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IBSI. 1877.
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Il ressort de ces chiffres que les progrès des États- Unis, rapides jusqu'en 1860, se sont trouvés arrêtés ensuite jusqu'en 1870 par la désastreuse guerre de Sécession et ses conséquences. Ils ont repris depuis lors et ont été, en particulier, très considérables dans la dernière quinzaine d'années, le nombre des broches et la consommation du coton ayant augmenté presque aussi vite aux États-Unis que dans tout l'ensemble du continent européen. Au contraire, l'industrie britannique s'accroît beaucoup plus lentement, bien qu'elle tienne encore de très loin la tête. Ceci n'a rien qui doive surprendre et n'est point un signe de décadence, mais tient seulement à ce que TAngleterre perd nécessairement, au fur et à mesure que le temps passe, l'avantage que lui conférait le fait de s'être lancée dans l'industrie la première de toutes les nations, d'avoir la première exploité ses mines de houille et construit des machines perfectionnées, tandis qu'elle se ressent de l'inconvénient d'avoir une population moindre et moins rapidement croissante que certains de ses concurrents, les États-Unis surtout.
L'industrie britannique se plaint de la dureté des temps ; mais elle n'est pas seule à se plaindre, et il ne faudrait pas croire que l'industrie américaine soit à l'abri des vicissitudes qui assaillent celle du vieux monde. « Le développement de l'industrie, dit le rapport sur le Census de 1900, est une preuve suffisante qu'elle a été profitable. Elle a, néanmoins, passé par des périodes prolongées de découragement et de perte. La marge entre le prix d'une livre de coton brut et celui d'une livre de marchandises, fil ou tissu, se trouve si faible, en présence de l'active concurrence qui existe, que les profits d'une usine durant toute l'année peuvent dépendre de la chance ou du jugement (jui a pré-
L INDUSTRIE TBXTILE >'
sidé h l'achat de la matière première au moment fa rable ou défavorable, et ceci dépend, à son tour, d( bonne fortune ou de l'habileté de l'acheteur dans prévisions sur la récolte future... Pendant les dix d nières années deux influences ont agi pour réduire profits industriels : les très grandes fluctuations di les prix ducoton et l'accroissement de la concurrence au développement de l'industrie dans le Sud. La p mière influence s'est fait sentir partout ; la seconde porté préjudice qu'aux manufactures du Nord, n
Le fait le plus remarquable et le plus important, i seulement pour les États-Unis, mais pour le monde, ■ se soit produit depuis une dizaine d'années dans l'I toire de l'industrie cotonniëre américaine, c'est, en el l'établissement et le. merveilleux développement de c< industrie dansie Sud. Cette région des États-Unis, quip duit tout le coton du pays, ne le manufacturait pour ai dire pas, jusqu'en 1880. L'esclavage, qui y régna jusqu 1865, n'est pas un régime économique compatible a la grande industrie ; après cette date, les blessures d guerre civile furent longues à panser; quelques ma factures commencèrent à s'établir après 1870; m; on 1880, elles ne comptaient encore que 600.000 t ches. En 1887, elles arrivaient i 1.225.000 sur 13 millions et demi que possédaient alors les États-Ui en 1900 à 4.540.000 sur 19.130.000; en 1903, enfli 7.040.000 sur un total de 22.240.000. Au contraire. 1 dustrie cotonnière se développait assea lentement d le Nord et le Centre, puisqu'en seize ans, de 1887 àlS le nombre des broches existant dans ces régions, passéseulementde 12. 275.000àl5. 200.000. La Noove Angleterre est ainsi logée presque à la mémo ensei; que la vieille Angleterre.
