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CHAPITRE VII L'industrie du fer et de l'acier

Ue toutes les branches de Tindustrie américaine, l'industrie du fer et de Tacier est celle qui attire le plus l'attention du monde par l'extrême rapidité de ses progrès, par la concurrence dont elle menace les métallurgistes européens, par la constitution du gigantesque t7ncst de l'acier, qui en réunit la plus grande partie sous une même direction et dont le capital colossal, de plus de 5 milliards de francs, frappe les imaginations. C'est bien, d'ailleurs, par tout l'ensemble de son organisation, le type par excellence de l'industrie d'Outre- Atlantique, et l'on y trouve réunis tous les éléments qui ont contribué aux succès industriels des Américains : vastes richesses naturelles, extrême concentration, machinisme très avancé et sans cesse perfectionné, habileté de la main-d'œuvre comme de la direction.

Nous ne saurions mieux donner une idée de l'évolution de l'industrie métallurgique américaine, qui l'a portée au premier rang du monde entier, qu'en reproduisant le bref tableau dans lequel le rapport sur le Census de 1900 résume les principales données y relatives lors de chacun des recensements qui se sont succédé depuis 1870 :

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SITUATION DE l'iNDU STRIE MÉTALLURGIQUE EN 1870, 4880

Nombre des établissements . 808 792 719 669

Capital (mUlions de doU.) . . 121,8 209,9 414,0 590,5

Employés payés à l'année. . ? ? 4.325 9.217

Traitements (millions de dol.). ? ? 6,5 11,7

Ouvriers 77.755 140.798 171.181 222.607

Salaires (millions de doU.). . 40,5 • 55,5 89,3 120,8 Dépenses diverses (millions

de dollars) ? ? 18,2 32,3

Valeur des matériaux employés (millions do dol.). . 135,5 191,3 327,3 522,4 Valeur des produits (millions do dollars) 207,2 296,5 478,7 804,0

Il convient de remarquer que les valeurs constatées par le Census de 1870 sont en dollars-papier; or, les États-Unis étaient alors au cours forcé, à la suite des énormes émissions de billets de la guerre civile, et la prime de Tor fut, en moyenne, de 25 p. 100 pendant Tannée qui précéda le Census de 1870 ; autrement dit : 5 dollars-papier valaient 4 dollars-or; il faut donc diminuer d'un cinquième toutes les valeurs indiquées dans la première colonne du tableau ci-dessus pour les rendre comparables aux suivantes.

Ce qui se dégage tout d'abord, et de la manière la plus frappante, de ce tableau, c'est la concentration de l'industrie : le nombre des établissements n'a cessé de diminuer^ tandis que tous les autres éléments, capital, ouvriers, salaires, valeur des matières premières et

1. En réalité, cette diminution ne paraît s'être produite qu'à partir de 1880; le nombre d'établissements porté en 1870 comprend ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas ; pour 1880, 1890 et 1900, on n'a porté, au contraire, que les établissements travaillant.

valeur des produits, augmentaient avec une extrême rapidité. Chaque établissement est donc bien plus considérable en 1900 qu'en 1870, 1880 ou 1890. Ceci n'est pas l'effet des trusts, car, si l'on veut se reporter à la définition du terme <c établissement » que nous avons donnée, d'après le rapport sur le Census, dans notre premier chapitre sur l'industrie américaine, on verra que la constitution d'un trust, opération surtout financière et commerciale, laisse presque toujours leur individualité industrielle aux établissements qui le composent. C'est l'effet de la disparition d'un certain nombre de petites usines peu appropriées aux conditions modernes de la production, tandis que les grandes se sont encore énormément accrues et ont fort augmenté la puissance de leur matériel.

Ce qui a progressé le plus vite, c'est le chiffre des produits, si l'on considère non pas leur valeur, mais leur tonnage : 3.263.000 tonnes en 1870 ; 6.487.000 en 1880 ; 16.264.000 en 1890 ; 29.508.000 en 1900. Ils ont presque décuplé en trente ans, tandis que le nombre des ouvriers n'a pas triplé : un ouvrier est donc susceptible de manufacturer aujourd'hui trois fois plus de produits qu'il y a trente ans. Comme la force musculaire de l'homme ne s'est pas accrue sensiblement, comme le nombre de ses heures de travail, loin d'augmenter, s'est réduit, cela donne une idée de l'extension de l'emploi des machines et de l'accroissement de leur puissance.

