PRÉFACE XXI
l'autre, ils sont formidablement armés. Il dépend de leur seule volonté d'avoir l'une des plus puissantes marines du monde et ils voudront l'avoir, sans doute, lorsqu'ils auront percé l'isthme de Panama. Quant à une armée de terre, comme ils sont invulnérables chez eux, ils pourront aisément, sans entretenir des effectifs bien considérables, disposer de troupes assez nombreuses pour pouvoir envoyer au loin, en Extrême-Orient ou ailleurs, des corps expéditionnaires au moins aussi nombreux qu'aucune autre puissance.
Certes, dans cette voie nouvelle où ils se lancent, les Américains rencontreront plus d'une difficulté. L'entrée dans l'Union de Porto-Rico, probablement un jour de Cuba, et peut-être d'autres Antilles y introduira encore des éléments disparates. Leur constitution fédérale et démocratique, les habitudes de leur vie publique, leur système vicieux de recrutement des fonctionnaires se prêtent mal au gouvernement de terres peuplées par des gens de races entièrement différentes comme les Philippines. Mais si dans le gouvernement des hommes ils sont destinés à faire certaines écoles, d'où leur esprit pratique saura vite tirer les enseignements nécessaires, ils sont passés maîtres dès longtemps dans l'art de mettre en valeur les pays neufs. De hardis pionniers, qui commençaient à ne plus trouver aux Etats-Unis mêmes, dont la colonisation s'avance, l'emploi de leur énergie, iront l'utiliser au loin. L'exploita-