i>a prospérité de l'industrie du Sud ne lient pas ;
lement à ce que les salaires y sont plus bas. Il est incontestable qu'ils le sont : les 97.559 ouvriers employés dans les fabriques de cotonnades du Sud n'ont touché, en 1900, que 17.609.000 dollars de salaires, ce qui ne fait guère que 180 dollars, soit seulement 934 francs par tête, tandis que les 164.944 ouvriers de la Nouvelle- Angleterre ont reçu 56 millions S58.000 dollars, soit 340 dollars ou 1.762 francs par tôte. Dans les États du du Centre, où l'industrie cotonnière est, d'ailleurs, beaucoup moins développée, les salaires se rapprochent de ceux de la Nouvelle-Angleterre. Il est vrai qu'on emploie dans le Sud, comme en tout pays où l'industrie est très jeune, beaucoup plus d'enfants que dans le Nord. En Nouvelle-Angleterre, 48,2 p. 100 des ouvriers cotonniers sont des hommes, 45,1 p. 100 des femmes, 6,7p.lOO des enfants; dans le Sud, 41,6 p. 100 sont des hommes,
33.4 p. 100 des femmes et 25 p. 100 des enfants. Ce sont les chiffres de 1900. Vingt ans plus tôt, on comptait, en Nouvelle-Angleterre, 36, 2 p . 1 00 d'hommes, 49, 7 p. 100 de femmes et 14,1 p. 100 d'enfants; dans le Sud (où l'industrie ét^it embryonnaire), 28,4 p. 100 d'hommes,
46.5 p. 100 de femmes, 25,1 p. 100 d'enfants. Partout, aux États-Unis, on voit donc le nombre des femmes occupées dans l'industrie diminuer et tomber même à une proportion remarquablement faible pour l'industrie textile : « L'emploi de certaines machines modernes, dit le Census, oblige à avoir recours aux hommes, parce qu'il dépasse les limites de la résistance physique et surtout nerveuse des femmes. » Il en est ainsi, notamment, des métier» automatiques à grande vitesse dont un grand nombre (huit et même au delà) sont confiés à un seul ouvrier. Il est heureusement probable que le nombre des enfants va bientôt se mettre à diminuer dans le Sud, comme il l'a fait dans le Nord. On corn-
l'industrie textile 347
mence à noter déjà un mouvement en ce sens, depuis que le Census a été fait.
Mais, à côté et au-dessus des bas salaires, il y a une autre cause au développement de l'industrie dans le Sud : c'est que les usines sont toutes pourvues du matériel le plus moderne. La première manufacture de coton où toute la force est distribuée électriquement, sans aucun emploi de courroies ni de transmissions métalliques, a été construite dans le Sud. Ayant, grâce aux bouillères de TAlabama et du Tennessee, ainsi qu'à diverses chutes d'eau, la force motrice à aussi bon compte, sinon meilleur marché, que dans le Nord, et la matière première de même, il n'y a pas de raison pour que l'industrie cotonnière du Sud ne devienne pas aussi prospère que celle du Nord; jusqu'à présent, elle se consacre surtout à la fabrication des gros numéros de fils et de tissus communs ; mais déjà elle a pris le pas sur le Nord pour l'exportation. C'est de la Caroline du Sud, l'un des États jadis le moins manufacturiers de l'Union, que viennent 45 p. 100 des exportations de cotonnades des États-Unis, et l'ensemble du Sud figure pour les deux tiers dans ce commerce. C'est pourquoi la création de cette nouvelle industrie intéresse non seulement l'Amérique, mais le monde. Le Sud des États-Unis sera d'ici peu le plus rude concurrent de l'Europe pour les exportations de cotonnades communes dans les pays neufs.
L'industrie lainière, qui avait été la principale industrie textile des États-Unis de 1860 à 1890, sinon par l'importance de ses capitaux et le nombre de ses ouvriers, du moins par la valeur de ses produits, a dû céder' la première place, depuis une dizaine d'années, à l'industrie du coton, qui reprend ainsi le rang qu'elle occupait avant la guerre civile. L'Union américaine est moins
favorisée de la nature pour la fabrication des lainages que pour celle des cotonnades : elle est beaucoup moins bien pourvue de matières premières; en outre, si grand que soit le rôle des perfectionnements mécaniques dans la première de ces industries^ il y est sensiblement moindre que dans la seconde, et, de ce fait,, la terre par excellence du machinisme voit s'atténuer un des éléments habituels de sa supériorité. Enfin, en tout pays, l'usage croissant des étoffes en coton fait que les manufactures de laine voient croître leurs débouchés moins rapidement, et la production règle naturellement sa marche sur la consommation. Malgré tout, l'industrie lainière est encore fort puissante aux États-Unis et, bien que 1900 ait été pour elle, en Amérique comme ailleijrs, une année de crise, les statistiques recueillies par le XIP" Census attestent sa vitalité.