Le capital, lui, a presque sextuplé depuis 1870, tenant compte, ainsi qu'il convient de faire, de la dépréciation de la monnaie il y a trente ans; de 1870 à 1890, il avait augmenté plus vite que la valeur des produits ; de 1890 à 1900, c'est cette dernière qui a progressé plus rapidement. Les capitaux nouveaux engagés dans l'in-

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dustrie métallurgique ont donc été plus productifs durant la dernière décade que durant les précédentes, ce qui doit correspondre à de plus grands progrès techniques.

La somme totale des salaires a augmenté plus vite que le nombre des ouvriers de 1880 à 1890 et de 1890 à 1900, ce qui indique un accroissement du salaire moyen : cet accroissement a même été plus sensible qu'il ne ressort du simple rapprochement de chiffres, parce qu'en 1880 et même encore partiellement en 1890, on a compté comme ouvriers un certain nombre de personnes qui étaient en réalité des employés et dont les traitements venaient gonfler abusivement la somme des salaires; le Census de 1900 a remis les choses dans l'ordre. De 1870 à 1880, on remarque que la somme des salaires a augmenté de 72 p. 100, si on les réduit, pour 1870, à leur valeur en or; ils n'ont, au contraire, augmenté que de 37 p. 100, si l'on prend, pour ladite année, leur valeur en papier. Le premier rapport, 72 p. 100, correspond, à peu de chose près, au taux d'accroissement du nombre des ouvriers (81 p. 100) de 1 870 h 1880 ; le second rapport, 37 p. 100, est très inférieur à ce taux et indiquerait une très forte réduction du salaire individuel moyen entre 1870 et 1880. Or aucune raison intrinsèque ne vient motiver pareille réduction de salaire. Cette observation confirme donc, chose intéressante à remarquer en passant, que les salaires comme, du reste, tous les prix tendent à se régler non sur la valeur nominale d'une monnaie, mais sur sa valeur véritable, exprimée en or, quoi qu'en pensent les inflationistes de tout acabit. Enfin, remarque banale si l'on veut, mais toujours utile à faire pour répondre aux détracteurs de la société moderne, la hausse des salaires rapprochée de la baisse de la valeur moyenne des produits — qui est un phénomène général

— montre combien l'aisance de l'ouvrier s'accroît sous le régime de la grande industrie.

L'industrie du fer et de l'acier comprend deux grandes divisions : la production de la fonte brute, qui se fait aujourd'hui dans les hauts fourneaux en mettant le minerai de fer en présence du charbon et d'un « fondant » à très haute température ; puis la transformation de cette fonte brute en acier, en fer ou en fonte de moulage, et la fabrication à l'aide du métal ainsi obtenu des articles finis de tout genre. C'est à la production de la fonte dite brute que se mesure l'importance de l'industrie métallurgique d'un pays; d'ailleurs, dans les contrées où cette industrie a atteint le plus haut degré de perfection, la plus grande partie de la fonte est transformée en acier, qui est un métal supérieur au fer et l'a remplacé pour la plupart de ses usages, notamment pour les rails, la construction, les navires, comme le fer lui-même a jadis remplacé le bois.

Les États-Unis sont, depuis une douzaine d'années, le pays du monde qui produit la plus grande quantité de fonte de fer. En 1870, leur production n'était encore que de 1.833. 000 tonnes ; en 1880, de 3.376.000 tonnes; en 1890, elle atteignait 8.845.000 tonnes et les États-Unis enlevaient le premier rang à l'Angleterre; en 1900, elle s'élevait à 14.452.000 tonnes. Ces chiffres sont ceux qu'on a relevé lors des Census successifs; d'après les renseignements donnés par les journaux spéciaux américains, la production de 1902 n'a pas été moindre de 17.890.000 tonnes, soit plus de 40 p. 100 de la production du globe qui s'élève à 43 millions de tonnes environ. On sait que la France ne produit que 2 millions et demi de tonnes de fonte et la Belgique 1 million à peine. L'Allemagne et la Grande-Bretagne qui sont les deux grands producteurs européens, n'atteignent pas,

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