pas devoir s'augmenter beaucoup *. De fait, si l'on compare le commerce extérieur de l'Union aujourd'hui et il y a vingt ans et si, pour écarter l'influence des oscillations accidentelles, on met la moyenne des trois années 1880-1881-1882 en regard de celle de 1900-1901-1902, on voit que, si l'ensemble des exportations a passé de 814 à 1.396 millions de dollars, augmentation de 72 p. 100, les exportations de produits agricoles se sont élevées seulement de 656 à 877 millions de dollars, gagnant 221 millions, ou 34 p. 100, tandis que les exportations d'articles manufacturés ont monté de 117 à 416 millions de dollars, soit un progrès de 299 millions ou de 250 p. 100 ^. Ainsi la puissance d'expansion de l'industrie des États-Unis paraît aujourd'hui supérieure à celle de l'agriculture.

1. Nous parlons ici, bien entendu, en thèse générale et pour les principaux articles d'exportation, blé, coton, viande même, dont les envois au dehors nous semblent devoir, non pas décroître, mais augmenter plus lentement que par le passé. Certaines denrées, qu'on s'est mis à produire depuis peu, peuvent faire exception : telles les huiles, notamment les huiles de coton dont les exportations se sont beaucoup accrues dernièrement, peut-être un jour le sucre dans les possessions exotiques des Etats-Unis, voire plus tard le riz, dont on commence à s'occuper fort dans le Sud, et diverses autres marchandises relativement secondaires.

2. Le reste des exportations est formé des produits des mines, forêts et pôchcries. Ces chiffres sont extraits du Statislical Abs^ tract of the United States pour 1902.

Lo dévcloppament de la grande industrie est plus récent aux Etats-Unis que dans les pays avancé-^ "i" l'Europe, l'Angleterre, la France et même l'AlIema Tant que les colonies américaines restèrent soumii la métropole, la rigueur du système mercantile oi cha d'y fonder aucune manufacture. Après la conq de leur indépendance, l'agriculture y conserva, 1 temps encore, une prépondérance absolue et reje1 second plan l'industrie, comme il arrive en gér dans les pays tout à fait neufs, où les capitaux rares, rares aussi les capacités techniques et les ouv; habiles, oîi un marché étroit n'offre que des débou précaires et où les profits considérables que l'on retirer de la mise en valeur d'un sol vierge, de l'es tation des forêts, voire de la récolte des produits i rels spontanés, détournent les hommes delatdche ( pliquée, nécessitant de fortes avances, qu'est l'indu proprement dite. « Il semble probable, dit le rap sur le Census de 1900, que, jusque vers 1830, la m des objets fabriqués aux Etats-Unis sortait de l'échi ou de l'atelier domestique, où ils étaient produits le travail de la famille ou par des artisans individi aidés d'apprentis, en opposition avec le système ai du travail d'usine, rémunéré par des salaires et as de sources d'énergie diverses ' ».

Ce n'est pas que, dès avant 1850, certaines indus n'eussent déjàcoramencé à se concentrer dans de vi établissements. Le mouvement avait débuté, dit le port sur le Census, dès la guerre de 1812, qui ii

i. Assiated hy pouier, dit simplement le telle anglais, cuprimer que diverses forces, colles <Ib la vapeur, do l'au l'uir comprimé, de l'électricité, viennent au secours de i'hc dans l'usine moderne, alors que l'ancien atelier familliit ne naissait que la forcu humaine.

rompit les relations entre les États-Unis et l'Angleterre. Il fut rapide dans les industries textiles ; en 1823, fut fondée Lowell, la première des nombreuses villes purement manufacturières qui font aujourd'hui de TEtat de Massachusetts un second Lancashire ; mais il n'y avait pas encore, à cette date, de population vraiment ouvrière. Dans ses Lettres sur V Amérique du Nord, Michel Chevalier, visitant Lowell une dizaine d'années après sa fondation, fait la description, presque idyllique, de cette Salente industrielle où, à côté des vastes usines, se trouvaient des boarding houses, des maisons de famille bien tenues, dans lesquelles, sous la surveillance de respectables matrones, logeaient les ouvrières, filles des farmers, des petits propriétaires des environs ; elles se constituaient un pécule en travaillant quelques années aux manufactures, puis s'en retournaient aux champs. Cette organisation est la première étape sur la route de la grande industrie ; on peut voir aujourd'hui, et j'ai vu moi-même au Japon, comme en Russie, et comme on le pouvait voir en Angleterre dans le dernier quart du xviii* siècle, des dortoirs annexés aux salles d'ateliers afin de recevoir les ouvriers recrutés à la campagne pour quelques années, voire pour quelques mois *. Mais, passant à Lowell plus de soixante ans après mon grand-père, je n'en ai plus trouvé trace : en Amérique la première étape est depuis longtemps franchie. De 1830 à 1880, le développement de la grande industrie devient très rapide. En 1850, les filatures de coton du Massa-

1. Ces dortoirs russes ou japonais, dont la tenue parait souvent médiocre, sont d'ailleurs fort inférieurs aux maisons pour ouvrières que Michel Chevalier décrit à Lowell. Les auteurs contemporains font, d'autre part, les plus tristes descriptions des casernements où l'on entassait en Angleterre, à la fin du xvni« siècle, les enfants recrutés pour le travail des manufactures et du régime auquel ces malheureux étaient soumis.

DâVELOPPBHBRT DB l'iHDDSTRIE AHâlUCAINE 189

chueette comptent 1.388.000 broches contre 340.000 en 1830 ; en 1860, elles en ont 1.688.000. De 1850 à 1860, sinon même dans ia décade précédente, se fond — ' -*grandes Sociétés pour exploiter l'industrie du fei l'acier, celle des cuirs, d'autres encore. D'après tingué statisticien anglais Mulhall, les produits facturés des États-Unis, dont la valeur s'éle' 1.340 millions de francs en 1820 et à 3 mi 335 millions en 1840, atteignaient le chiffre de 9 mi 530 millions en 1860, approchant beaucoup de la I et de l'Allemagne, et distancés de loin parla sen gleterre '.

Depuis 1860, l'essor industriel des États-Unis inouY. Nous ne saurions mieux en rendre compte extrayant du rapport ofllciel un assez court b qui résume la situation de l'industrie araéricair divers Census, et qui en fait admirablement rei ies extraordinaires progrès.

I DB L'iHDUSTBtB A

1880, 1890 BT 1900 (Toates les v&lenrs sont en millioDa de dollan.)

1800 ISS» 1880 Nombre des établisBe-

menU 140.433 2S3.S52 3S5.41S

Capital l.tUO 2.790 S.625

1. Voici quels étaient hiit mêmes époqnes, d'après M {Dictionary of ilalwlies) les chilTres relatifs aux produite facturés des principaux paya d'Kurope en millions de rroi

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