Les États-Unis, avons-nous dit, sont au troisième rang des pays du monde en ce qui concerne la consommation de la laine : le dernier Census estime que cette consommation s'est élevée chez eux, en 1900, à 394 millions de livres anglaises ou 177 millionsde kilogrammes, alors qu'elle a dû être de !2â6 millions de kilogrammes en Grande-Bretagne et 206 millions en France; en 1890, la consommation américaine était d'un peu moins de 373 millions de livres ou de 168 millions de kilogrammes. Il y a donc eu, dans l'intervalle des deux recensements, une augmentation, assez modique, d'environ 6 p. 100; c'est peu de chose, comparé à l'énorme accroissement de la consommation cotonnière qui, dans le môme laps de temps, s'est élevée de plus de 60 p. 100. Il est vrai qu'on paraît avoir consommé, en 1900, sensiblement moins de laine que durant les années qui ont immédiatement précédé : les cours de la matière première avaient démesurément haussé et nombre d'industriels,
L'INDUSTRIE TSXTILB 349
devant Timpossibilité de faire accepter à leur clientèle des prix correspondants pour les articles manufacturés, avaient suspendu ou ralenti leur fabrication. En faisant la somme des laines indigènes produites chaque année, et des importations^ puis déduisant les exportations (qui sont insignifiantes), on arrive à une moyenne annuelle, pour la période 1891-1900, de 444 millions de livres ou 200 millions de kilogrammes, ce qui doit bien représenter à peu près la moyenne de la consommation, car rien ne permet de supposer qu'il y ait eu, k la fin de 1900, un stock beaucoup plus considérable qu'à la fin de 1890. Sur ces âOO millions de kilos, 128 millions représentent la production indigène, et 72 millions l'importation étrangère; pour la décade 1881-1890, on peut estimer, parle mémeprocédé, laconsommation moyenne annuelle à 167 millions de kilos, dont 117 millions de laines indigènes et 50 millions de laines d'importation. La quantité de ces dernières a, d'ailleurs, beaucoup varié, suivant les années et suivant surtout les variations des droits de douane. De 1890 à 1894, sous le régime du tarif Mac Kinley l'importation annuelle était de 57 millions de kilos en moyenne; de 1894 à 1897, sous le régime du tarif Wilson, qui supprimait toute taxe sur la laine, elle monte à 123 millions de kilos; de 1897 à 1900, les droits élevés du tarif Dinglcy la font retomber à 53 millions de kilos. En 1900, elle tend, cependant, à se relever, parce que les stocks considérables, que l'on avait constitués en 1896 et au début de 1897 en prévision de la réimpos*ition des droits, s'épuisent. Il est intéressant de remarquer que sur 58 millions de kilos de laines importées en 1900, 44 millions de kilos sont destinés à la fabrication des tapis, et 14 millions seulement à celle des tissus, lainages divers et bonneterie de laine. Les laines indigènes de l'Amérique du Nord, qui
sont généralement ûnes^ monopolisent presque ces derniers usages. Aussi, sur les laines importées, 18 p. 100 seulement viennent d'Australie, le grand fournisseur des laines fines^ à peu près autant, mi-parties unes, mi-parties grossières, de l'Amérique du Sud, un peu plus de 25 p. 100 d'Europe et 48 p. 100 d'Asie, notemment de la Chine, qui est devenue le plus grand importateur de laine dans l'Amérique du Nord. On voit que les États-Unis sont très loin de suffire à leur consommation lainière, surtout en ce qui concerne les laines que l'on y qualifie de <c troisième catégorie » et qui sont les plus grossières. Il semble y avoir fort peu de chances pour que cette situation se modifie dans l'avenir, car les troupeaux augmentent lentement : en maints endroits le pâturage recule devant l'agriculture et la sécheresse du climat de l'Extrôme-Ouest ne permet pas un élevage bien intensif.
C'est un fait remarquable que, dans ces dernières années, la consommation de laine augmente, aux États- Unis, moins rapidement que la population. En estimant la quantité, de laine brute contenue dans les lainages importa, ce qui ne peut se faire qu'approximativement, — mais une erreur dans cette appréciation n'aurait qu'une importance secondaire, car l'importation est, depuis 1870 tout au moins, inférieure à la moitié de la production nationale, — on voit que la consommation qui était de 2.220 grammes par tête d'Américain en 1840, s'est élevée rapidement jusqu'à 3.880 grammes en 1870, puis, plus lentement, jusqu'à 3.940 grammes en 1890; elle est retombée, en 1900, à 3.130 grammes. Il faut voir là, en partie, la conséquence des droits presque prohibitifs, que le tarif Dingley a mis sur les lainages, en partie, aussi, l'effet de la concurrence croissante des tissus de coton.
l'industrie textile 351
La manufacture de laine se sert, d'ailleurs, beaucoup, elle-même, de coton en Amérique : 20 millions de kilogrammes de coton brut et 25 millions de kilogrammes de fils de coton (pour la production desquels il a dû être employé 30 millions de coton brut par an). Si, aux chiffres que nous ayons donnés plus haut pour la laine et qui s'appliquent à la laine en suint, nous substituons les poids de laine lavée, nous verrons que l'industrie lainière en emploie seulement 110 millions de kilogrammes : le poids de coton qu'elle absorbe n'est donc pas éloigné d'égaler la moitié du poids de la laine. Il est vrai qu'il faut ajouter à ce dernier 46 millions de kilogrammes de produits d'effilochage. On voit que les étoffes mélangées sont très en honneur aux États-Unis. Le rapport sur le Census déclare s'en féliciter : « L'emploi des effilochages a rendu possible, dit-il, la fabrication d'un plus grand nombre d'étoffes chaudes; le mélange du coton et de la laine a rendu possible la production de tissus légers, propres aux usages pour lesquels on demande peu de poids, une chaleur modérée et un faible prix; en conséquence, la masse des gens se trouve mieux habillée qu'avant l'adoption de ces combinaisons. »
La situation d'ensemble de l'industrie lainière, bonneterie non comprise, se trouve résumée dans le tableau ci-dessous que nous empruntons aux statistiques du Census de 1900 :
Nombre des établissements . « 2.330 1.693 1.414 Capital (millions de dollars) . . 143,5 245,9 310,2 Nombre des ouvriers * 132.672 154.271 159.108
1. Parmi les ouvriers, le nombre des hommes âgés de plus de seize ans est de 52,4 p. 100 en 1900, au lieu de 50,6 p. 100 en 1880, celui des femmes de 40,3 p. 100 au lieu de 37,5 p. 100, celui des
Salaires (millions de dollars). . 40,7 54,3 57,9 Valeur des matériaux (millions
de dollars) 149,2 i67,2 484,2
Valeurdesproduits(mil.dedol.). 238,1 270,5 297
Gomme dans presque toutes les industries américaines on observe ici une grande tendance à la concentration; le nombre des établissements a diminué de 40 p. 100 en vingt ans, tandis que les capitaux ont plus que doublé, que la valeur des produits a augmenté de 25 p. 100, le nombre des ouvriers de 20 p. 100 et les salaires de plus de 40 p. 100; l'augmentation si importante du capital est due en notable partie au perfectionnement de l'outillage.
Sans entrer dans des détails d'ordre trop [technique, il convient de signaler quelques traits particuliers de rindustrie lainière américaine : en premier lieu, le travail à façon, fréquent chez nous en ce qui concerne la filature, est fort rarement usité aux États-Unis ; en second lieu, dans la généralité des cas, et sans que ceci soit aussi marqué pour la fabrique de laine que pour celle de coton, filature et tissage sont réunis dans un môme établissement et la quantité de filés produits pour la vente est relativement faible.
Les tissus de laine cardée ont été longtemps les seuls confectionnés aux États-Unis, en partie parce que leur fabrication comporte des opérations plus simples, convenant mieux aux premiers âges de l'industrie, en partie parce que la laine courte des mérinos américains so
enfants de 7,3 p. 100, au lieu de 11,9 p. 100. On ne constalo pas une aussi grande diminution de la proportion des femmes et enfants que dans l'industrie cotonnière. Il est vrai qu'elle n'avait jamais été aussi élevée. La durée moyenne du travaU est da soixante heures par semaine.
LIHDnSTBIB TEXTILB
prêtait mal au peignage par les ancienDea ma Aujourd'hui que bétes et mécanismes ont été tionnés, cet inconvënient a disparu. A partir de surtout de 1880, la production des articles e cardée a cessé d'augmenter et a même diminué que les articles peignés se sont développés à géant. Il n'y avait encore, en 1870, aux États-Ui 261 machines h peigner : en 1880, ou en compl puis 839 en 1890 et 1.-45-] en 1900, tandis que le i des cardes passait, aux mêmes dates, de 8.705 i il 7.015 et à 6.605^. Les chiffres ci-dessous i compte de la révolution qui s'est opérée dans l'ic lainière :
ma.
Nombre d'établissements :
Laine cardée 1.999
— peignée 76
Capital (millions de dollars) :
Laine cardée 06,1
— peignée 20,4
Nombre d'ouvriers :
Laine cardée . 86.504 ^
— peignée 18.803 I
Valeur des produits (millions de dollars) :
Laine cardée 160,6
^ peignée 33,5
Nombre de broches :
Laine cardée 1.756.746 1.91
— peignée 240.118 1.3"
Nombre de métiers :
Laine cardée 35.634 ;
— peignée 14.411 i